Nicosie, 27/11/2014 (Agence Europe) - Chypre, pays hôte de la session annuelle du Sommet économique et social euro-méditerranéen (cadre de rencontre des comités économiques et sociaux et organisations similaires de l'UE et des pays du pourtour méditerranéen), a appelé, mercredi 26 novembre, à construire un « dialogue structuré » entre tous les pays riverains.
Le président chypriote, qui était représenté à la séance inaugurale par son ministre de l'Agriculture, Nicos Kouyialis, a affirmé le besoin d'encourager l'interdépendance et la communauté d'intérêts et de veiller à la stabilité d'une région prometteuse par son potentiel en énergie. Cela implique, a-t-il dit, le « respect du droit et notamment celui de la zone économique exclusive » et de tout faire pour que « les pays voisins s'y conforment ». Chypre entend être « la solution et non le problème » pour asseoir la stabilité de la région, a conclu le ministre. Allusion directe aux rapports avec la Turquie, absente de cette rencontre.
Henri Malosse, président du Comité économique et social européen (CESE), a dressé un tableau inquiet tout en relevant cependant quelques signes encourageants, comme le bon aboutissement des élections tunisiennes: « Le fossé se creuse » entre les deux rives, a-t-il affirmé, se référant à la crise économique qui sévit au sud comme au nord. Elle se traduit, selon lui, par une intensification des mouvements migratoires, non pas seulement depuis le nord de l'Afrique. « En Europe du Sud aussi, l'émigration reprend », favorisée par les jeunes « qui vont chercher du travail » ailleurs que dans leur pays, le Portugal, l'Espagne ou la Grèce par exemple. « Il faut mettre des outils concrets » et davantage « impliquer la société civile » dans tous les pays concernés, a ajouté M. Mallose.
Une maison commune
Pour le président du CESE, la politique euro-méditerranéenne de l'UE « manque de méthode ». Elle doit obéir à celle des « géométries variables » et n'impliquer dans chaque action que les pays intéressés afin d'échapper aux blocages actuels. Sa recommandation est de se doter de « flexibilité » et de mieux encadrer les efforts, notamment par la création d'un comité économique et social commun pour toute la région euro-méditerranéenne, pour lequel il lance formellement un appel aux gouvernements de la région.
« Je n'aime pas la politique de voisinage car entre voisins il y a souvent des problèmes. Nous, nous voulons une maison commune ». Pour M. Malosse, la Méditerranée n'est pas une menace, mais une chance pour l'UE. Elle « offre de par sa démographie et son dynamisme des possibilités importantes de collaboration ». Il a rappelé que le CESE a « appelé l'UE à développer des canaux d'immigration légaux » ne comportant pas de risques de pertes de vie.
Au nom de la Présidence italienne de l'UE, l'ambassadeur à Nicosie, Guido Cerboni, a réaffirmé l'engagement de Rome à donner une forte impulsion au processus Euromed durant ce semestre. Il a détaillé l'ensemble des rencontres sectorielles déjà décidées ou en cours, notamment sur l'énergie, l'agriculture, les jeunes et sur l'immigration.
Sociétés civiles. Les débats se sont poursuivis jeudi sur l'implication des sociétés civiles dans tous les domaines, y compris les négociations sur le commerce. Ce rôle, affirmé par tous comme crucial, est cependant perçu non sans critiques par deux organisations arabes, la confédération des syndicats arabes et le réseau arabe des ONG développement (ANND). Au nom des premiers, Mustapha Tlili a critiqué le choix que fait l'UE d'associations de société civile qu'elle appuie financièrement. Elles sont sélectionnées surtout pour leur « docilité », a résumé un autre délégué d'une ONG arabe, de Jordanie. Le secrétaire exécutif des syndicats arabes ne craint pas d'affirmer que l'UE finance Daesh à travers un réseau d'ONG dont certaines opèrent en Égypte. Il souhaite que les soutiens soient réservés à la « société civile structurée » et non pas celle composée de petites et disparates associations choisies parce que « plus malléables ».
Pedro Narro, président du comité de suivi de la politique euro-méditerranéen au CESE, a regretté « l'absence d'outils ». Un représentant du CES algérien, Mohamed Bouhali, a lui aussi pointé du doigt « l'inflation » d'acteurs de la société civile favorisée par une « aide mal ciblée » européenne.
Au nom du réseau d'ONG arabes, Zahra Bazzi a souhaité qu'un « cadre juridique » plus précis soit établi qui permettrait de mieux contrôler le choix des bénéficiaires, d'assurer leur indépendance et de garantir leur accès à l'information détenue par les seuls gouvernements. (FB)