Bruxelles, 09/10/2014 (Agence Europe) - Le président élu de la future Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a annoncé, jeudi 9 octobre, la démission de la Slovène Alenka Bratusek à la candidature du poste de vice-présidente à l'Union de l'énergie, après son rejet à une large majorité, la veille, par les commissions compétentes du PE. Cela « facilitera ma tâche » pour préparer la composition de la future Commission, a dit M. Juncker. Les groupes politiques du PE appelaient à son remplacement avant même l'annonce de sa démission.
Mme Bratusek a été retoquée avec 112 députés contre sa nomination, 13 pour et deux abstentions. Elle a payé au prix fort la piètre qualité des réponses apportées lors de son audition (EUROPE 11170). Cette ex-Première ministre libérale était également critiquée pour s'être auto-désignée après avoir perdu les élections nationales. Si Mme Bratusek ne retirait pas sa candidature et à moins que le PE ne passe outre ses réticences à son égard, c'est toute la Commission qui risquait de ne pas être approuvée, puisque le collège est approuvé en bloc.
Le PPE et le S&D ont proposé la candidate idéale à leurs yeux, l'eurodéputée Tanja Fajon (S&D). Manfred Weber, président du groupe PPE, a rappelé que Mme Fajon faisait partie des trois noms présentés en août par le gouvernement slovène. Gianni Pittella, chef de file du groupe S&D, a estimé qu'elle était très compétente. « Pour ne pas faire traîner les choses en longueur, il serait logique d'utiliser cette candidature », a-t-il dit. Au sein du groupe ADLE, la prise de position du PPE et du S&D en faveur de Mme Fajon a été très mal reçue. « Les déclarations des leaders des groupes S&D, PPE et des verts au PE sont totalement inacceptables, la décision doit être prise par le gouvernement slovène seul », a déclaré le Slovène Ivo Vajgl (ADLE).
Même si les auditions ont lieu la semaine prochaine, la Commission sera difficilement prête pour le 1er novembre, explique une source de l'UE. La démission de M. Bratusek pourrait avoir été retardée par M. Juncker pour lui laisser le temps de négocier avec le gouvernement slovène pour être sûr de recevoir une candidature qui passerait l'épreuve de l'audition devant les députés.
Le Premier ministre slovène, le centriste Miro Cerar, a indiqué jeudi que la Slovénie proposerait un ou une nouvelle candidate dans deux à trois jours. Au sein de l'ADLE, le choix devrait se porter sur Violeta Bulc, actuelle vice-Premier ministre. L'avantage de cette candidature est que sa fonction actuelle lui donnerait le 'calibre' pour accéder à une vice-présidence au sein de la Commission Juncker, explique-t-on. M. Cerar a également rejeté l'appel PPE/S&D.
Si Mme Bulc était choisie, il y aurait besoin d'une seule audition, dit-on au groupe ADLE. Dans le cas où Mme Fajon était choisie, la Slovénie perdrait la vice-présidence. « Donc on rebat les cartes », explique une source libérale.
Parmi les changements de portefeuilles évoqués figurent la possibilité pour Maros Sefcovic d'accéder à la vice-présidence en charge de l'Union de l'énergie et la candidate slovène hériterait alors du poste de commissaire-candidate aux Transports et à l'Espace, à l'origine attribué à M. Sefcovic. « Ce qui demanderait deux auditions au lieu d'une », souligne cette source libérale.
Les autres exigences logistiques du PE. La seule autre 'victime' du PE est le Hongrois Tibor Navracsis, accepté en tant que commissaire, mais dont les députés ont demandé une révision de ses tâches. L'ancien ministre de la Justice de Viktor Orban avait été désigné pour l'Éducation, la Culture et la Citoyenneté. Il pourrait être privé de la Citoyenneté. Cette partie du portefeuille pourrait alors revenir au Grec Dimitris Avramopoulos, désigné à l'Immigration et aux Affaires intérieures.
Au centre d'une vive controverse pour de présumés conflits d'intérêts compte tenu de ses liens avec l'industrie pétrolière, le candidat espagnol à l'Action pour le climat et l'Énergie est lui finalement sorti indemne, grâce au soutien de sa famille politique du PPE, qui a arraché le vote des socialistes. Ce dénouement, permis par la mise en balance du sort de M. Canete avec celui du français Pierre Moscovici, va à l'encontre de la mobilisation en Europe contre le candidat espagnol, dont plus d'un demi-million de pétitionnaires européens ont réclamé le départ. « Les socialistes européens ont obtenu que Frans Timmermans, 1er vice-président socialiste désigné de la Commission Juncker », voie sa vice-présidence élargie au développement durable, a salué Pervenche Berès (S&D, française). La Commission n'a pas confirmé cette information.
En contrepartie, le socialiste Pierre Moscovici a été confirmé au portefeuille des Affaires économiques, en dépit des réserves affichées par la droite sur sa capacité à juger avec impartialité la qualité des finances françaises. Lord Hill a également reçu le feu vert de la commission du PE pour occuper le poste de commissaire à la Stabilité financière, aux Services financiers et à l'Union du marché des capitaux, au plus grand déplaisir des verts. Le Finlandais Jyrki Katainen, désigné vice-président à l'Emploi, la Croissance, les Investissements et la Compétitivité, a été adoubé par les commissions qui l'ont auditionné.
Par ailleurs, les socialistes européens estiment avoir convaincu la Commission de revenir sur sa décision de transférer les produits de santé et l'Agence européenne du médicament (EMA) du département Santé (SANCO) vers le département Entreprises. Mais rien n'est acquis à ce stade. (EL/LC avec SP)