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Bulletin Quotidien Europe N° 11473
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POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) transports

Haro sur la réglementation européenne au sommet de l'aviation

Amsterdam, 21/01/2016 (Agence Europe) - L'industrie n'a pas été avare en critiques sur la stratégie européenne pour l'aviation de la Commission européenne, jeudi 21 janvier lors du Sommet de l'aviation, pointant du doigt notamment le manque d'efficacité de la législation européenne.

La grogne a été palpable d'entrée de jeu. Dans un sondage réalisé au début de la conférence, plus de 64% des acteurs européens du secteur de l'aviation présents à l'événement ont estimé que la législation européenne représentait un obstacle à l'essor de l'industrie aérienne européenne.

Parmi les intervenants, le plus virulent fut sans nul doute Michael O'Leary, le patron de Ryanair. « Pour moi, dire 'réglementation intelligente', c'est un oxymore », a-t-il lancé dès l'amorce de son discours. À ses yeux, le seul critère qui vaille est le consommateur. « La question de l'environnement, ça leur est égal, ce qu'ils veulent seulement, c'est des prix bas ! », a-t-il lancé, taclant au passage Michael Cramer (Verts/ALE, allemand) qui milite en faveur d'une réglementation renforcée pour un transport aérien plus propre. Et M. O'Leary de conclure que la stratégie pour l'aviation, que la Commission a dévoilée début décembre, est certes cohérente, mais inefficace (EUROPE 11438, 11447 et 11448).

La plupart des compagnies aériennes intervenues, représentées à une écrasante majorité par les cinq compagnies qui ont lancé le groupe 'Airlines for Europe' (voir autre nouvelle), se sont clairement exprimé en faveur d'une forte déréglementation du marché européen. « Ce qu'il nous faut, ce n'est pas viser une égalité de résultats, mais une égalité d'accès au marché », a estimé József Váradi, PDG de la compagnie low cost Wizz Air, pour qui « il existe trop de compagnies aériennes en Europe ». Trop de pays maintiennent leur compagnie aérienne nationale artificiellement en vie. « Il faut qu'il y ait des perdants et des gagnants », a-t-il conclu.

Un avis qui ne fait pas l'unanimité chez les États membres. Pour le secrétaire d'État français chargé des Transports, Alain Vidalies, il ne peut y avoir de concurrence loyale sans règles. « La réussite du marché européen est le résultat d'une réglementation », a-t-il rappelé. À ses yeux, la réglementation européenne doit servir au contraire de feuille de route pour le marché mondial.

« Personne n'aime la stratégie et c'est une bonne nouvelle ! » a souligné, pour sa part, avec ironie, la commissaire aux Transports, Violeta Bulc. « Vous avez demandé une action, nous vous avons apporté une stratégie que nous avons élaborée avec vous ! » a-t-elle continué, défendant la stratégie présentée par la Commission (EUROPE 11471). « Vous voulez une meilleure réglementation ? Nous avons révisé l'intégralité du cadre européen sur la sécurité et la sûreté. (…) À vous de prendre les décisions. Nous vous écoutons. (…) mais restez honnêtes », a-t-elle ajouté.

Conflit entre aéroports et compagnies aériennes

L'un des points de crispation a porté sur les taxes imposées par les aéroports. Ici aussi, M. O'Leary a tiré la première salve, citant le cas de certains aéroports qui, dans les régions réglementées, auraient augmenté de 80 à 90% leurs charges imposées aux compagnies aériennes ces dernières années, contre un abaissement de 20% dans les États membres où le marché est déréglementé. « Dans le secteur de l'aviation, les aéroports sont ceux qui font le plus de bénéfices », s'est-il ainsi insurgé.

Ces propos ont offusqué les aéroports. « Il ne faut pas que les aéroports deviennent le Job (en référence à la figure biblique, NDLR) de la politique européenne », a averti Augustin de Romanet, qui préside la société Aéroports de Paris. Une possible solution est venue de Carsten Spohr, PDG du groupe allemand Lufthansa, qui a indiqué avoir trouvé un accord satisfaisant avec l'aéroport de Munich. « Il est possible de transformer un mariage forcé en mariage d'amour », a-t-il commenté avec esprit.

Grands absents du sommet, les représentants des travailleurs

Si les travailleurs du secteur aérien n'ont pas eu voix au chapitre durant les trois panels, plusieurs interventions en ont fait mention. Le PDG de Ryanair, qui s'est indigné des grèves à répétition en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne notamment dans le secteur du contrôle aérien, a estimé nécessaire d'interdire le droit de grève aux tours de contrôle.

« Les débats d'aujourd'hui montrent clairement que l'approche pro-libéralisation domine le langage de la Présidence néerlandaise (du Conseil de l'UE, NDLR) et de la Commission », a confié à EUROPE François Ballestero, secrétaire politique sur l'aviation civile et le tourisme auprès de la Fédération européenne des travailleurs des transports (ETF). D'après lui, il est nécessaire de renforcer les mécanismes de défense pour les travailleurs mobiles, et notamment pour les travailleurs au sol. (Pascal Hansens)

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