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Bulletin Quotidien Europe N° 11122
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / (ae) commission

M. Juncker passe avec succès le test du Parlement européen et peut entreprendre la formation de son collège

Strasbourg, 15/07/2014 (Agence Europe) - Défenseur de la méthode communautaire tout en respectant les États membres et l'idée des nations, exigeant en matière de discipline budgétaire tout en rompant avec l'austérité excessive, partisan de l'ouverture, à terme, aux voisins de l'UE tout en bloquant tout élargissement dans les 5 prochaines années…C'est un Jean-Claude Juncker aux multiples facettes et soucieux de prendre en compte les intérêts de ses alliés politiques qui a su rassembler, mardi 15 juillet, dans la matinée une large majorité sur sa candidature à la présidence de la Commission européenne.

L'ancien Premier ministre du Luxembourg et patron de l'Eurogroupe a réuni, en effet, une majorité de 422 voix en sa faveur, contre 250 et 47 abstentions, cela, sur un total de 729 votants. Pour être élu futur président de la Commission, M. Juncker n'avait besoin que de 376 voix et, mardi matin, son entourage indiquait seulement en attendre « au moins 400 », sans se prononcer sur un score plus large. Au final, le Luxembourgeois aura rallié, outre les suffrages de son groupe, l'entièreté des votes du groupe ADLE de M. Verhofstadt, les six députés espagnols qui avaient un temps menacé de voter contre M. Juncker ayant finalement obtenu les réponses à leurs interrogations, expliquait une source du groupe peu après le vote.

Du côté des Verts aussi, Jean-Claude Juncker a bénéficié de voix, mais dans des proportions plus minimes, seuls 22 députés lui ayant apporté leur soutien, selon des décomptes provisoires. Quant aux socialistes et démocrates, principaux alliés du candidat PPE, « le nombre d'élus n'ayant pas voté pour Juncker est très limité », a dit Gianni Pittella, leader du groupe S&D, à l'issue du vote, sans donner toutefois les proportions exactes. Mardi matin, les socialistes français avaient en effet prévu de s'abstenir, tandis que les Espagnols prévoyaient de voter contre. Au total, entre 50 et 60 voix S&D devaient manquer au Luxembourgeois lors du vote. Les conservateurs du groupe CRE avaient, quant à eux, déjà annoncé officiellement qu'ils n'apporteraient aucune voix au candidat, tout comme la GUE/NGL. Les deux partis se sont toutefois dits ouverts, mardi, à travailler avec l'homme et à le réévaluer un peu plus tard sur ses actes, une fois à la tête de la Commission.

La victoire s'avère malgré tout relativement confortable pour le Luxembourgeois, qui ne s'attendait pas forcément à ce résultat et s'est dit très heureux par ailleurs de ne pas avoir reçu de voix de l'extrême-droite ou « de tous ceux incarnant le rejet de l'Europe », comme il l'a expliqué lors d'une conférence de presse. À titre de comparaison, José Manuel Barroso avait obtenu 382 voix en 2009 pour un hémicycle de 736 députés. Mais ces comparaisons, le Luxembourgeois n'a toutefois pas souhaité s'y prêter, se contentant d'expliquer qu'il avait toujours soutenu le bilan du Portugais et de la Commission sortante.

Car, maintenant, c'est une autre partie qui s'ouvre pour le Luxembourgeois: dès mercredi, il sera à Bruxelles et rencontrera les Vingt-huit pour évoquer avec eux le nom du futur ou de la future Haut(e) représentant(e). M. Juncker doit aussi s'atteler à la formation de son collège de commissaires, qui pourrait être bouclée fin juillet. « Nous discuterons des portefeuilles début août », a dit M. Juncker à son homologue allemand, président du Parlement européen, Martin Schulz, dont il veut d'ailleurs faire son « interlocuteur principal ». Jean-Claude Juncker arrivera mercredi soir au dîner des chefs d'État avec une préoccupation en tête: mettre fin « à une situation désespérante » en termes de parité, même s'il sait que les États membres n'accepteront pas de lui proposer plusieurs candidats, dont des noms féminins. Mais ce 'besoin' de femmes ne signifie pas non plus que M. Juncker appuiera la candidature de l'Italienne Federica Mogherini à la succession de Mme Ashton. Sur ce point, le Luxembourgeois a voulu réserver ses commentaires aux chefs d'État et de gouvernement.

Des engagements pour rassurer, en préservant son indépendance

Cette élection au Parlement européen, Jean-Claude Juncker la redoutait en tout cas davantage que sa désignation par le Conseil européen le 27 juin dernier au sujet de laquelle il n'avait « aucun doute », a-t-il réagi. C'est pour lever ses doutes que le Luxembourgeois s'est employé toute la matinée à rassurer les élus sur son programme, leur offrant même quelques annonces. M. Juncker a ainsi promis d'ici à février 2015 de mettre en oeuvre un programme d'investissements qui mobiliserait sur les trois ans à venir près de 330 milliards d'euros pour les investissements privés et publics, entre fonds structurels et instruments de la Banque européenne d'investissements.

Sur la gestion de la zone euro et de la crise souveraine, M. Juncker a défendu à nouveau la réponse de l'UE au plus fort de la crise, « un avion à réparer en plein vol », et promis de rendre la 'troïka' plus démocratique et contrôlée par les parlements nationaux. Mais le Luxembourgeois a aussi promis « de mettre en oeuvre des plans B, si les projections de croissance étaient moins bonnes que prévu », histoire de limiter l'impact des plans d'ajustement. M. Juncker a d'ailleurs dit vouloir mettre en place des études d'impact social avant toute mise en oeuvre des programmes d'ajustement.

Des propos censés séduire la gauche européenne qui n'ont pas forcément trouvé d'échos et ont même déclenché les huées des extrémistes de droite et du groupe CRE lorsque M. Juncker a défendu la monnaie unique et affirmé qu'elle permettait d'unir les États membres et non de les diviser. Si Gianni Pittella s'est dit satisfait des réponses données par M. Juncker, la gauche radicale de Gabi Zimmer s'est montrée sceptique. « Par quoi allez-vous donc remplacer la 'troïka' et le FMI ? », a-t-elle lancé, attendant désormais de juger M. Juncker sur ses initiatives.

Autre dossier à déminer: Jean-Claude Juncker a promis une « transparence maximale » sur le dossier du TTIP, insistant sur le fait que les Européens devaient être pleinement au courant de ce qui était mis en jeu avec les États-Unis. Une ligne rouge cependant: pas plus qu'il ne sera « le secrétaire du Conseil », M. Juncker ne sera pas « l'aide de camp » du Parlement européen, a-t-il néanmoins prévenu, soucieux de préserver son indépendance.

Une victoire de la « démocratie européenne », selon certains

Mais au final, ce n'est pas seulement sur le candidat et ses qualités personnelles que les eurodéputés ont voté. Pour de nombreux groupes, il était également question de valider le premier véritable exercice de démocratie européenne, comme l'ont décrit MM. Juncker et Schulz. Pour le président du Parlement européen, cette élection de M. Juncker est « historique », en ce qu'elle témoigne pour la première fois de la prise en compte directe du résultat des élections. « La démocratie européenne s'est exprimée », a également commenté M. Juncker.

Pour Gianni Pittella, le processus est même « irréversible », a-t-il jugé, même si les chefs d'État ont décidé le 27 juin de réévaluer prochainement ce processus des 'Spitzenkandidaten '. Même satisfaction du côté des Libéraux. « En votant pour M. Juncker, nous consolidons la démocratie européenne et le fait que les électeurs ont pu choisir le président de la Commission européenne », s'est emballé Guy Verhofstadt.

« Je ne partage pas cette euphorie ambiante », a jugé pour sa part Gabi Zimmer, présidente de la GUE/NGL, pour qui l'élection de M. Juncker « constitue un tout petit pas » pour la démocratie européenne. « Nous n'en sommes qu'aux balbutiements ». (SP)

 

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