Bruxelles, 08/09/2015 (Agence Europe) - L'Envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a appelé l'UE à agir davantage dans la crise syrienne, lundi 7 septembre.
Pour lui, l'UE doit avoir une politique commune pour recevoir les réfugiés avec dignité. Il a précisé que les Syriens perdaient l'espoir d'une solution au conflit. « Ils cherchent de la dignité, car ils n'ont plus d'espoir », a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse à Bruxelles. M. de Mistura a précisé que les Syriens qui arrivent en Europe avaient un travail, venaient de la classe moyenne. Début juillet, le nombre de Syriens enregistrés en tant que réfugiés a atteint 4 millions de personnes.
L'Envoyé spécial a aussi appelé l'UE, qui est déjà « très généreuse », à donner davantage de fonds pour aider les réfugiés en Jordanie, au Liban et en Turquie. Selon lui, « le Liban est au bord de l'explosion » à cause de ce manque de fonds. Seulement 31% du plan de l'ONU pour la Syrie est financé, selon l'organisation. Depuis 2012, l'Union européenne et ses États membres ont mis à disposition plus de 3,9 milliards d'euros pour les Syriens en Syrie et dans les pays voisins, Liban, Jordanie, Turquie, Irak et Égypte. 12,2 millions de Syriens, dont 5,6 millions d'enfants, ont actuellement besoin d'assistance humanitaire.
Et si l'UE n'est pas engagée directement dans le conflit, elle peut exercer une « pression morale et politique » sur ceux qui sont engagés dans le conflit, dire à la Russie et aux États-Unis « de se dépêcher » et discuter avec l'Iran et l'Arabie saoudite pour que Téhéran et Riyad discutent ensemble, a expliqué l'Envoyé spécial. Pour le diplomate de l'ONU, il est nécessaire que les États-Unis et la Russie discutent entre eux. « Ils discutent régulièrement, mais ils ne sont pas encore venus avec un résultat concret sur la principale question: 'que va devenir la gouvernance en Syrie ?' », a-t-il expliqué, ajoutant que la Russie peut jouer un rôle substantiel pour trouver une solution politique car elle a une influence sur le régime.
« La crise peut être résolue si ces quatre pays commencent à parler sérieusement », a-t-il ajouté. « Il est arrivé le moment de ne pas se cacher derrière les paroles. Tout le monde parle de solution politique, mais jusqu'à maintenant on a continué à soutenir de facto une solution militaire », a considéré le diplomate. « La vraie solution est une formule politique et rapide entre ceux qui peuvent arrêter cette guerre », a expliqué M. de Mistura. « Il est venu le moment de trouver la formule sinon on va la trouver quand il n'y aura plus de Syriens en Syrie, ni peut-être ailleurs », a-t-il prévenu.
Aylan, le 'Srebrenica' syrien ?
Rappelant que le massacre de Srebrenica avait ouvert les yeux du monde sur le conflit en Yougoslavie, M. de Mistura a considéré que Aylan Kurdi, l'enfant syrien de trois ans mort noyé en Turquie et dont la photo a fait le tour du monde, avait réveillé les consciences sur le « fait qu'il faut regarder dans les yeux les causes de la crise ». « Il n'y a qu'un gagnant (au conflit): Daesh. Il n'y a qu'un perdant: le peuple syrien », a-t-il souligné. Il a rappelé que la guerre faisait plus de morts que l'organisation État islamique. Il est donc « fondamental » de ne pas lutter seulement contre l'EI, mais aussi de trouver une solution politique, a ajouté le diplomate qui a constaté que « tout le monde semble prêt à se battre jusqu'au dernier Syrien au lieu de trouver une solution » au conflit. « Nous n'avons plus de temps pour un long processus politique, nous devons créer un espoir concret pour le peuple en Syrie », a-t-il averti.
Plus de 220 000 personnes auraient été tuées dans le conflit depuis mars 2011. (Camille-Cerise Gessant)