Bruxelles, 19/04/2016 (Agence Europe) - Karmenu Vella, le commissaire européen à la Pêche, a insisté, mardi 19 avril à Bruxelles, devant la commission de la pêche du Parlement européen, sur les défis énormes et complexes à relever pour sauver les stocks de poissons dans la mer Méditerranée. Il s'est par ailleurs engagé à intensifier les travaux sur les futurs plans de gestion pluriannuels des stocks de poissons, après le compromis institutionnel atteint sur le plan pour la Baltique (cabillaud, hareng, sprat).
M. Vella a souligné les progrès réalisés en matière de mise en oeuvre de la politique commune de la pêche (PCP): les activités de pêche et les stocks sont gérés de manière plus durable, la régionalisation fait ses preuves. Il a souligné le besoin de faire entendre la voix de la pêche artisanale, de soutenir l'économie bleue et d'améliorer la gouvernance des océans au niveau international. S'agissant de l'obligation de débarquement (fin des rejets en mer des poissons), les actes délégués vont être importants, a dit le commissaire, pour qui il faut faire preuve de créativité pour assurer la mise en oeuvre de cette règle. D'autres plans sont attendus pour l'Atlantique et la Méditerranée.
Méditerranée. M. Vella a évoqué un déclin dramatique des stocks, avec plus de 90% des stocks surexploités. « Il faut convaincre tous les pays de l'UE et les pays tiers voisins à agir ensemble et vite ». Le 27 avril à Bruxelles se tiendra une réunion avec les ministres de la Pêche des pays riverains de la mer Méditerranée pour se mettre d'accord sur ce qui doit être fait collectivement pour conserver les stocks clés. M. Vella a souligné l'urgence de renforcer la coopération avec les pays tiers concernés, pérenniser les progrès sur la conservation des stocks de thon rouge, prévoir des mesures pour l'espadon (des avis scientifiques sont attendus d'ici à la fin de l'année) ou encore lutter contre la pêche illégale. Gabriel Mato (PPE, espagnol) a évoqué la situation « sensible » dans la région.
Pêche illégale. En répondant à une question de Linnéa Engström (Verts/ALE, suédoise) sur la pêche illégale, notamment sur la situation qui ne s'améliore pas assez en Thaïlande, M. Vella a indiqué que ce pays déployait « énormément d'efforts ». Ce pays a déjà mis en oeuvre des modifications importantes de la législation sur les contrôles, a-t-il admis. La Commission va prendre, jeudi 21 avril, trois décisions sur la pêche illégale dans les pays tiers, a annoncé le commissaire.
Croissance bleue. M. Vella a souligné que seulement 5% des activités économiques nous viennent de la mer et des océans. La Commission a repéré cinq domaines importants à exploiter davantage, dont les énergies renouvelables (éolien, marée-motrice, énergie fournie par la houle…), la biotechnologie, le tourisme côtier.
Plans de gestion pluriannuels. M. Vella a indiqué qu'il allait adopter cet été une proposition sur le plan de gestion pluriannuel des stocks dans les eaux de la mer du Nord. D'autres plans sont attendus pour l'Atlantique et la Méditerranée.
Le commissaire a appelé les autres institutions à « déboucher sur un accord rapide, d'ici à la fin de l'année» sur le plan de gestion du cabillaud en Manche et mer du Nord (après les arrêts de la Cour de justice).
Accords de pêche avec les pays tiers. La Commission va négocier de nouveaux accords avec la Guinée-Bissau et avec le Maroc (en 2017). Elle va reprendre les négociations avec la Tanzanie (sur le thon) et, éventuellement, avec le Ghana.
Quotas et engins de pêche. Ulrike Rodust (S&D, allemande) a estimé que la répartition des quotas n'était pas juste, car il faudrait tenir compte davantage de la petite pêche. Elle a demandé de donner davantage d'informations aux pêcheurs sur les engins de pêche plus sélectifs, notamment pour savoir ce que font les scientifiques dans ce domaine. « Les scientifiques doivent travailler avec les pêcheurs », a notamment répondu M. Vella.
En répondant à Mme Rodust, M. Vella a estimé que l'UE est à la traîne, en mer, en matière de réseaux Natura 2000. « Nous sommes parvenus à 4% seulement de zones protégées en mer. À terre, on fait bien mieux ».
Peter van Dalen (CRE, néerlandais) a préconisé notamment un système plus souple en matière de contrôles. Enfin, le commissaire a défendu sa proposition sur les mesures techniques de pêche, avec l'objectif de « simplifier la plupart des règles ». (Lionel Changeur)