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Bulletin Quotidien Europe N° 11338
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) grÈce

L'état d'urgence est à nouveau déclenché

Luxembourg, 18/06/2015 (Agence Europe) - Face au blocage persistant sur le dossier grec, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a décidé, jeudi 18 juin, dans la foulée de l'échec de l'Eurogroupe à Luxembourg, de convoquer un sommet de la zone euro lundi 22 juin, alors qu'un Conseil européen est déjà programmé pour la fin de la semaine prochaine.

« À la lumière des résultats de l'Eurogroupe d'aujourd'hui, j'ai décidé de convier un sommet de la zone euro lundi 22 juin à 19h00. Il est temps de discuter, de façon urgente, de la situation grecque au plus haut niveau politique », a déclaré M. Tusk, alors que la conférence de presse de l'Eurogroupe était en cours.

Ce sommet de l'Eurozone, destiné à « informer et impliquer » les dirigeants, sera préparé au niveau de l'Eurogroupe comme la procédure l'exige, a indiqué le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. Les ministres des Finances de la zone euro se réuniront probablement lundi matin. « Clairement, c'est urgent. Le mot a été utilisé de nombreuses fois lors de l'Eurogroupe », a ajouté le ministre néerlandais des Finances. « M. Tsipras ne doit pas espérer un accord dans le vague au Sommet. Les leaders arrivent en général en fin de partie pour conclure quelque chose. La réussite d'un sommet passe par un travail sur des propositions », a commenté une source ayant participé aux négociations. La convocation lundi du sommet de la zone euro est liée à l'hémorragie de capitaux dont sont, à nouveau, victimes les banques grecques.

Déjà prolongé pour quatre mois fin février, le deuxième plan de sauvetage grec (et l'aide financière encore disponible) expirera mardi 30 juin. Les Grecs n'ont à ce jour pas fait de demande pour une nouvelle extension, même si celle-ci semble désormais inévitable. Elle devrait intervenir en fin de course, si un accord est trouvé. La Grèce et ses créanciers négocient depuis des mois les mesures que le gouvernement grec appliquera en échange de la reprise de la perfusion financière. Sans accord, Athènes ne pourra pas rembourser 1,6 milliard d'euros au FMI à la fin du mois et se retrouverait en défaut de paiement.

L'institution de Washington ne pourrait alors plus décaisser de fonds tant que les arriérés ne sont pas remboursés. En vertu d'une clause dite de 'cross default', le Fonds européen de stabilité financière (FESF) se retrouverait face à trois possibilités: exiger immédiatement le remboursement des prêts accordés, un scénario peu probable, ne rien dire ou réserver ses droits, cette troisième option étant la plus probable. « Ce n'est pas notre responsabilité en tant que ministres de discuter d'échec », a tranché le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, s'inquiétant d'un état d'esprit proche de l'acceptation de l'accident.

La confiance est ébranlée. Voulant encore croire en la possibilité d'un accord, les créanciers d'Athènes ont clairement rejeté la faute du blocage sur les autorités grecques, les accusant de n'avoir fait aucune contre-proposition au paquet de mesures déjà sur la table. « Aucun accord n'est encore en vue », a regretté M. Dijsselbloem, pour qui la balle est dans le camp des autorités grecques. Qualifiant la situation de « préoccupante », le commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a exhorté les deux camps à tout faire pour éviter « une issue catastrophique », alors que « la fin de la partie est proche ». « La question clé est de restaurer le dialogue. Avec des adultes dans la salle », a grondé la directrice générale du FMI, Christine Lagarde. Tous se sont dits prêts à travailler jour et nuit pour parvenir à une solution.

Un allégement de la dette, condition sine qua non posée par Athènes. Il reste trois questions en suspens: la réforme des retraites, la TVA et les objectifs budgétaires. Sur ce dernier point, un accord serait toutefois à portée de main. Mais pour les Grecs, un allègement du fardeau de la dette est une condition sine qua non à un accord, selon M. Varoufakis. Il a assuré que la Grèce devait continuer à se réformer, mais que l'heure n'était plus aux coupes budgétaires.

Rappelant qu'elles avaient déjà fortement assoupli leur position, les institutions ont une nouvelle fois fait part de leur flexibilité, si des mesures ne conviennent pas à la partie grecque. Interrogé sur des économies dans le secteur de la défense, citées par les institutions comme possible alternative, M. Varoufakis a indiqué que c'était une idée initialement grecque. « Cela ne les satisferait pas si nous fermions l'armée », a-t-il déclaré. « Ce qui est sur la table est tout à fait raisonnable », a considéré M. Moscovici. Sur les retraites, les institutions réclament 1,8 milliard d'euros d'économies.

Sur la TVA, M. Varoufakis a reconnu qu'il fallait davantage de recettes. « Mais nous ne pouvons pas le faire en augmentant le taux, le problème que l'on a est lié à la collecte », a-t-il ajouté.

Interrogé sur le message à adresser au peuple grec, M. Dijsselbloem a estimé que la Grèce devait retrouver son indépendance financière afin de continuer à évoluer au sein de l'eurozone. « Cela va demander des mesures difficiles et des hommes politiques qui sont préparés à dire la vérité à leurs citoyens », a grincé le président de l'Eurogroupe. Et de conclure: notre plus grand souhait est de garder la Grèce dans la zone euro, mais nous sommes préparés à toutes les éventualités. (Mathieu Bion et Elodie Lamer)

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