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Bulletin Quotidien Europe N° 11223
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Signification et objectifs de l'année qui commence

Consolider. Celle qui commence est, pour l'Europe, l'année de la consolidation. L'UE doit surtout consolider les transformations économiques et politiques en cours, en compléter certains aspects et corriger les lacunes qui subsistent. En même temps, elle doit clarifier et perfectionner sa politique extérieure, qui implique de ne participer à aucun conflit armé directement et de renforcer dialogue et coopération avec les pays tiers. Bien entendu, il n'est pas question de nouvelles adhésions, qui ne sont d'ailleurs pas exclues en 2015 seulement, mais pour cinq ans.

Ce tableau succinct ne doit pas donner l'impression d'une année peu active ou peu engagée pour l'Europe. C'est le contraire: 2015 représente la première phase de la relance économique et politique. En 2014, l'UE avait défini des objectifs et préparé des projets parmi beaucoup de difficultés et de divergences. Elle entre maintenant dans la période de la mise au point et, pour certains aspects, dans la concrétisation, qui se prolongera pendant les années suivantes.

Évolutions mondiales favorables, calendrier européen établi. Du point de vue économique, une partie des évolutions internationales est, du moins à court terme, favorable à l'UE: baisse de l'euro, du coût du pétrole et du gaz, des taux monétaires, du coût des investissements. Ce sont quatre éléments positifs, affirment les économistes, si l'UE les exploite sagement. Les experts citent aussi d'autres évolutions encourageantes et un calendrier est déjà établi pour la concrétisation d'initiatives en principe acquises ; en particulier, le plan investissements va être mis en place. Certaines dates sont définies: par exemple, la Commission européenne présentera en mars le projet sur l'Europe de l'énergie et les quatre présidents des institutions ou organismes impliqués - Conseil européen, Commission européenne, Eurogroupe et BCE - présenteront un rapport sur le renforcement du gouvernement économique de la zone euro.

Aspects difficiles et incertitudes. Il est évident que ces projets ou propositions ne signifient pas que les institutions communautaires et les États membres sont d'accord sur tout. L'Allemagne ne cache pas ses réserves sur certaines orientations ou intentions de la BCE. Quelques attitudes de l'un ou de l'autre État membre suscitent des perplexités. La France ne paraît pas en mesure de respecter en 2015 les dispositions communes en matière de réduction du déficit budgétaire structurel ; elle demande des délais particuliers ou des modalités que d'autres États membres contestent.

Par ailleurs, les incertitudes et les perplexités subsistent sur la position réelle du Royaume-Uni à l'égard de sa permanence dans l'UE. On n'aura pas une réponse en 2015. Et d'autres doutes subsistent. C'est pour ça d'ailleurs que l'UE s'est réservé un délai de cinq ans avant de se prononcer sur des nouvelles adhésions et sur d'autres questions fondamentales. Les pays tiers concernés doivent s'en rendre compte.

L'Ukraine a écouté… à sa manière. En annonçant sa demande d'adhésion à l'UE, le gouvernement ukrainien avait précisé que la démarche officielle débuterait en 2020. Et maintenant l'Ukraine propose sa candidature à l'OTAN, malgré son statut de pays militairement non-aligné ! Or, le consensus unanime de tous les pays de l'OTAN est nécessaire et quelques membres de l'UE, l'Allemagne en tête, ont tout de suite exprimé leurs réserves. Adhérer à l'UE et à l'OTAN: les projets ukrainiens semblent plutôt irréalistes ! Kiev paraît poursuivre des objectifs qui ne coïncident pas du tout avec les intentions de l'UE.

UE et Russie, dialogue compliqué mais indispensable. La question la plus délicate et toujours ouverte est celle des relations de l'UE avec la Russie de M. Poutine. La réponse a été longtemps radicale: à chaque désaccord, chacune des deux parties réagissait par des sanctions, malgré des dommages réciproques souvent lourds. C'est actuellement la Russie qui en souffre le plus à cause de l'écroulement des prix du pétrole et du gaz.

Mais les analyses prouvent que les liens entre l'UE et la Russie dépassent largement ce qu'on admet officiellement, par exemple pour l'Allemagne, et ce n'est pas un secret que les pays de l'UE sont souvent en désaccord sur les sanctions à appliquer au cas par cas à la Russie. En mars, l'UE devra décider si elle tient en vigueur les sanctions actuelles, sur la base aussi de l'attitude de Vladimir Poutine, qui ouvrira peut-être la porte à de nouveaux compromis, au sujet, évidemment, de l'Ukraine, mais aussi, par exemple, pour ce qui concerne les navires Mistral pas (encore) livrés par la France à Moscou (et pour lesquels le PE avait suggéré quelques formules irréalistes). Les prochains mois seront décisifs, car il faut aussi décider si M. Poutine sera invité au G7 (ou G8) présidé en juin par Angela Merkel et il faut préparer le sommet du Partenariat oriental prévu en mai à Riga. (FR)

 

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