Phase positive ? Le moment actuel de la construction européenne pourra être considéré, un jour, positif et constructif. Cela peut paraître sans doute étrange, alors que l'opinion générale et les états d'âme vont largement dans le sens opposé. La vérité est que certaines déviations du passé ont été découvertes ; l'UE est en train de les corriger et de les éliminer. Mais une grande partie des commentateurs et observateurs - et aussi une large partie de l'opinion publique - refusent de l'admettre.
Une portion du Parlement européen s'efforce de gonfler les déviations du passé et de les présenter comme une réalité actuelle ; ce sont surtout les forces politiques qui, de toute manière, s'opposent à l'unité européenne (et ne le cachent pas). La nette majorité du PE agit dans le sens opposé. L'accueil au plan que M. Juncker a présenté mercredi aux députés est éloquent ; la phase positive a débuté.
Le Pape devant le PE: insignifiant. Le discours du Pape François à Strasbourg ne restera pas dans l'histoire de l'Europe. Quelques banalités du genre « il est temps de favoriser la politique de l'emploi », ou bien l'invitation à l'Europe à ne pas se considérer le centre du monde, car elle est « un peu vieillie et comprimée, et elle se situe dans un environnement qui la regarde souvent avec distance, méfiance, et parfois avec suspicion. D'autres généralités rhétoriques ont été citées dans EUROPE 11204. L'accueil au Pape par le président du PE a été respectueux et les remerciements des groupes politiques font partie de la politesse de circonstance.
La porte de l'UE est fermée pour cinq ans. Faut-il encore le rappeler ? Aucune nouvelle adhésion à l'UE n'interviendra dans les cinq prochaines années et les pays qui frappent à la porte devront avoir rempli toutes les conditions nécessaires s'ils souhaitent que leurs candidatures soient prises en considération. Cette attitude n'aurait sans doute pas le soutien du Pape, mais elle est tout simplement indispensable et impérative, si l'on veut que l'UE continue à exister. Combien de fois faudra-t-il répéter que l'UE est l'union entre les pays qui avaient été à l'origine des deux grandes guerres du siècle passé ? Qu'ils ont créé un ensemble unique afin de supprimer pour toujours d'autres conflits entre eux? Seuls peuvent aspirer à faire partie de cette union les pays ayant mis fin à leurs conflits. Mais aucun État voisin de l'UE ne remplit actuellement cette condition. Je me répète, j'en suis conscient, mais même le Pape semble ignorer que l'UE n'entend plus participer volontairement à un conflit. Ce délai de cinq ans est une sage précaution.
Sortir des conflits. Il est vrai que l'Europe a été longuement engagée, de façon plus ou moins directe, dans différents conflits, mais elle continue de s'en éloigner en tant qu'UE. Des obligations nationales subsistent, notamment dans le contexte de l'OTAN. Mais les engagements de l'UE à caractère militaire sont des soutiens logistiques, comme la participation à la formation et à l'entraînement dans un pays tiers ou à un soutien sous forme de conseils. Dans le cas du conflit Israël-Palestine, les textes européens sont longs et détaillés, mais vont dans la direction d'inciter les deux parties à s'abstenir de tout acte susceptible d'aggraver la situation et à éviter le recours excessif à la force (l'adjectif excessif indiquerait-il qu'un certain niveau est admis ?).
Quant aux pays qui se considèrent candidats à l'adhésion, ou qui le souhaitent, comme la Géorgie (signataire avec Bruxelles d'un accord d'association qui n'est pas encore en vigueur), la règle est la prudence. Federica Mogherini, Haut Représentant pour les Affaires étrangères, a invité les autorités de Tbilissi à créer un pays démocratique, stable et prospère et à permettre l'existence d'un parti d'opposition. En échange, l'UE lui reconnaît ses aspirations européennes.
La fiction turque se prolonge, mais… Il est difficile de comprendre comment et pourquoi la fiction de l'adhésion de la Turquie à l'UE est maintenue. On peut se demander qui, même du côté turc, y croit encore. Le président Erdogan ne fait rien dans le sens de l'adhésion. Sa prise de position récente sur le rôle des femmes encourage plutôt la rupture. Les femmes en Turquie et ailleurs réagissent sur Internet. Il y a quelques mois, le vice-premier ministre, Bulent Arino, avait invité les femmes à ne pas rire en public. La réponse avait été géniale: l'invasion sur Twitter et Instagram de milliers de visages de femmes souriantes.
Mais la situation sur place reste embarrassante: le World Economic Forum situe la Turquie à la 120éme place dans un classement de 136 pays pour les différences entre femmes et hommes.
La Turquie est un grand pays et son rôle est important, mais sa place n'est pas dans l'UE.
(FR)