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Bulletin Quotidien Europe N° 11298
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) jai

L'UE convoque un sommet en urgence pour répondre à la crise migratoire

Bruxelles, 20/04/2015 (Agence Europe) - Le président du Conseil européen, Donal Tusk, a décidé, lundi 20 avril, de convoquer jeudi 23 avril un Sommet extraordinaire consacré à la situation en Méditerranée après qu'un nouveau naufrage a fait plus de 700 victimes parties de Libye au large de Lampedusa dans la nuit du 18 au 19 avril. La semaine dernière, près de 450 personnes avaient également été portées disparues après le naufrage de leur embarcation.

Ce Sommet, a expliqué le Polonais, devra donner l'occasion aux Vingt-huit d'étudier les moyens de lutter contre les passeurs, de renforcer les actions de sauvetage et secours en mer, d'aider les pays membres les plus confrontés à l'arrivée de migrants et de renforcer la coopération avec les pays tiers, a expliqué M. Tusk dans un message vidéo. Dimanche 19 avril, face à l'émotion suscitée par le naufrage, la Présidence du Conseil européen avait également décidé de convoquer en urgence ce lundi 20 avril à Luxembourg une réunion conjointe des ministres des Affaires étrangères et des Affaires intérieures, réunion qui devait leur permettre de bâtir une ébauche de réponse aux naufrages qui se multiplient dans ces eaux depuis le début de l'année 2015, où déjà plus de 1 000 personnes ont péri. Cela avant que les chefs d'État et de gouvernement soient appelés jeudi à prendre les décisions politiques nécessaires.

Très critiqués pour leur action jugée insuffisante en Méditerranée, notamment après la fin de l'opération Mare Nostrum en octobre 2014 qui patrouillait au large de la Libye et son 'remplacement' par l'opération Triton beaucoup plus modeste dans sa zone d'intervention, les ministres européens ont débattu lundi de l'extension de cette opération Triton et de la possibilité qu'elle soit dotée de davantage de moyens et de navires (pour rappel, l'opération italienne Mare Nostrum, active entre octobre 2013 et octobre 2014, avait permis de sauver plus de 150 000 migrants). Mais, à l'issue de cette journée de travail, les ministres ne semblaient pas encore avoir donné leur aval à une opération de cette envergure.

La Commission a pourtant tourné ses regards vers eux dès dimanche. Exprimant sa « profonde tristesse » et le choc qu'a provoqué ce nouveau naufrage, la Commission européenne a appelé à mettre en oeuvre « des mesures immédiates », tout en se disant convaincue que le remède ultime à ces naufrages consistait avant tout à s'attaquer aux racines du problème dans les pays d'origine. Et ces actions immédiates s'apparentaient, lundi, dans l'esprit de la Commission à une sorte de 'Mare Nostrum européenne', une opération de sauvetage renforcée, ont expliqué plusieurs sources européennes. C'est également ce qu'a suggéré le ministre letton de l'Intérieur, Rihards Kozlovskis, se prononçant en faveur d'une telle opération d'envergure.

Un plan de dix points

Mais, à Luxembourg, ce n'est pas ce qu'a officiellement proposé le commissaire grec, Dimitris Avramopoulos, à Luxembourg, se contentant à ce stade de demander aux ministres de renforcer les moyens de Triton, en se gardant de chiffrer ces moyens, et de renforcer aussi ceux de l'opération Poséidon ainsi que d'étendre la zone d'opération de Triton. La question du mandat de Frontex et de l'ajout dans ses prérogatives d'une mission de sauvetage n'aurait pas été discutée. Dans une liste de dix points, le Grec a, plus précisément, proposé de 'détruire' les navires utilisés par les passeurs, de renforcer la coopération Frontex/Europol, celle avec les pays tiers. Le commissaire a aussi proposé que l'UE offre des places de réinstallation pour les réfugiés (le chiffre de 5 000 a été évoqué) et étudie la possibilité d'un mécanisme d'urgence de répartition des migrants.

Mais d'autres mesures semblent un peu sécuritaires comme le fait d'encourager les États membres à prendre les empreintes digitales des demandeurs d'asile, prise d'empreintes qui fait partie des conditions du fonctionnement du règlement de Dublin, pourtant critiqué, ou bien la mise en place d'un nouveau dispositif de retour volontaire assuré par Frontex.

À Luxembourg, l'objectif était d'abord de sonder le soutien politique des États membres à ces actions, un soutien qui n'était pas acquis ces derniers jours. « Nous allons réfléchir à la mise en oeuvre de ces 10 points », a promis le ministre de l'Intérieur letton, soulignant que la communication de la Commission prévue pour le 13 mai reste aussi très attendue. Selon des diplomates présents à Luxembourg, un consensus se serait dessiné sur l'augmentation des fonds alloués à l'opération Triton, mais cette question du budget de Frontex devrait plus vraisemblablement être traitée jeudi lors du Sommet des dirigeants européens.

Coûteuse pour Rome, avec un budget de 9 millions d'euros par mois, l'opération Mare Nostrum n'avait pas été soutenue dans son principe par les autres États membres, la majorité d'entre eux ayant redouté à l'époque un effet d'appel d'air. Les ministres de l'Intérieur de l'UE avaient alors donné leur aval en novembre dernier au lancement de Triton, l'opération de l'agence Frontex, soutenue par 21 États membres au départ, mais plus réduite, ne pouvant intervenir que dans une zone de 30 miles et limitée dans son mandat à des missions de contrôle des frontières et non de sauvetage en mer. Au départ prévue pour deux mois, Triton avait ensuite été prolongée jusqu'à fin 2015 par la Commission européenne grâce à une enveloppe de près de 20 millions d'euros, le budget de Triton restant en deçà de 3 millions d'euros par mois, sa flotte restant seulement constituée de deux avions, un hélicoptère et sept navires. Et le « budget de Frontex pour 2015 est épuisé », a observé lundi 20 avril une source européenne.

Coopération avec l'Afrique

À Luxembourg, les ministres ont aussi discuté d'autres pistes d'action et, notamment, de la coopération avec les pays tiers et les pays voisins de la Libye, l'idée étant ici de prévenir les départs depuis les côtes libyennes vers l'Europe, mais aussi, comme l'a proposé le commissaire, de 'saisir' les navires utilisés pour les traversées et de réduire le 'stock' de ces navires au moyen ici d'une opération de type militaire.

Dans le premier cas, les autorités de garde-frontières des pays tels que la Tunisie ou l'Égypte seraient chargées d'évaluer le profil des candidats au départ et leurs chances d'obtenir l'asile, tout comme leur propension au retour volontaire, s'ils devaient être déboutés de l'asile en Europe. Des centres d'accueil des migrants pourraient être mis également en place dans ces pays tiers, en Tunisie, en Égypte, mais aussi au Soudan ou au Niger, où des représentants de l'Organisation internationale des migrations ou de l'UE procéderaient à des interviews et sélectionneraient les migrants ayant vocation à être protégés. Ces idées ne sont toutefois pas nouvelles et ont été déjà été mises, en mars dernier, sur la table des ministres des Affaires étrangères et de l'Intérieur.

Mercredi 22 avril, la Commission accueillera également une délégation de l'Union africaine à Bruxelles. La réunion, prévue avant ces drames, devrait être l'occasion de reparler de ces projets de coopération. À plus long terme encore, se pose l'idée de la création d'un corps de garde-frontières européens opérationnel de manière permanente. La Commission prêche depuis de longues années en faveur d'un tel dispositif, mais encore dans le vide jusqu'à ces derniers mois. (Solenn Paulic avec Camille Gessant)

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