Bruxelles, 19/04/2016 (Agence Europe) - L'Union européenne reprend la main en matière de numérisation de l'industrie. Elle a présenté, mardi 19 avril, une stratégie européenne afin de soutenir et relier les initiatives des États membres favorisant la transition au numérique de l'industrie et des services connexes (EUROPE 11526). Ces propositions, saluées par les entreprises européennes, soutiennent, entre autres, la création d'un nuage informatique scientifique.
« Pour que l'Europe puisse maintenir son rôle de leader, il faut que son secteur industriel passe au numérique de manière rapide et avec succès. (…) Il faut unir nos efforts dans toute l'Europe pour attirer les investissements nécessaires à la croissance de l'économie numérique », a indiqué en préambule le commissaire européen à l'Économie et la Société numériques, Günther H. Oettinger, faisant remarquer qu'à l'heure actuelle il existe plus d'une trentaine d'initiatives isolées (Industrie 4.0 en Allemagne, Smart Industry au Pays-Bas et en Slovaquie, Fabbrica Intelligente en Italie, etc.).
La communication-chapeau propose donc de mettre en place des conditions réglementaires appropriées à l'échelon européen. Dans ce contexte, la Commission s'engage à présenter en 2016 une initiative sur la circulation des données dans l'UE en vue d'empêcher les critères de localisation injustifiés et d'étudier des questions émergentes comme l'appropriation des données. Elle annonce également son intention d'étudier les règles pour les systèmes autonomes et les applications pour l'Internet des objets, en particulier les règles de sécurité et de responsabilité.
La Commission présente par ailleurs une série de communications séparées, respectivement pour: (1) la création d'un nuage européen destiné, dans un premier temps, aux chercheurs, puis à tout le monde ; (2) le développement de l'administration en ligne, via le développement du principe « une fois seulement » ; (3) des mesures concrètes pour accélérer l'élaboration de normes communes (en priorité pour la 5G, le nuage informatique, l'Internet des objets, les méga-données et la cybersécurité). Elle s'engage, dans ce contexte, à rendre toutes les données scientifiques issues des futurs projets relevant du programme de recherche et d'innovation Horizon 2020 « ouvertes par défaut » à partir de 2017. Interrogé sur le potentiel conflit d'intérêt, le commissaire à la Recherche, la Science et l'Innovation, Carlos Moedas, a déclaré: « Je suis favorable à l'ouverture par défaut de la connaissance. La connaissance permet de développer des idées. Mais les idées doivent être protégées », a-t-il indiqué, soulignant que 19% des données dans le monde avaient été créées ces deux dernières années. Le commissaire Gunther Oettinger a, quant à lui, insisté sur l'importance d'avoir des normes « moins nombreuses, mais communes ». « L'enjeu, c'est la connectivité », a-t-il ajouté.
Une enveloppe de 50 milliards d'euros. Globalement, la Commission estime que toutes ces initiatives nécessiteront plus de 50 milliards d'euros d'investissements publics et privés. Elle considère que 6,8 milliards seraient à charge du budget européen. La Commission investirait, par exemple, 500 millions d'euros du programme-cadre Horizon 2020 de recherche dans un réseau paneuropéen de « plateformes d'innovation numérique » (centres d'excellence technologique), au sein duquel les entreprises pourront obtenir des conseils et tester les innovations numériques. Les États membres, eux, seraient invités à contribuer au minimum à hauteur de 21 milliards d'euros et les entreprises, de 22 milliards d'euros.
Le nouveau train de mesures s'accompagne de documents de travail sur la mise en oeuvre du plan d'action pour une stratégie de calcul à haute performance, sur les technologies quantiques, sur l'Internet des objets, ainsi que d'une analyse du précédent plan d'action sur l'administration en ligne.
Réactions positives. Sitôt le paquet publié, la fédération patronale des entreprises privées BusinessEurope a publié un communiqué de presse pour exprimer sa satisfaction. « Il est important de soutenir la compétitivité européenne, de protéger les emplois en Europe et d'en créer de nouveaux. La Commission fournit avec raison une approche européenne coordonnée pour réduire l'actuelle fragmentation juridique dans l'UE », commente le directeur général de l'organisation, Markus J. Beyrer. Le lobby des opérateurs historiques de télécommunications, ETNO, s'est également félicité du nouveau paquet non législatif. « Les communications d'aujourd'hui représentent une étape importante dans la politique des technologies de l'information et de la communication (TIC), en reconnaissant que la numérisation révolutionne l'approche vis-à-vis des politiques industrielles dans leur ensemble ». L'Institut européen des normes de télécommunications (ETSI) se félicite aussi que la Commission ait déterminé des domaines prioritaires pour le développement de normes communes et que le processus de normalisation soit axé vers l'industrie ('industry driven standardization'). (Sophie Petitjean)