Bruxelles, 28/04/2016 (Agence Europe) - Le Parlement européen a, à nouveau, rappelé ses lignes rouges vis-à-vis de l'accord UE/Turquie du 18 mars destiné à affronter la crise migratoire, jeudi 28 avril lors d'un débat en session plénière (EUROPE 11515).
Les députés appellent les dirigeants européens à ne pas brader les valeurs fondamentales de l'Union européenne au motif de la coopération avec la Turquie pour réduire les flux migratoires, ni à abaisser les normes requises pour qu'Ankara puisse bénéficier d'un régime de libéralisation des visas (EUROPE 11541).
Manfred Weber (PPE, allemand) a rappelé que son groupe était d'accord sur la libéralisation des visas pour les ressortissants turcs mais qu'il fallait mettre le dossier en lien avec le nouveau projet de 'frontières intelligentes' ('smart borders') sur les entrées et les sorties de voyageurs (EUROPE 11526). Il faut aussi mettre en avant la clause de sauvegarde pour les visas, créée en 2013 pour lutter contre les abus mais jamais utilisée, a-t-il estimé. L'Italien Gianni Pittella a rappelé, pour le S&D, qu'il ne fallait céder à aucun marchandage, sur les droits de l'homme ou la liberté des médias en Turquie. Peter van Dalen (CRE, néerlandais) a estimé que l'accord UE/Turquie était « dangereux » pour les réfugiés, se montrant également peu enthousiaste sur la question des visas ou de l'adhésion. Les Verts/ALE et la GUE/NGL ont réitéré leurs préoccupations vis-à-vis de l'existence même de l'accord. Quant au groupe ADLE, il n'est pas opposé au régime sans visas octroyé à la Turquie mais souhaite que l'ensemble de l'accord UE/Turquie soit solide légalement et s'accompagne d'un paquet complet sur la gestion des frontières, la migration légale et la réforme du système de Dublin portant sur les règles de l'asile dans l'Union européenne (EUROPE 11526).
Au nom de la Présidence néerlandaise du Conseil de l'UE, le ministre chargé de la Migration, Klaas Dijkhoff, et le Premier vice-président de la Commission, Frans Timmermans, ont défendu l'accord UE/Turquie comme seule solution possible à la crise migratoire, estimant qu'il commençait à porter ses fruits. Selon le ministre néerlandais, il n'y a plus eu de morts en mer Égée depuis la mise en oeuvre de l'accord. « Ce n'est pas la solution parfaite, mais c'est déjà ça », a commenté M. Dijkhoff. Il a admis que les défis restaient nombreux pour les États membres, entre la mise en oeuvre des décisions sur la relocalisation des réfugiés depuis la Grèce et l'Italie et la création de la future Agence de garde-côtes européens (EUROPE 11526).
Pour M. Timmermans, l'« accord avec la Turquie est la seule solution ». Il a loué les efforts de la Grèce pour le faire fonctionner et ceux de la Turquie qui s'occupe de près « de 3 millions de réfugiés » et « s'en sort plutôt bien ». M. Timmermans a aussi rappelé aux eurodéputés que cet accord s'inscrivait dans la plus irréprochable légalité, assorti de tous les garde-fous possibles. (Solenn Paulic)