Bruxelles, 25/09/2014 (Agence Europe) - Proposée par la Belgique à la dernière minute, l'eurodéputée démocrate-chrétienne Marianne Thyssen deviendra, selon ses propres termes, le nouveau « visage social » de la Commission européenne 'Juncker'. Cette femme politique belge, flamande, est loin d'être une inconnue sur la scène européenne. Siégeant au Parlement européen depuis 1991, elle est plus spécialisée dans les affaires économiques que sociales. Son audition par ses ex-collègues aura lieu le matin du mercredi 1er octobre.
En dessinant l'organigramme de sa future Commission, le président élu de la Commission, Jean-Claude Juncker, n'a pas manqué d'introduire quelques nouveautés sémantiques, qui donnent à la fois un aperçu de son programme politique, en léger décalage avec celui de son prédécesseur, et de sa volonté d'affirmer certains principes européens comme étant gravés dans le marbre. Ainsi, si le coeur du portefeuille du commissaire en charge de l'Emploi et des Affaires sociales reste le même, Mme Thyssen se voit attribuer deux nouvelles prérogatives par rapport à son prédécesseur: celle des « Compétences » et de la « Mobilité des travailleurs ».
En se débarrassant du thème « Inclusion » et en introduisant celui de « Mobilité des travailleurs », M. Juncker place sa future commissaire en première ligne pour défendre le principe fondamental de la libre circulation des travailleurs (art. 45 du TFUE), à l'heure où les attaques viennent à la fois de Londres et, dans une moindre mesure, de Berlin. L'objectif qu'il a assigné à Mme Thyssen est ainsi de lutter contre « les obstacles » à la mobilité intra-européenne, toujours trop présents à son goût. « Une partie de nos efforts devrait également être consacrée à renforcer les opportunités et améliorer les conditions de mobilité géographique et professionnelle à travers l'Europe », a indiqué M. Juncker dans la lettre de mission de Mme Thyssen.
Si ce principe est aussi défendu bec et ongles par le Parlement européen, Mme Thyssen ne devrait pas échapper à des questions délicates à ce sujet pendant son audition. En effet, comment concilier ce principe avec ses deux revers que sont les phénomènes de « dumping social » ou de « tourisme aux allocations sociales », l'un étant diabolisé par la gauche et l'autre par la droite ? La réponse est qu'il faut « s'assurer que les règles existantes sont bien comprises et mises en oeuvre, ainsi que de lutter contre d'éventuels abus ou demandes frauduleuses », lui a suggéré le président élu de la Commission. Dans ce contexte, la directive sur le détachement des travailleurs devrait faire son grand retour dans le débat. C'est le souhait d'une partie du Parlement, qui ne s'est point satisfait de la dernière révision, mais également celui de M. Juncker, qui a chargé sa commissaire nommée « d'initier une révision ciblée » de la directive.
La libre circulation des travailleurs constitue ainsi un terrain miné. Mais, à en croire la vice-présidente de la commission de l'emploi et des affaires sociales du PE, Marita Ulvskog (S&D, suédoise), Mme Thyssen n'a pas de raison de s'attendre à un acharnement au cours de son audition, où devraient être abordés la révision des directives « temps de travail » et « détachement des travailleurs », ainsi que le chômage des jeunes et le « dumping social ». « Je viens de la rencontrer et nous partageons la même vision sur les questions de l'emploi et des investissements », a notamment dit Mme Ulvskog, mercredi 24 septembre. « C'est un bon départ », a-t-elle ajouté.
Le travail de Mme Thyssen sera chapeauté par deux vice-présidents, Jyrki Katainen (Emploi, Croissance, Investissements et Compétitivité) et Valdis Dombrovskis (Euro et Dialogue social). Le premier supervisera ainsi sa contribution au paquet visant à relancer la croissance, avec le souci particulier de « compléter en outre les efforts déjà entrepris avec le système de garantie pour la jeunesse, dont la mise en oeuvre doit être accélérée et progressivement élargie », lui a indiqué M. Juncker. Le second prendra en considération son avis sur la « modernisation des marchés de travail et des systèmes de protection sociale » dans le cadre du processus du 'Semestre européen', ainsi que son travail sur l'approfondissement de la dimension sociale de l'Union économique et monétaire (UEM), dont le cadre envisagé par M. Juncker ne semble pas se démarquer de celui de son prédécesseur.
Parmi ses autres prérogatives se trouve également la mobilisation des instruments de l'UE pour promouvoir la mise à niveau des compétences des travailleurs européens, par la voie de programmes de formation professionnelle et d'apprentissage continu. Elle devra aussi collaborer avec le commissaire désigné à la Migration et aux Affaires intérieures, Dimitri Avramopoulos, afin d'appliquer une politique de 'migration choisie', dont le but est d'adresser les besoins non pourvus sur les marchés du travail de l'UE et en attirant « les talents » nécessaires de pays tiers. Elle aura finalement son mot à dire dans l'élaboration des propositions de la Commission qui vont adresser le défi démographique et l'innovation sociale.
Mme Thyssen ne sera pas la première Belge à occuper ce poste. Son compatriote Albert Coppé a déjà été en charge des Affaires sociales, entre 1970 et 1973. Ils ont encore ce point en commun de venir de la même famille politique, le parti démocrate-chrétien flamand CD&V (Christen-Democratisch en Vlaams), elle l'ayant présidé (2008-2010) et lui ayant été l'un de ses membres fondateurs. (JK)