Bruxelles, 27/11/2014 (Agence Europe) - Une défaite très nette. Par 461 voix contre 101 'oui' et 88 abstentions, les eurodéputés réunis à Strasbourg ont largement rejeté, jeudi 27 novembre, la motion de censure contre la Commission européenne de Jean-Claude Juncker. Cette motion avait été déposée le 18 novembre par le groupe ELDD de Nigel Farage et les élus 5 étoiles de Beppe Grillo, aidés par leurs amis europhobes des non-inscrits.
Est-ce parce qu'il avait anticipé sa défaite que Nigel Farage n'a pas voté en faveur de la motion de censure dont il est à l'origine ? À l'issue du vote, auquel il n'a même pas participé, 40 députés de l'ELDD ont eux voté en faveur de cette résolution et 37 chez les non-inscrits. Ce vote a toutefois révélé des tensions au sein de certains groupes. Pour le groupe CRE et celui de la GUE/NGL, le dilemme était assez important: 16 élus du groupe CRE ont ainsi soutenu l'idée de la démission du président Jean-Claude Juncker de même que 6 élus de la gauche radicale européenne. Le groupe GUE/NGL, dont la plus grande partie s'est abstenue, avait lui aussi initié une demande de motion de censure, mais avait échoué à recueillir le nombre de signatures nécessaire. Dans un communiqué, le groupe explique qu'il était « uni » pour demander le départ de M. Juncker, responsable, selon lui, du système d'évitement fiscal mis en lumière par l'affaire Luxleaks et des mesures d'austérité imposées à certains pays. Le groupe GUE/NGL va se concentrer sur sa demande de création d'une commission d'enquête parlementaire et sur les investigations de la Commission sur les 'tax rulings'.
Quant au groupe Verts/ALE, également demandeur d'une commission d'enquête, il s'est montré divisé entre ceux souhaitant faire échouer une initiative de l'extrême-droite et des eurosceptiques et une poignée d'élus soucieux d'envoyer un message à M. Juncker mais « de ne pas donner la main à l'extrémisme», comme l'a dit Pascal Durand. Dix élus ont ainsi choisi l'abstention.
« Pétard mouillé »
Dans les autres familles politiques, à savoir les groupes PPE, S&D et ADLE, il y a eu en revanche moins d'états d'âme à voter contre cette motion. Cependant, un élu du PPE s'est abstenu et une élue S&D a voté en faveur de la motion de censure. Pour Philippe Juvin (PPE, français), la motion « déposée par les populistes » n'était « qu'un pétard mouillé ». Le PE « ne doit pas se faire dicter son comportement par les partis populistes qui, une nouvelle fois, mettent en cause la Commission européenne à des fins démagogiques », a-t-il dit.
Pour Marc Tarabella (S&D, belge), cette motion montre que les « eurosceptiques sont inutiles ». « Dénoncer les problèmes est une des tâches des eurodéputés mais quand ils ne proposent comme solution que la destruction de l'Europe au mépris des citoyens, ils ne servent à rien ou ne servent que leurs propres intérêts », a-t-il estimé. (SP avec MD)