Bruxelles, 19/04/2016 (Agence Europe)- Les ministres des Affaires étrangères de l'UE, réunis en Conseil, ont souligné, lundi 18 avril dans la soirée, que l'UE était prête à soutenir le gouvernement d'entente nationale en Libye, aux « côtés des pays voisins de la Libye, l'ONU et la communauté internationale », pour aider ce gouvernement, s'il le demande, à rétablir la paix et la stabilité en Libye. Ils n'ont cependant pris aucune décision concrète.
Lors d'une réunion conjointe avec leurs homologues de la Défense, les chefs de la diplomatie se sont entretenus par visioconférence avec le Premier ministre libyen, Fayez al-Sarraj. Ce dernier aurait mentionné des demandes en matière de formation pour la sécurité et aussi des besoins économiques et humanitaires, a indiqué à EUROPE le ministre français, Jean-Marc Ayrault. La Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, a précisé que M. Sarraj avait insisté sur les questions de migration, de sécurité et la lutte contre Daech, la reconstruction de l'État, le soutien aux municipalités, l'aide humanitaire, la reprise économique ou encore l'emploi et les conditions sociales des Libyens. Mme Mogherini a précisé que ses équipes allaient immédiatement travailler sur une mise en oeuvre concrète de certains éléments, sans être plus précise.
Dans des conclusions adoptées à l'issue de cette visioconférence, les ministres se disent prêts à offrir un soutien dans le secteur de la sécurité. « Si une demande libyenne venait et à la suite de consultations avec les Libyens, une éventuelle mission de politique de sécurité et de défense commune civile pourrait soutenir les efforts libyens », expliquent-ils ainsi. Cela passerait, « entre autres, par des conseils et le renforcement des capacités dans les domaines de la police et de la justice pénale, notamment en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, la gestion des frontières, la lutte contre la migration irrégulière et le trafic de migrants et la traite des êtres humains, dans le cadre d'un soutien plus large de réformes du secteur de la sécurité », précisent-ils. Selon les conclusions, cette mission pourrait tirer parti de la capacité de planification existante de la mission d'assistance à la frontière EUBAM Libye, actuellement basée à Tunis.
En plus de cette mission, les ministres précisent qu' « un examen plus approfondi sera également effectué quant à l'appui qui peut être fourni par EUNAVFOR MED Sophia ». Sont mis en avant le renforcement de la capacité de la mission à perturber le modèle d'affaires des passeurs et des réseaux de trafic et à contribuer à la sécurité plus large et au soutien des autorités libyennes légitimes, « par exemple par un potentiel renforcement des capacités des garde-côtes libyens et la mise en oeuvre du droit international ». Mme Mogherini a précisé que l'important était d'agir dans les eaux territoriales libyennes pour sauver des vies, arrêter les trafiquants et neutraliser les bateaux, et non qui le fait: Européens, via l'opération Sophia, ou Libyens. « La formation des garde-côtes pourrait être un moyen de construire les capacités des Libyens à le faire eux-mêmes, peut-être avec nous, dans les eaux territoriales libyennes », a expliqué Mme Mogherini.
L'UE va aussi examiner les moyens de renforcer son soutien régional, y compris par des activités de PSDC existantes dans le Sahel.
« Nous sommes prêts à soutenir le gouvernement d'entente nationale dans la gestion de la migration et de l'asile, en étroite coordination avec le Haut-Commissariat pour les réfugiés et l'Organisation internationale pour la migration », a également annoncé la Haute Représentante, reprenant les conclusions. Selon elle, M. Sarraj a parlé aux ministres européens de la nécessité de travailler ensemble sur la gestion des flux et sur des approches complètes sur la migration, dont un travail sur le contrôle des frontières et la formation et le soutien, en particulier des garde-côtes. 30 millions d'euros sont aussi actuellement utilisés dans des programmes sur la migration en Libye, a précisé Mme Mogherini.
Les ministres rappellent aussi l'engagement de l'UE à mettre en oeuvre un ensemble de mesures immédiates et substantielles de 100 millions d'euros. Mme Mogherini a d'ailleurs annoncé le déboursement de 3,8 millions d'euros d'aide humanitaire et 5 millions d'euros au titre de la Facilité pour la stabilité, sous l'égide du Programme des Nations unies pour le développement (UNDP).
Mme Mogherini a rappelé que tout le soutien européen serait mis en oeuvre avec une prise en charge libyenne (ownership) et en coordination et en cohérence avec le reste du soutien international, sous la coordination générale de la mission de l'ONU en Libye.
L'UE salue l'arrivée du gouvernement à Tripoli
Plus généralement, les ministres saluent, dans leurs conclusions, l'arrivée du Conseil de la présidence à Tripoli, le 30 mars 2016. « L'UE demande à toutes les parties prenantes, en particulier celles de la région, de continuer à exhorter toutes les parties en Libye à s'engager de manière constructive avec le gouvernement d'entente nationale et toutes les autres institutions incluses dans l'accord politique libyen », soulignent les ministres. Ils « attendent avec impatience le transfert immédiat, ordonné et pacifique du pouvoir au gouvernement d'entente nationale », exhortant aussi les milices existantes et les groupes armés à respecter son autorité. Le Conseil exhorte aussi la Chambre des représentants et les autres institutions, dont le Conseil d'État naissant, à remplir les rôles que l'accord politique libyen leur a donnés. Quelques minutes après la publication des conclusions, la Chambre des représentants a annoncé reporter sa session attendue le 18 avril sur le vote de confiance au gouvernement d'union nationale.
Les chefs européens de la diplomatie rappellent aussi que l'UE pourrait introduire des mesures restrictives supplémentaires à l'encontre d'autres personnes qui menacent la paix, la stabilité ou la sécurité en Libye, ou qui portent atteinte à sa transition politique.
Les ministres condamnent également toutes les tentatives visant à perturber la stabilisation de la Libye et réitèrent leur grave préoccupation face à la menace croissante du terrorisme, y compris par Daech et ses affiliés. « Cette menace met en évidence le besoin urgent, pour le gouvernement d'entente nationale, d'unir les forces libyennes de toutes les régions », ajoutent les ministres dans leurs conclusions. (Camille-Cerise Gessant)