Constatation objective. Les relations entre les États-Unis et l'Europe sont donc en train de changer de poids et de nature (voir cette rubrique précédente). Est-il nécessaire de souligner que cette constatation n'a rien d'une critique ni d'un regret ? C'est la réalité, un point c'est tout. Il n'y a pas de découvertes à faire: il suffit de regrouper un ensemble d'indications et d'en tirer les enseignements. Il en résulte que beaucoup de protagonistes de la vie politique ou économique, en Amérique surtout, agissent en conformité avec cette évolution.
Remarques linguistiques. Le problème de la langue joue un rôle croissant. L'anglais était à l'origine un facteur essentiel de la fraternité et de l'entente entre l'Europe et les USA. Mais, depuis un certain nombre d'années, une distinction existe entre langue anglaise et langue américaine, aussi bien dans la présentation des livres et autres publications, que dans les instruments modernes de communication ; et la séparation continue à gonfler. En principe, l'anglais est déjà et sera de plus en plus la langue internationale, utilisée partout, que tous doivent ou devront comprendre et plus ou moins parler. Mais les experts et les spécialistes soulignent que l'anglais n'est plus une langue unique ; presque personne dans le monde, États-Unis compris, ne parle ni comprend la langue de Shakespeare ; son oeuvre, personne ne sera plus en mesure de la lire, en dehors des spécialistes.
Une formule déjà ancienne. Je me souviens d'ailleurs que, il y a plusieurs années, des réunions et conférences entre pays asiatiques se déroulaient déjà en anglais, car les autorités locales n'étaient pas en mesure d'organiser la traduction dans les langues innombrables des pays participants ; une traduction unique en anglais était, plus ou moins, généralement comprise. Ce système pourra être généralisé en utilisant la langue qui est couramment parlée aux États-Unis, laquelle continue à évoluer et sera de moins en moins celle de Londres.
Projet ambitieux sans avenir. Les négociateurs américains et européens du TTIP - Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement - sont réunis ces jours-ci (à Bruxelles, cette fois) et leurs travaux vont se prolonger jusqu'à la fin de la semaine (EUROPE 11119). Les responsables sont patients: ils espèrent être en mesure de parvenir à un accord de principe… au début de 2016 ! La prudence est compréhensible, car les objectifs sont colossaux, les divergences innombrables, et surtout les réserves, remarques critiques et protestations d'organismes ou associations concernés se multiplient. Les négociateurs rencontrent divergences et difficultés sur des aspects essentiels. Par exemple, les dispositions relatives au libre accès en Europe d'énergie américaine sont rejetées par les États-Unis et plusieurs autres aspects en discussion rencontrent les réserves des négociateurs européens.
Opposition généralisée. Dans les milieux concernés, le rejet est unanime. Ce ne sont pas seulement les protagonistes de l'activité économique qui récusent ce projet ; un groupe de 120 intellectuels européens et américains a dénoncé les textes du TTIP et 148 organisations (dont Greenpeace et Attac) appuient un dessein visant à le bloquer. Ce partenariat, on le sait, vise la création d'un espace euro-américain dans lequel non seulement les droits de douane et autres obstacles aux échanges seraient supprimés, mais les normes de fabrication et de mise en vente des produits ainsi que celles relatives aux investissements seraient uniformisées. L'autonomie européenne dans la gestion de l'économie disparaîtrait, l'américaine aussi. Et ceci aussi pour les services, la sécurité alimentaire, les adjudications publiques, les contrôles sanitaires, les normes environnementales, etc. Absolument tout serait mis en commun.
Toutes ces réactions négatives prouvent à quel point une telle évolution est rejetée, y compris par les syndicats, les organisations des consommateurs et les ONG. Health Action International, qui regroupe des ONG européennes et américaines, a demandé d'exclure du TTIP la propriété intellectuelle dans le domaine sanitaire, dans l'intérêt des patients (EUROPE 11121).
UE/USA: vers des formes nouvelles d'amitié et de coopération. Ma conclusion est simple: le TTIP ne se concrétisera jamais. Ce que j'ai défini projet ambitieux sans avenir s'ajoute donc à l'analyse des relations euro-américaines entamée au début de la semaine (EUROPE 11121).
Il est toutefois évident que l'amitié et la coopération États-Unis/UE ne seront pas compromises. Elles connaissent une évolution qui permettra, au contraire, de les relancer, dans des formes modifiées et renouvelées.
(FR)