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Bulletin Quotidien Europe N° 11173
SOMMET SUR L'EMPLOI / (ae) emploi

'garantie jeunes', à chacun de faire son propre examen de conscience

Milan, 09/10/2014 (Agence Europe) - Si les chefs d'État ou de gouvernement européens se sont accordés, mercredi 8 octobre, sur le principe de faciliter et simplifier l'accès à l'initiative pour l'emploi des jeunes de l'UE, tout en « améliorant » son taux de préfinancement, fixé aujourd'hui à 1%, ils n'ont pas été en mesure de préciser comment le faire et si cela était tout bonnement réalisable.

Ce 3ème sommet européen sur l'emploi des jeunes, qui s'est déroulé à Milan, après celui de Berlin (juillet 2013, EUROPE 10879) et de Paris (novembre 2013, EUROPE 10961), a plutôt pris des allures d'une chasse aux sorcières: l'objectif n'a-t-il finalement pas été de faire de 'Bruxelles' un bouc émissaire de toutes les difficultés qu'ont les États membres à assurer aux 5 millions de jeunes chômeurs européens une entrée digne de ce nom sur le marché du travail ?, s'est-on interrogé dans les hautes sphères de la Commission européenne, à l'issue du sommet.

La rencontre de Milan à laquelle a assisté une vingtaine de chefs d'État et de gouvernement, elle-même précédée d'une réunion des ministres du Travail, a eu comme objectif essentiel de faire le point sur le dispositif européen de lutte contre le chômage des jeunes, à savoir l'initiative pour l'emploi des jeunes. Le premier objectif de celle-ci est d'aider à mettre en place dans chaque pays un dispositif de 'garantie jeunesse', lequel vise à proposer à tous les jeunes de moins de 25 ans, ou moins de 30 ans, selon le choix des États, un emploi de qualité, une formation ou un stage dans les 4 mois après leur arrivée sur le marché du travail.

La marge de manoeuvre pour les discussions à ce sujet a toutefois été très réduite à Milan. Raison principale: en dehors de la validation requise par la Commission européenne des programmes opérationnels des États membres concernés, il ne reste plus grand-chose à faire au niveau européen. La seule chose possible consiste peut-être à tenter de jouer sur la longueur des procédures pour acheminer le financement européen. C'est précisément ce que les dirigeants européens ont essayé de faire à Milan.

Le cadre d'action de cette initiative établie en avril 2013 et les projets nationaux de programme opérationnel présentés à la Commission couvrent désormais la totalité des 6 milliards d'euros prévus pour 2014 et 2015. La rapidité avec laquelle cela a été mis en oeuvre réjouit la Commission, qui ne manque aucune occasion de s'en féliciter. Son président sortant, José Manuel Barroso, a ainsi annoncé à Milan que « 800 millions d'euros (avaient) été dépensés jusqu'à présent ». Cet enthousiasme n'est toutefois guère partagé par certains États membres. La France et l'Italie, qui sont parmi les principaux bénéficiaires de cette initiative avec une allocation de fonds combinée atteignant un quart du total des fonds (1,5 milliard d'euros), mettent aujourd'hui en avant des problèmes de « flexibilité et d'accès » au financement et considèrent trop faible le taux de préfinancement fixé à 1%. Ils ont été soutenus sur ces points par le président du Parlement européen, Martin Schulz, et la chancelière allemande, Angela Merkel, dont le pays ne bénéficie pas de l'initiative.

Selon le président français, François Hollande, le sommet de Milan a permis d'« obtenir une simplification des procédures, un raccourcissement des délais » dans l'utilisation de l'initiative, « de manière à ce que nous puissions faire plus vite et mieux pour l'emploi des jeunes ». C'était nécessaire, selon lui, car certains pays « n'ont pas pu - ou n'ont pas su - attirer les fonds pour l'emploi des jeunes, alors même que le chômage est élevé ». À cela s'ajouterait, selon lui, une deuxième décision, favorisant « le préfinancement de ces programmes de manière à ce qu'ils puissent se mettre en place dans chaque pays plus facilement et plus rapidement ». Mme Merkel a fait un constat similaire. Le financement de la 'garantie jeunes' ne devrait pas creuser les déficits nationaux, d'où l'importance d'un préfinancement efficace et d'un remboursement rapide, a-t-elle souligné. Aucun chiffre n'a été avancé durant la réunion, mais elle s'est dite prête à ouvrir le débat sur cette question.

Sur la question de l'augmentation des fonds de la 'garantie jeunes', M. Hollande semble désormais aligné sur la position allemande. S'il avait évoqué la veille la nécessité de pérenniser l'initiative à travers un financement de 20 milliards d'euros supplémentaires pour les années 2016-2020 (EUROPE 11171), il a depuis affirmé qu'avant de parler de nouveaux financements, les fonds déjà dégagés devaient être consommés. Une manière de paraphraser les propos de Mme Merkel, pour qui « le problème, ce n'est pas qu'il n'y a pas assez d'argent, mais que cet argent ne sort pas des caisses, parce qu'il est difficile d'y accéder ».

Qu'en pense la Commission, qui est ici directement visée ? M. Barroso n'a rien contre l'idée d'« accélérer » l'initiative. Bien au contraire. Toutefois, le problème de ces règles peu flexibles doit être réglé par « les gouvernements » et devrait, selon lui, entraîner une réflexion sur l'entièreté du « cadre financier pluriannuel ».

Le commissaire à l'Emploi et aux Affaires sociales, Laszlo Andor, a nuancé auprès d'EUROPE les accusations portant sur une trop grande rigidité de l'initiative pour l'emploi des jeunes. C'est un faux débat, a-t-il dit. Le programme opérationnel de la France a été adopté par la Commission en quatre semaines, celui de l'Italie en quatre jours. La Commission ne dispose d'aucun autre moyen d'agir que d'attendre que les États lui soumettent leurs programmes. Une autre option existe, à savoir signer des accords de partenariat. Aujourd'hui, 17 États membres l'ont fait avec la Commission et M. Andor ne voit pas ce qu'il pourrait faire de plus.

Si, pour M. Schulz, un problème existe quant à l'accès aux fonds, il revient aux institutions européennes et aux États de réaliser leur « examen de conscience ». Mais, selon une source européenne, les dirigeants européens peinent tout simplement à admettre en public que la 'garantie jeunes' est une réforme structurelle de taille, ce qui signifie que sa mise en oeuvre prendra du temps. Sans oublier, comme l'a rappelé la Commission, dans une note d'information publiée mercredi 8 octobre, qu' « en l'absence d'une croissance économique globale, il serait impossible qu'une réforme de l'emploi résolve la crise du chômage ». (JK)

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