Bruxelles, 12/04/2016 (Agence Europe) - Emmenés par la France, près de vingt États membres ont fait part, lors du Conseil Agriculture du lundi 11 avril à Luxembourg, de leurs préoccupations à l'approche de l'échange, à la mi-mai, des offres en matière d'accès au marché dans le cadre des négociations de libre-échange UE/Mercosur, exigeant une étude d'impact global avant d'avancer dans les négociations.
« La protection des intérêts des producteurs européens dans les secteurs sensibles reste d'une grande importance », a souligné le ministre néerlandais de l'Agriculture, Martijn van Dam, à l'issue de la réunion, précisant que les ministres de l'Agriculture avaient demandé à la Commission de faire une analyse d'impact global des offres avant d'avancer dans les négociations.
Lundi, une majorité de pays, englobant ceux soutenant la note présentée par la France début avril (EUROPE 11528), s'est opposée à la présence dans l'offre de l'UE de propositions sur les quotas appliqués aux produits sensibles (produits laitiers, viandes de porc, volaille et boeuf, fruits et les légumes).
« Il faut une évaluation globale de tout ce qui est négocié et qui pèse lourd en termes agricoles. Il n'est pas acceptable d'offrir des contingents pour les produits sensibles dès le départ des négociations », a martelé le ministre français de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, devant ses homologues.
« Les 18 ministres qui ont pris la parole ont présenté un message de précaution. Ils ont demandé une analyse d'impact approfondi avant la poursuite des négociations. Quelques délégations ont souligné la nécessité d'une cohérence des politiques », nous a confié une source communautaire. Des pays non signataires de la note de la France, comme la Belgique, « ont adhéré à la demande de prudence », a-t-elle précisé.
Une « vingtaine » d'États membres ont fait part de leurs inquiétudes tant sur le moment choisi pour échanger les offres et lancer les négociations, en pleine crise agricole, qu'au plan stratégique, a confirmé le commissaire à l'Agriculture, Phil Hogan, promettant pour septembre une étude sur l'effet cumulé de tous les accords de libre-échange passés et à venir.
La moitié des importations de l'UE en provenance du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay et Venezuela, ce dernier pays ne participant pas aux négociations en cours) sont des produits agricoles et l'UE accuse déjà un déficit de près de 20 milliards d'euros dans ce secteur en l'absence d'un accord de libre-échange, a souligné M. Hogan devant les ministres.
Devant le Parlement européen, mardi 12 avril à Strasbourg, M. Hogan a estimé que les pays du Mercosur devaient revoir un peu à la baisse leurs ambitions (en termes d'intérêts offensifs). « Il faut que les différents ministres de l'UE travaillent en tandem. Mais j'aimerais demander, en tant que commissaire à l'Agriculture, que le Mercosur puisse revoir un peu ses attentes à la baisse, pour voir ce qui est acceptable pour l'UE et viable politiquement pour certains de nos secteurs », a-t-il lâché. (Emmanuel Hagry)