*** PATRICE HALIMI: La grande détox. Comment éviter les poisons du quotidien ? Calmann-Lévy (31 rue de Fleurus, F-75006 Paris. Tél.: (33-1) 49543600 - fax: 49543640 - Internet: http://www.calmann-levy.fr ). 2015, 213 p., 17 €. ISBN 978-2-7021-5701-5.
Il est des livres qui font froid dans le dos. Pour soi-même et, plus encore, pour ceux qui nous suivent. Chirurgien pédiatre à orientation orthopédique, le Dr. Patrice Halimi n'avait pas au départ la fibre écologiste. Mais voilà, au poste d'observation privilégié qu'il occupe, il a « été rattrapé par la force des faits » lorsqu'il lui a bien fallu, chaque mois et chaque année un peu plus, « constater les dégâts majeurs de la pollution et de certaines substances sur la santé des gens ». Son diagnostic est implacable: le nombre d'enfants asthmatiques va crescendo en France. Une de ses patientes, directrice d'école, le lui confirmera un jour: « Quand j'ai débuté dans l'Éducation nationale, il y avait un élève souffrant d'asthme par classe ; aujourd'hui, il y en a un par rang ! » A l'évidence, le constat ne vaut pas que pour la France, ni que pour l'asthme…
A en croire Patrice Halimi, de plus en plus de médecins sont désormais convaincus que « la pollution a un impact non négligeable sur notre santé ». Il en veut pour preuve que quelque 2 500 professionnels de la santé l'ont rejoint dans l'Association santé environnement France qu'il a créée en vue d'informer les patients sur la base d'études scientifiques, de prévenir les pathologies liées à la pollution chimique et de sensibiliser le grand public contre ce qu'il appelle les « poisons du quotidien ». De la sorte, il entend d'abord se substituer tant que faire se peut à des autorités politiques et sanitaires qui, face à la menace mortelle que représentent les substances chimiques issues de molécules de synthèse, restent atones, « pour ne pas dire dans le déni ». A cet égard, observe-t-il dans un premier chapitre où il passe succinctement en revue les « quatre grands effets polluants » (les perturbateurs endocriniens, puis les substances cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques), il salue le règlement européen Reach qui « a marqué un tournant » puisqu'il a inversé la charge de la preuve: « c'est désormais à l'industriel de montrer que l'utilisation de ses produits put se faire sans danger ». Pour le médecin, l'avancée européenne est toutefois loin d'être suffisante, notamment parce que Reach s'appuie encore et toujours sur la conception dépassée de « dose journalière acceptable », laquelle « définit la substance qu'un individu de 60 kg peut - en théorie - ingérer quotidiennement sans risque pour sa santé ». Or, tout le monde ne pèse pas 60 kg, et avoir ce poids à vingt ans ou à soixante n'est pas fatalement la même chose, sans compter que « l'effet cocktail » de différents polluants est ainsi complètement occulté.
Devant ces carences, le Dr. Halimi a conçu ce petit ouvrage comme un « outil » destiné à permettre à son lecteur de « se prémunir des risques chimiques, de façon personnelle et pragmatique ». Concrètement, il le prend par la main afin d'être en mesure d'éviter les pièges en déclinant 24 heures de la vie de monsieur et de madame Tout-le-monde, depuis la douche du matin jusqu'au repas du soir, des chapitres spécifiques étant consacrés d'abord à la femme enceinte et au petit enfant, ensuite aux activités du week-end. C'est un petit livre dans le monde de l'édition, mais potentiellement un grand pas pour la santé de ceux qui le liront.
Pierre Bouvier
*** MONIKA HARTMANN, JOACHIM W. HESSE (sous la dir. de): Agriculture and Food in the 21st Century. Economic, Environmental and Social Challenges. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen, Suisse. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2014, 269 p., 59,95 €. ISBN 978-3-631-64771-4.
Ce livre a été conçu et confectionné en hommage au Pr. Michael Schmitz (Université Justus-Liebig de Giessen), à l'occasion du 65ème anniversaire de cet économiste spécialisé dans l'agribusiness qui a été vingt années durant conseiller scientifique du ministère fédéral allemand de l'Agriculture, de l'Alimentation et de la Protection des consommateurs. Une première partie de l'ouvrage est dédiée à l'un des domaines sur lesquels le Pr. Schmitz a le plus focalisé ses recherches, à savoir celui des interdépendances complexes entre les marchés et les politiques agro-alimentaires. Comme pour prouver que cette question l'habite depuis longtemps, c'est d'ailleurs son… directeur de thèse qui ouvre intellectuellement le feu en cherchant à voir de quelle manière morale, marchés et politiques cohabitent dans ce créneau économique. Ulrich Koester (Université Christian-Albrecht de Kiel) montre ainsi que les résultats du marché peuvent entraîner des conséquences qui ne sont pas en ligne avec le code moral d'une société donnée, les limites politiques en la matière étant une autre réalité à prendre en compte. Dès lors, la solution ne peut passer, selon cet auteur, que par l'établissement d'un cadre institutionnel offrant des incitations compatibles avec les normes morales de la société. C'est précisément les tensions entre morale sociétale et réalités du marché dans le domaine de la protection des animaux de ferme qui est examiné par trois chercheurs dans la contribution suivante, laquelle met en lumière les limites des interventions gouvernementales quand prévalent les règles de l'Organisation mondiale du commerce. Du coup, des solutions innovantes sont requises, par exemple sous la forme de stratégies d'autorégulation permettant au citoyen-consommateur d'imposer ses propres choix - comme c'est le cas, précisent les auteurs, dans le secteur de la viande en Allemagne. Trois autres intervenants s'intéressent, pour leur part, à la pertinence de deux « nouveaux » instruments politiques, à savoir l'imposition de taxes dans le domaine alimentaire et, d'autre part, la protection d'aliments géographiquement différenciés que privilégie l'Union européenne. Leur verdict est totalement négatif: les taxes sur les denrées alimentaires n'ont aucune efficacité en tant que politique visant à protéger la santé, rien ne prouvant que les indications géographiques protégées et la désignation de l'origine d'un produit le soient davantage. Deux derniers spécialistes s'attaquent, eux, au sort réservé, dans le contexte de crise actuel, aux marchés de produits dérivés agricoles spéculatifs et à la chaîne de valeur alimentaire qui s'annonce. Il va de soi que de tels sujets abordés par des spécialistes du monde académique ne sont pas à la portée de tout le monde, ce que confirme encore plusieurs des contributions figurant dans la seconde partie du livre consacrée aux liens entre agriculture, commerce et développement. Il y est entre autres question des effets que le Partenariat transatlantique négocié entre l'Union et les États-Unis aurait sur les pays en développement, des enseignements à tirer dans le domaine agricole de l'accord de libre-conclu par les Européens avec la Corée du Sud et de la question de savoir si les règles de l'Organisation mondiale du commerce sont conformes aux besoins des pays en développement pour pouvoir atteindre leurs objectifs de sécurité alimentaire. (MT)
*** YANNIS VASSILIOU: Le présent et l'avenir de la politique agricole de l'Union européenne. Éditions Historical-Quest (66 Chrisiidos Road, Ilion GR-13122. Tél.: (30-210) 2611832 - fax: 2611833 - Internet: http://www.historical-quest.com ). 2014, 160 p., 15 €. ISBN 978-618-5088-06-4.
La Politique agricole commune a été très longtemps l'une des politiques les plus importantes de l'Europe communautaire. Elle le reste encore aujourd'hui, alors qu'il lui appartient de répondre à des défis tels que la production agricole, la sécurité alimentaire, la gestion des ressources naturelles, la protection de l'environnement, le changement climatique, le développement durable des communautés rurales et la préservation de la campagne. Docteur à l'Université de Birmingham et spécialiste des aspects économiques et politiques de l'Union européenne, Yannis Vassiliou analyse de façon critique, dans cet ouvrage, les éléments-clés de la PAC. Se demandant quel est son sens aujourd'hui et pourquoi elle reste importante, il s'emploie à cerner son impact sur les producteurs et les consommateurs, son but étant de dresser ainsi un état des lieux de l'Europe verte et d'en tracer des perspectives d'avenir, à l'horizon 2020. Très documenté, le livre est enrichi par une large bibliographie. (AKa)
*** JEAN VASILE ANDREI, GHEORGHE H. POPESCU: Economy in Romania and the Need for Optimization of Agricultural Production Structures. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2014, 170 p., 51 €. ISBN 978-3-631-65826-0.
L'agriculture est une source de revenus importante en Roumanie. A la suite de son entrée dans l'Union en 2007, le pays a dû effectuer de grands changements dans le fonctionnement de son secteur primaire pour obtenir de meilleurs résultats et s'adapter aux nouveaux critères de performance économique fixés par l'Union. Jean Vasile Andrei, professeur assistant à l'Université Petroleum-Gas de Ploiesti, et Gheorghe H. Popescu, professeur à l'Université chrétienne Dimitrie Cantemir, reviennent dans ce livre sur l'importance de l'agriculture en Roumanie et d'y améliorer la productivité. Après un état de l'art de la question, ils proposent cinq alternatives pour améliorer le potentiel agricole dans ce pays. Les données nécessaires à ces alternatives ainsi que des informations générales sur l'agriculture en Roumanie font l'objet d'annexes.(HHe)
*** BRODER BRECKLING, RICHARD VERHOEVEN (sous la dir. de): GM-Crop Cultivation - Ecological Effects on a Landscape Scale. Proceedings of the Third GMLS Conference 2012 in Bremen. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Theorie in der Ökologie », n° 17. 2013, 159 p., 32,95 €. ISBN 978-3-631-62870-6.
La controverse que suscite, dans les milieux scientifiques comme politiques et réglementaires, la question de savoir si les cultures génétiquement modifiées sont sûres et si les études qui en attestent sont dignes de foi n'est pas prête de prendre fin, en Europe en tout cas. Œuvres d'experts (venus de huit pays européens, mais aussi d'Argentine, du Ghana et des Etats-Unis) réunis voici deux ans et demi à Brême pour discuter des implications de la culture de produits génétiquement modifiés, les vingt-huit contributions présentées dans ces pages apportent des éclairages indépendants sur les retombées potentielles dans les domaines écologique, socio-économique et administratif. Sans, bien entendu, clore le débat…(PBo)
*** LAURA SILVA-CASTANEDA, ETIENNE VERHAEGEN, SOPHIE CHARLIER, AN ANSOMS (sous la dir. de): Au-delà de l'accaparement. Ruptures et continuités dans l'accès aux ressources naturelles. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterla ,g.com). Collection "EcoPolis", n° 22. 2014, 244 p., 39,60 €. ISBN 978-2-87574-210-0.
Selon l'organisation non gouvernementale Grain, l'accaparement de terres désigne un phénomène relativement récent, à savoir l'acquisition (location, concession, voire achat), par des multinationales ou des États, de vastes zones de terres (plus de 10.000 ha) à l'étranger et à long terme (souvent 30-99 ans). Les unes opèrent évidemment par appât du gain, les autres pour garantir (aussi) leur sécurité alimentaire. L'Afrique constitue la première cible de ces investissements. Cet ouvrage collectif est tout entier consacré à ce processus, lequel est toutefois replacé dans l'histoire bien plus large de l'accès à la terre, les auteurs veillant notamment à ne pas focaliser l'analyse sur les seules acquisitions à grande échelle mais à mettre aussi en lumière la diversité des dynamiques à l'œuvre et, en particulier, les « micro-processus » moins visibles qui mènent également à la dépossession de nombreux acteurs ruraux. Ainsi, une première partie est consacrée aux multiples processus et facteurs d'exclusion qui conduisent à limiter, voire supprimer l'accès aux ressources naturelles pour certaines catégories d'acteurs. Les contributions éclairent notamment le rôle négatif que peuvent jouer les membres d'un même espace territorial, d'un même village, voire d'une même famille, l'influence que peut avoir le contexte politique, social et économique, les effets des programmes de titrisation qui rendent possible le développement d'un marché foncier engendrant des dynamiques d'accumulation pour certains, de dépossession pour d'autres, la question de l'accès à l'eau (ou à d'autres ressources) qui peut être parfois le moteur de l'accaparement… La deuxième partie porte, elle, sur des réponses et alternatives mise en place pour faire face à ces dynamiques d'exclusion, qu'il s'agisse de réforme agraire, de reconnaissance des droits des populations autochtones ou des paysans, de la réappropriation de territoires ou des marchés éthiques. Cette réflexion visant à comprendre scientifiquement les forces et les limites des modèles alternatifs est enrichie par les regards que portent sur ces questions et chemins de traverse le mouvement paysan Via Campesina et l'organisation non gouvernementale FoodFirst Information and Action Network, tant il est vrai, résument Laura Silva-Castaneda (Université Paris-Est Marne-la-Vallée) et le Pr. Verhaegen (Université catholique de Louvain) que ni le marché, ni la propriété collective ne peuvent plus prétendre désormais être la solution… (PBo)
*** PASCALINE GABORIT (sous la dir. de): European and Asian Sustainable Towns. New Towns and Satellite Cities in Their Metropolises. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). 2014, 262 p., 40 €. ISBN 978-2-87574-187-5.
Le développement urbain durable requiert de la technique et de la technologie, mais pas seulement: les villes ont aussi besoin de cohésion sociale, d'économie locale et de conscience environnementale. Par ailleurs, l'autonomie des autorités locales et l'adoption de systèmes de gouvernance appropriés sont aussi essentielles. Cet ouvrage collectif aborde plus particulièrement le développement de nouveaux districts ou de villes satellites au sein des métropoles. Ces aires urbaines sont généralement construites pour décongestionner la circulation des villes et répondre à un manque de logements. Cependant, la construction rapide de ces nouvelles zones pose beaucoup de défis et crée un grand risque de concentration de problèmes. Si ces nouveaux habitats ne sont pas bien pensés, ils peuvent tourner en village fantôme où personne ne veut vivre. Les auteurs de ce livre - des chercheurs académiques, urbanistes, architectes, etc., tous impliqués dans le projet East (acronyme d'Euro Asia Sustainable Towns) et originaires, d'Allemagne, de France, des Pays-Bas, mais aussi de Suisse, des États-Unis, d'Inde et de Chine - expliquent comment construire ces nouvelles aires urbaines tout en respectant la population et l'environnement de façon générale, des exemples concrets en Inde, en Chine et aux États-Unis étant mis en lumière. (HHe)