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Bulletin Quotidien Europe N° 11305
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / (ae) jai

Le PE demande au Conseil de s'engager sur des quotas de réfugiés

Bruxelles, 29/04/2015 (Agence Europe) - Moins d'une semaine après le Sommet européen extraordinaire consacré à la crise migratoire en Méditerranée, le Parlement européen a adopté, mercredi 29 avril à Strasbourg, une résolution dans laquelle il a tenté de remédier aux lacunes observées dans la réponse des chefs d'État et de gouvernement. Les eurodéputés ont notamment demandé à ce que le mandat de l'opération Triton, pilotée par l'agence Frontex et dont les Vingt-huit ont triplé le budget, soit « clarifié » afin d'accroître sa zone d'opération et d'élargir son mandat pour les opérations de recherche et de sauvetage au niveau de l'Union.

Les députés, au prix de certaines polémiques et de certaines oppositions exprimées notamment au sein du groupe PPE, ont aussi demandé aux États membres d'accepter le fameux principe de quotas obligatoires de demandeurs d'asile entre les Vingt-huit. La Commission devrait d'ailleurs venir avec de telles propositions en mai dans sa nouvelle communication sur les migrations, légales et illégales, a rappelé son président, Jean-Claude Juncker, mercredi matin.

Cette question des quotas divise la famille du PPE: l'ancien ministre français de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux, a ainsi expliqué que la bonne réponse aux tragédies migratoires n'était pas « une mise sous tutelle des États membres par la Commission européenne ». Le « système de traitement des demandes d'asile en France, qui s'élèvent à près de 63 000 demandes en 2014, est totalement débordé », a-t-il jugé. Alors que le PPE, réuni au niveau du bureau politique la semaine dernière à Milan, avait aussi adopté une déclaration demandant l'introduction de quotas obligatoires de demandeurs d'asile, le président du groupe, Manfred Weber, qui soutient l'idée de quotas, a également tenu des propos ambigus mercredi matin à Strasbourg, indiquant qu'ouvrir les canaux légaux de migration, notamment de travail, pourrait créer des effets d'appel d'air, de même que ce concept de quotas. L'Allemand a appelé à ne pas oublier « qu'un jeune sur 5 en Europe est au chômage ». En dépit de ces divergences, la résolution a été adoptée par 449 voix, 130 contre et 93 abstentions.

Sur l'opération Triton, la résolution du PE insiste sur le fait qu'elle devra ressembler « à une opération de sauvetage humanitaire européenne permanente et robuste, qui, comme Mare Nostrum, agirait en haute mer et à laquelle tous les États membres contribueraient financièrement et avec des équipements et des atouts ». Les députés invitent ici l'UE « à cofinancer une telle opération ». Les pays membres, quant à eux, devraient continuer « à faire preuve de solidarité et d'engagement en augmentant leur contribution aux budgets et aux opérations de Frontex et du Bureau européen d'appui en matière d'asile ». Les États membres sont également tenus de fournir à ces agences et bureaux européens les ressources nécessaires (en personnel et en équipements). Mercredi matin, à Strasbourg, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a reprécisé que l'UE dégagerait 120 millions d'euros pour l'année 2015 pour permettre le triplement de la dotation de Triton.

La fin de Mare Nostrum était « une erreur » pour M. Juncker

Un geste qu'il a trouvé normal en ce que ce triplement des ressources rétablit Triton à un budget équivalent à celui de l'opération Mare Nostrum, arrêtée par l'Italie faute de soutien européen. Le Luxembourgeois a d'ailleurs qualifié de « grave erreur » cette décision de mettre un terme à cette opération et déploré que l'Italie ait été seule à la financer. Une décision qui a sans doute « coûté des vies », a-t-il lancé dans une allocution au ton humaniste. Le président a également répété que les États membres devaient impérativement augmenter leur budget d'aide au développement afin de tarir sur le long terme les causes de départ des migrants.

M. Juncker n'est toutefois pas allé dans le sens des députés en ce qui concerne le mandat de Triton ; il a répété qu'un tel changement n'était pas nécessaire. Il n'est « pas vrai que le mandat de Triton ne permet que le sauvetage dans les eaux territoriales des États membres, c'est beaucoup plus large ». « On n'a pas à changer le mandat, mais à élargir les moyens de Triton ». Une allocution qui a été, dans l'ensemble, bien accueillie par les eurodéputés, en dépit de débats parfois houleux et pimentés notamment par une série de remarques virulentes comme celles de la Ligue du Nord italienne estimant que Mare Nostrum constituait une opération de financement du terrorisme islamiste.

Pour le reste, la résolution du PE demande davantage d'efforts aux Vingt-huit sur la réinstallation des réfugiés syriens et d'activer la directive 'protection temporaire' de 2001. Les Vingt-huit sont aussi invités à renforcer la délivrance de visas humanitaires dans les ambassades ou consulats des États membres dans les pays tiers et priés d'encourager « les efforts diplomatiques pour permettre une résolution des conflits et un retour à la stabilité dans certaines zones, telles que la Libye, l'Irak et la Syrie ». Ils doivent encore renforcer la lutte contre les passeurs et trafiquants et renforcer les sanctions pénales. Les socialistes et démocrates, notamment français, se sont dits relativement satisfaits de ce texte, même si le vrai test sera celui du 13 mai, lorsque la Commission présentera son approche en matière d'immigration, notamment légale. « C'est la Commission européenne qui devra faire preuve d'audace », a jugé la délégation socialiste française. (Solenn Paulic)

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