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Bulletin Quotidien Europe N° 11100
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INSTITUTIONNEL / (ae) pe 2014

D. Cameron justifie son rejet du candidat Juncker

Bruxelles, 13/06/2014 (Agence Europe) - Nommer Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission européenne aux conditions édictées par le Parlement européen et non avalisées par les États membres « ne fait aucun sens ». Le Luxembourgeois est certes « une personnalité expérimentée » mais il n'a été « élu par personne » et n'a « figuré sur aucun bulletin de vote ». Tel est l'appel (de détresse ?) qu'a adressé vendredi 13 juin le Premier ministre britannique, David Cameron, dans une tribune publiée dans la presse européenne.

« Selon les traités européens, tels que ratifiés par les Parlements nationaux, c'est aux chefs de gouvernement de l'UE qu'il revient de proposer le candidat à la tête de la Commission européenne - quoiqu'ils doivent 'tenir compte' du résultat des élections au Parlement », écrit David Cameron. « Les députés européens se prononcent ensuite, à bulletin secret, sur cette candidature. Telle est la procédure limpide consacrée par le Traité de Lisbonne », ajoute-t-il.

Or, « certains membres du Parlement européen ont inventé une nouvelle procédure par laquelle ils cherchent à la fois à choisir et à élire le candidat. Chacun des grands groupes parlementaires a présenté sa 'tête de liste' pendant la campagne électorale et il s'est entendu en coulisse avec les autres pour s'allier et soutenir, après le scrutin, la tête de liste du parti le mieux représenté. Cette conception n'a jamais été débattue par le Conseil européen, elle n'a pas fait l'objet de négociations entre institutions européennes et n'a jamais été ratifiée par les Parlements nationaux », assène le Premier ministre britannique.

Constatant le faible taux de participation (43,09%) aux élections européennes qui a même « baissé dans la plupart des États membres », M. Cameron s'en prend directement à M. Juncker dont le nom « n'a figuré sur aucun bulletin de vote ». « Même en Allemagne, où le concept de 'tête de liste' a été le plus largement popularisé, seuls 15% des électeurs savaient que M. Juncker était candidat à la présidence de la Commission », critique-t-il, convaincu que les électeurs ont voté pour choisir leur député européen, pas le futur président de la Commission. Affirmer le contraire « serait profondément dommageable pour l'Europe et cela fragiliserait, au lieu de la renforcer, la légitimité démocratique européenne », ajoute-t-il.

Le Premier ministre craint aussi qu'une telle procédure fasse basculer le pouvoir « au détriment des gouvernements nationaux » et sans l'approbation des électeurs. « Dans la pratique, cela empêcherait pour toujours qu'un Premier ministre ou un président en exercice prenne la tête de la Commission européenne ». Et cela donnerait à la Commission « une dimension politique » qui l'handicaperait dans sa mission « d'incarner l'impartialité et le bien commun de l'Union », écrit même David Cameron.

Cette offensive médiatique intervient alors qu'aucun front contre Jean-Claude Juncker n'a pu être scellé le week-end dernier en Suède lors d'une rencontre entre les dirigeants britannique, allemand, suédois et néerlandais (EUROPE 11097).

La chancelière allemande continue publiquement de soutenir le candidat luxembourgeois qu'elle avait fait élire par le PPE le 7 mars à Dublin. Le porte-parole de Mme Merkel a également réagi à la tribune de M. Cameron, vendredi matin, affirmant que la chancelière, en tant qu'un des leaders du partit PPE, « avait été impliquée dans la sélection du candidat Juncker » et qu'il n'existait donc pas de « violation des traités ». La Suède et les Pays-Bas ont aussi publiquement critiqué le processus suivi par les groupes du PE mais le Royaume-Uni n'a pas encore réussi à ce jour à former une minorité de blocage au Conseil européen qui lui permettrait de court-circuiter la nomination de M. Juncker. (SP)

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