Bruxelles, 19/04/2016 (Agence Europe) - Un symposium de haut niveau co-organisé par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et le ministère belge de l'Économie, lundi 18 avril à Bruxelles, a confirmé l'ampleur du fossé séparant les pays de l'OCDE et la Chine sur la douloureuse question des surcapacités mondiales d'acier qui affectent le secteur sidérurgique à l'échelle de la planète.
Emmenés par l'UE, les États-Unis, le Japon et le Mexique, les pays de l'OCDE producteurs d'acier ont échoué à s'entendre avec la Chine, invitée au symposium lundi, sur des mesures permettant de résoudre la crise mondiale du secteur de l'acier, faute de consensus sur les causes des surcapacités mondiales.
Lors d'une conférence de presse quelque peu rocambolesque, où le ministre adjoint chinois au Commerce, Zhang Ji, s'est évertué à démentir que la Chine subventionne ses exportateurs d'acier, les représentants des pays de l'OCDE présents - le ministre belge de l'Économie, Kris Peeters, le représentant-adjoint américain au commerce, Robert Holleyman, le secrétaire d'État mexicain à l'Économie, Ildefonso Guajardo Villarreal, ainsi que la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, ont pointé du doigt la responsabilité de la Chine dans la crise de l'acier, l'exhortant à faire davantage pour réduire ses capacités de production.
« La Chine ne subventionne pas son industrie d'exportation d'acier. Tout ce que nous faisons est conforme aux règles de l'OMC », a promis M. Zhang, notant le « rôle fondamental » de la crise financière dans le ralentissement de l'économie mondiale et les surcapacités d'acier. M. Zhang a aussi souligné les efforts déjà consentis par la Chine, qui, selon lui, a déjà réduit ses capacités de 90 millions de tonnes et qui prévoit de les réduire encore de 100 à 150 millions de tonnes.
« Il ne s'agit pas d'un exercice académique. Il s'agit de réelles souffrances, de véritables personnes, de véritables travailleurs », s'est agacé M. Holleyman après le long argumentaire du représentant chinois face à la presse, soulignant que la production chinoise dépassait encore largement sa demande domestique.
Selon l'OCDE, les surcapacités dans le secteur de l'acier au niveau mondial dépassaient les 700 millions de tonnes fin 2015 et pourraient gonfler de 50 millions de tonnes supplémentaires avec la construction de nouvelles usines cette année. Selon ses détracteurs, la Chine affichera, quant à elle, encore une capacité d'environ un milliard de tonnes, ce qui est nettement supérieur à ses besoins.
« À moins que la Chine ne commence à prendre en temps voulu des mesures concrètes pour réduire son excès de production et de capacités dans des industries comme la sidérurgie, les problèmes structurels fondamentaux du secteur demeureront et les gouvernements affectés, dont les États-Unis, n'auront d'autres choix que des mesures commerciales pour éviter des dommages contre leurs industries et leurs travailleurs », a averti le représentant américain au Commerce, Michael Froman, mardi 19 avril.
Lundi, Mme Malmström avait, pour sa part, insisté sur le fait que les États ne devraient pas maintenir artificiellement en vie des usines non rentables à l'aide de subventions, mais devraient en revanche soumettre les entreprises publiques aux mêmes règles que les sociétés privées.
Une source à l'OCDE nous a confirmé lundi que les pays participants au symposium n'étaient pas parvenus à s'entendre sur un communiqué commun, en raison notamment des divergences avec la Chine. « Je suis sûre que les pays auraient voulu des avancées concrètes, mais la solution n'est pas simple », a résumé devant la presse la secrétaire-générale adjointe de l'OCDE, Mari Kiviniemi. (Emmanuel Hagry)