Bruxelles, 27/03/2016 (Agence Europe) - Les ministres chargés de la Recherche des États membres ont donné leur appui, vendredi 27 mai, à l'objectif de faire en sorte que la science dite « ouverte », qui garantit un accès ouvert aux publications scientifiques, devienne la règle dans l'Union européenne à l'horizon 2020.
La Commission européenne s'est déjà engagée, au mois d'avril, à rendre toutes les données scientifiques issues des projets relevant du programme-cadre pour la recherche et l'innovation 'Horizon 2020' « ouvertes par défaut » à partir de 2017 (EUROPE 11535). Les États membres commencent aujourd'hui à prendre la même voie, en subordonnant le financement public aux projets de recherche menés dans leurs universités ou centres de recherche à la publication de leurs résultats en accès ouvert, c'est-à-dire par une mise à disposition gratuite via Internet.
La conférence « Open Science - From Vision to Action », organisée par la Présidence néerlandaise du Conseil en avril, a été à ce titre une étape clé de ce processus. Elle a fixé 12 actions qui ont été regroupées sous forme de quatre grands objectifs. Il s'agit de: garantir un accès ouvert aux publications scientifiques ; adopter une approche fondamentalement nouvelle pour la réutilisation des données de recherche ; créer de nouveaux systèmes de récompense et d'évaluation ; aligner les politiques et échanger les meilleures pratiques.
Ces objectifs ont été très souvent cités vendredi par les ministres lors de leur réunion à Bruxelles. Le débat à ce sujet a été au coeur de la réunion. Dans les conclusions qu'ils ont adoptées, ils reprennent les objectifs en question et se fixent un calendrier pour poursuivre la transition vers un accès ouvert aux publications scientifiques par « défaut » d'ici à l'année 2020. Ils comptent recourir à des modèles « variés », mais n'ont pas exclu nécessairement l'emploi d'« embargos » pour certaines publications.
Une étape intermédiaire a été fixée pour 2018. Sont concernées les publications en libre accès (Gold Open Access), les publications en accès dit « hybride », dans le cadre desquelles l'auteur d'un article peut payer pour que celui-ci soit disponible en accès libre même s'il est publié déjà dans une revue sous abonnement (Hybrid Open Access) et, finalement, les publications par « autoarchivage », où un auteur dépose une copie de son article dans une archive ouverte (Green Open Access).
Tous les États membres arriveront-ils à respecter un tel calendrier ? Comme l'a noté la Pologne, il s'agit là d'un agenda très ambitieux. Plusieurs ministres ont ainsi d'ores et déjà fourni des perspectives avec des échéances plus lointaines. L'Autriche a déclaré, par exemple, que c'est d'ici à 2025 qu'elle espère qu'un accès ouvert aux publications de ses universités et centres de recherche qui bénéficient de financements publics sera la norme. Le Royaume-Uni compte, lui, avoir « presque » tous les articles scientifiques en accès ouvert d'ici à 2020, dont 25% seraient en accès libre (Gold Open Access).
Derrière le consensus apparent autour de la « science ouverte » se cachent toutefois des inquiétudes. La France a notamment insisté sur le besoin d'engager les pays tiers à adopter la même approche que l'UE, pour que cette dernière ne soit pas la seule à rendre publics les résultats de ses projets de recherche. Il existe également des enjeux économiques importants, notamment liés au modèle économique des revues scientifiques qui est fondé sur un système d'accès fermé, nécessitant des abonnements et des licences. Finalement, c'est un enjeu de pouvoir, puisque traditionnellement les revues scientifiques sont guidées par le processus de contrôle de qualité mené par des pairs.
Plusieurs ministres, dont le Hongrois et le Suédois, ont ainsi évoqué dans ce contexte la nécessité de trouver des moyens d'inciter tous les acteurs à adhérer au principe de la science « ouverte » et pas seulement de conditionner le financement public. Pour analyser tous les enjeux, y compris la manière dont les chercheurs ou leur employeur pourraient garder la propriété intellectuelle de leur travail, la Commission a créé une nouvelle plateforme pour la politique de la science ouverte (Open Science Policy Platform) et présenté aux ministres les personnalités qui vont y siéger. La France a déjà protesté après avoir constaté qu'aucun de ses ressortissants ne se trouvait sur la liste. (Jan Kordys)