Bruxelles, 06/11/2014 (Agence Europe) - La question des achats de gaz en commun a suscité un vif intérêt lors d'une audition consacrée à la sécurité énergétique, mercredi 5 novembre à Bruxelles au Parlement européen.
L'achat en commun de gaz est un élément clé du projet d'Union de l'énergie, tel que l'ont proposé ses précurseurs, l'ex-président de la Commission, le Français Jacques Delors, et l'ex-président du Parlement européen, le Polonais Jerzy Buzek, ainsi que, plus récemment, l'ex-Premier ministre polonais et très prochain président du Conseil européen, Donald Tusk.
Mercredi, plusieurs députés intervenant lors de travaux dirigés par le président de la commission de l'industrie, Jerzy Buzek (PPE), se sont interrogés sur l'opportunité de privilégier ou non cette option que le nouveau commissaire à l'Union de l'énergie, le Slovaque Maros Sefcovic, et son collègue à l'Énergie et au Climat, l'Espagnol Miguel Arias Canete, ont promis d'examiner au cours de leur mandat de cinq ans.
Dans le cadre de sa stratégie pour la sécurité énergétique proposée en mai (EUROPE 11090), la Commission se penche sur la question et l'approche privilégiée pourrait être un arrangement volontaire entre États membres plutôt que juridiquement contraignant.
L'eurodéputé écologiste Claude Turmes (Verts/ALE, luxembourgeois), notamment, a formulé des réserves quant à l'idée d'achats de gaz en commun, soulignant que la création d'un cartel d'achat de l'UE pourrait inciter les pays fournisseurs tiers à former un cartel d'approvisionnement.
Appelé à donner son avis sur la question, l'envoyé spécial pour les questions de sécurité énergétique au sein du ministère tchèque des Affaires étrangères, Vaclav Bartuska, s'est montré sceptique, privilégiant l'achèvement du marché intérieur de l'énergie comme option plus faisable que celle de la création d'une agence d'achat de gaz en commun pour augmenter le pouvoir de négociation des États membres de l'UE face à leurs fournisseurs tiers. « Si nous créons un marché commun européen intégré de l'énergie, aucun fournisseur ne pourra mettre les États en concurrence, ni essayer de faire chanter un pays. Je ne suis pas sûr que nous puissions créer un corps qui peut acheter du gaz pour toutes les entreprises (de l'UE) », a-t-il estimé.
M. Bartuska a rappelé que les pays européens paient actuellement des prix très différents pour le gaz russe, en fonction de leur accès à d'autres sources de gaz. Ainsi, la France paie la moitié moins que ce que paie la Lettonie, qui n'a pas de fournisseur alternatif, tandis que la République tchèque paie beaucoup moins pour le gaz russe que la Slovaquie voisine, a-t-il fait remarquer. Le diplomate tchèque a également souligné que les options d'approvisionnement de gaz alternatif de l'UE avaient diminué à la lumière des récents événements mondiaux, tels que les crises en Afrique du Nord, en Irak et en Syrie.
Enfin, M. Bartuska, qui a négocié pour la Présidence tchèque avec la Russie et l'Ukraine au cours de la crise du gaz en 2009, s'est montré pessimiste quant à la perennité du paquet d'hiver 2014/2015 conclu entre Kiev et Moscou, sous la médiation de la Commission, le 31 octobre (EUROPE 11189). (EH)