Bruxelles, 06/11/2014 (Agence Europe) - Dacian Ciolos a quitté ses fonctions de commissaire européen à l'Agriculture le 1er novembre. Dans un courrier adressé récemment à plus d'une centaine d'ONG et organisations professionnelles, qu'il remercie du travail accompli ensemble, le Roumain tire un bilan positif de ses cinq années de mandat.
« La valeur des exportations de produits agricoles et agroalimentaires a progressé de 70% en cinq ans. Le revenu des entreprises agricoles s'est accru de 25%, tant dans les anciens États membres que les nouveaux (...) Néanmoins, ces chiffres positifs ne doivent pas cacher les défis et la nécessité de continuer à appuyer l'agriculture européenne à travers une politique agricole commune forte, dotée d'outils solides », déclare l'ancien commissaire.
Son bilan est presque inespéré quand on repense à l'orientation que prenait la PAC quand il a pris ses fonctions en 2009: la Danoise Mariann Fischer Boël, qui l'a précédé, voulait libéraliser les marchés agricoles et, fin 2009, dans ses premiers projets budgétaires, la Commission prônait une baisse de 30 à 40% des crédits de la PAC.
Arrivé juste après la crise alimentaire mondiale de 2008, Dacian Ciolos a pu remettre l'agriculture au centre des préoccupations européennes: le budget de la PAC est relativement préservé et les outils de régulation, même s'ils ont été modernisés et réduits, sont toujours là.
Une PAC plus équitable et plus verte
Comme un message à son successeur, l'Irlandais Phil Hogan, il martèle sa conviction: « La sécurité alimentaire reste un enjeu mondial majeur pour le 21ème siècle. Et l'Europe doit y contribuer en mobilisant de façon durable ses capacités de production, ses savoir-faire et son sens de l'innovation (...) L'embargo décrété par les autorités russes en août 2014 et la crise E-Coli en 2011 montrent à quel point nos filières sont exposées à une diversité de plus en plus grande d'aléas économiques, climatiques ou sanitaires ». Pour lui, les outils de la nouvelle PAC permettront la résilience de nos systèmes de production. Mais rien qu'avec l'embargo russe, la réserve de crise 2015 est déjà presque épuisée. Les derniers mois du mandat de M. Ciolos ont été consacrés à la gestion de la crise découlant de l'embargo russe. Et d'aucuns estiment que la Commission a réagi rapidement en prenant des mesures (fruits et légumes périssables, stockage privé de produits laitiers, pêche et nectarine, et examen d'aides ciblées pour les producteurs laitiers des pays baltes et finlandais).
Dacian Ciolos avait ouvert son mandat avec une grande consultation publique sur l'agriculture, qui a conduit notamment à une PAC un peu plus équitable et un peu plus verte. « Il est fondamental que cette ouverture et cette réflexion se poursuivent dans les prochaines années. Car rien n'est jamais acquis pour une grande politique comme la PAC: elle devra continuer à montrer et démontrer de façon claire sa plus-value pour les citoyens européens ».
La réforme de la PAC est une des grandes réalisations de la Commission Barroso II, qui a permis d'aboutir à un nouveau « paradigme » pour la politique agricole de l'Europe.
La PAC répondrait ainsi, selon l'équipe de M. Ciolos, aux impératifs de: sécurité alimentaire, diversité (soutien plus équitable entre pays, régions et agriculteurs, boîte à outils pour utiliser au mieux les 175 millions d'hectares de terres agricoles, soutiens en faveur des zones défavorisées), durabilité (grâce au verdissement de 30% des paiements directs, plus de 100 milliards d'euros des fonds de l'UE entre 2014 et 2020 seront dédiés aux mesures environnementales et liées au changement climatique), qualité (paquet qualité approuvé, réforme en cours des programmes de distribution de produits dans les écoles…).
En matière de budget, les paiements directs sont mieux ciblés et les contrôles sont plus efficaces. Seuls les agriculteurs actifs pourront bénéficier d'une aide aux revenus (liste d'activités exclues).
La PAC, selon les services de M. Ciolos, est plus simple (régime d'aide en faveur des petits agriculteurs, programmes de développement rural) et moins bureaucratique, mais les agriculteurs et de nombreux députés européens pensent le contraire (EUROPE 11171).
Pour intensifier la compétitivité de l'agriculture, l'UE a introduit notamment: - un régime d'aide en faveur de jeunes agriculteurs de moins de 40 ans (supplément d'aide de 25% pendant les 5 premières années, qui s'appliquera dans tous les États membres) ; - de nouveaux outils de gestion des crises (assurances revenus ou fonds mutuels); - une réserve agricole de crise ; - l'abolition des quotas de sucre (2017) et de lait (2015).
En outre, le paquet lait est entré en vigueur en 2012 et les fonds consacrés à la recherche en agriculture ont doublé. Parmi les autres dossiers importants bouclés par le commissaire figure le nouveau règlement sur la promotion des produits agricoles. (LC)