Luxembourg, 09/07/2015(Agence Europe) - Le haut-commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés, le Portugais Antonio Guterres, a appelé les États membres, jeudi 9 juillet à Luxembourg, en marge d'une réunion informelle des ministres des Affaires intérieures, à mettre en place de vrais mécanismes de solidarité pour répondre à la crise migratoire et à s'engager à soulager l'Italie et la Grèce où sont arrivés des milliers de migrants depuis le début de l'année 2015.
La situation de la Grèce, notamment sur l'île de Lesbos, préoccupe particulièrement le responsable onusien. « Depuis le début de l'année, plus de 70 000 personnes sont arrivées, 85% proviennent de pays de conflits et 65% sont Syriens », a expliqué M. Guterres lors d'une conférence de presse. La route de la Méditerranée orientale, qui remonte via la Grèce vers des pays comme la Bulgarie ou l'ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM), surpasse, par nombre de réfugiés, celle de la Méditerranée centrale qui concerne l'Italie.
Et alors que les migrants arrivant en Italie seraient essentiellement des migrants dits 'économiques', appelés en principe à être renvoyés vers leur pays d'origine, la crise migratoire en Grèce est « une vraie crise de réfugiés, avec de vrais besoins de protection internationale », a souligné le haut-commissaire, rappelant que les conditions d'accueil des demandeurs d'asile et des réfugiés dans le pays restent extrêmement précaires et que le système d'asile y reste « embryonnaire ». « Nous avons besoin d'une réponse européenne solide » à cette situation, a ajouté le responsable.
Le haut-commissaire a salué les efforts accomplis par la Commission européenne en proposant la relocalisation de 40 000 demandeurs d'asile depuis l'Italie et la Grèce vers les autres États membres, sujet qui était sur la table des ministres à Luxembourg (voir autre nouvelle) ainsi que le projet de réinstallation de 20 000 réfugiés actuellement abrités dans les pays tiers, mais le Portugais a regretté que le mécanisme de relocalisation reste volontaire. « Il faudrait un système obligatoire à l'avenir », a-t-il jugé.
4 millions de réfugiés syriens dans les pays voisins
Le responsable était à Luxembourg pour évoquer le dispositif de réinstallation qui doit concerner essentiellement des réfugiés syriens abrités actuellement dans les pays voisins de la Syrie. Ce 9 juillet, le Haut-commissariat de l'ONU pour les Réfugiés (HCR) présentait d'ailleurs de nouvelles statistiques sur les réfugiés syriens, plus de 4 millions d'entre eux étant désormais dans les pays voisins, dont un peu plus de 1,8 million en Turquie, 1,172 million au Liban et plus de 629 000 en Jordanie. Les Syriens trouvent aussi refuge en Irak, en Égypte ainsi que dans d'autres pays d'Afrique du Nord.
Le haut-commissaire a souligné à Luxembourg le manque d'argent des agences onusiennes pour faire face à cette urgence et souligné que la Turquie avait déjà consacré « 6 milliards » de dollars de son budget à cette assistance directe aux réfugiés syriens, soit presqu'autant que les autres donneurs internationaux.
Le Portugais a appelé les États membres à redoubler de solidarité envers ces pays voisins de la Syrie et les réfugiés déplacés et pointé en ce sens la qualité de la réponse de l'Allemagne qui avait accueilli plus de 41 000 demandeurs d'asile syriens en 2014, selon Eurostat. « Si tous les États membres agissaient de la même façon, la situation serait bien plus facile à gérer », a jugé le responsable qui a appelé les pays membres à développer les voies légales d'arrivée, comme les visas humanitaires. (Solenn Paulic)