Bruxelles, 15/07/2014 (Agence Europe) - Tony Tyler, directeur général de l'Association internationale des transporteurs aériens (IATA), garde un ton optimiste face aux défis aériens que l'Europe doit relever. Il a répondu aux questions d'EUROPE à ce sujet, lors du Paris Air Forum, vendredi 11 juillet. (propos recueillis par Marie-Pauline Desset)
Agence Europe: Le ciel unique européen a accumulé bien des retards. Est-ce que la tendance peut encore être inversée pour tirer profit d'un transport aérien plus efficace ?
Tony Tyler: Je suis de nature optimiste et il faut l'être, si on compte vraiment voir des changements significatifs dans le court terme. Sur le long terme, il faut devenir plus efficace, trouver une meilleure façon d'intégrer les cieux européens qu'actuellement. La croissance que nous espérons tous n'arrivera tout simplement pas, si nous ne le faisons pas. Je sais que la Commission européenne (CE) l'a compris et le commissaire Siim Kallas a vaillamment oeuvré à cela. Malheureusement, les États membres y résistent ainsi que les fournisseurs de services de navigation aérienne, mais on ne peut pas résister à jamais. Il devra y avoir des progrès.
La Commission a lancé des procédures d'infraction contre plus de 20 États membres qui n'ont pas encore aboli leurs frontières nationales pour mettre en place les blocs d'espace aérien fonctionnels. Est-ce trop tard ?
Il n'est jamais trop tard, le meilleur moment c'était il y a longtemps, mais le prochain meilleur départ c'est maintenant. Nous souhaitons voir une mise en œuvre plus sérieuse. Dans le premier schéma de performance, les objectifs avaient été affaiblis, les États membres ne les ont même pas atteints et ont pourtant pu échapper à leurs obligations. Ce n'est pas correct, nous souhaitons voir une mise en oeuvre « top down », du sommet vers la base, afin que les gouvernements respectent leurs engagements. C'est vraiment le moins qu'ils puissent faire.
Êtes-vous confiant qu'une solution mondiale puisse être dégagée pour réduire les émissions de CO2 du transport aérien ?
De bons progrès sont en cours à l'Organisation internationale pour l'aviation civile à l'heure où nous parlons. Et je pense que tout le monde est très motivé pour établir des mesures globales fondées sur le marché lors de la prochaine assemblée de l'OACI, en 2016. Il y a encore deux ans devant nous et nous devons maintenir la pression. J'étais à l'OACI il y a quelques jours et, clairement, il y a une véritable motivation de la part de tous pour que cela soit possible. Certains des pays qui résistaient lors de la dernière assemblée semblent modifier leur position et semblent être un meilleur soutien qu'ils ne l'étaient auparavant. C'est donc encourageant. Nous avons besoin d'une solution globale. Je pense qu'il serait dommageable pour l'industrie et pour l'environnement que l'Europe prenne un autre chemin. Tout le monde est bien conscient de ce risque s'il n'y a pas d'accord mondial.
Les compagnies aériennes et hubs européens craignent le développement aérien dans les États du Golfe. Pensez-vous que l'UE doive agir pour établir un meilleur équilibre ?
Ce n'est pas tant ce qu'il se passe dans les autres parties du monde et, dans ce cas, ce que les compagnies du Golfe font qui importe, mais plutôt ce que l'Europe devrait faire pour mettre sa maison en ordre. Je pense que c'est sur quoi l'Europe doit se concentrer - régler la taxation excessive, la législation excessive, les dépenses dans une infrastructure inadéquate. Peut-être qu'à la place de jeter la pierre sur d'autres, les gouvernements européens et la Commission devraient en effet mettre de l'ordre chez eux.