Bruxelles, 02/06/2014 (Agence Europe) - La Commission européenne a soumis, lundi 2 juin, ses recommandations de politiques socio-économiques pour chacun des pays de l'UE, que le Conseil européen est invité à reprendre à son compte, fin juin.
Sans surprise, ces recommandations réitèrent, en les adaptant à la situation de chaque pays, la nécessité de poursuivre la consolidation budgétaire et les réformes structurelles, seule manière, selon elle, de renforcer la reprise économique. Quelques jours après des élections européennes marquées par la montée de l'euroscepticisme et l'europhobie, le ton se veut conciliant et l'esprit collaboratif. « Cet exercice est fait collectivement. La Commission européenne n'impose absolument rien », a estimé le président de la Commission européenne, José Manuel Durão Barroso.
Il a listé les différentes priorités thématiques de la Commission: - affronter les conséquences à long terme du chômage, notamment des jeunes ; - stimuler les investissements dans l'éducation et la recherche ; - modifier l'architecture fiscale en taxant moins le travail, mais davantage la pollution, la propriété et la consommation ; - lutter contre la fragmentation financière qui pèse sur l'octroi de crédits aux entreprises ; - accélérer les réformes dans les secteurs des services, de l'énergie, des transports et de l'innovation.
Le commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn, a noté que la reprise économique élargissait son emprise, la Commission tablant sur une croissance de 1,2% du PIB dans la zone euro et de 1,6% dans l'UE en 2014. « Néanmoins, des défis majeurs demeurent, tels que le niveau élevé de chômage », a indiqué M. Rehn, dressant un tableau « mitigé » du suivi des recommandations de 2013.
La Commission recommande de clore les procédures d'infraction ouvertes à l'encontre de six pays ayant ramené durablement leur déficit public sous la barre des 3% du PIB: Autriche, Belgique, Danemark, Pays-Bas, République tchèque, Slovaquie. Si le Conseil suit ces recommandations, onze pays seraient encore concernés par une telle procédure, contre 24 en 2011. En outre, la Commission ne préconise pas d'ouvrir des procédures pour déséquilibre macroéconomique à l'encontre de la Croatie, de l'Espagne et de l'Italie.
Le commissaire à l'Emploi et aux Affaires sociales, László Andor, a évoqué une situation qui ne s'améliore pas malgré la reprise, avec 26 millions de sans-emploi dont 5,3 millions de jeunes. « Comparé à 2008, 6,6 millions de personnes supplémentaires vivent sous le risque de pauvreté ou d'exclusion sociale », a-t-il souligné, notant l'écart « grandissant » entre les situations que traversent le centre et la périphérie de l'UE.
Dans le domaine fiscal, le commissaire à la Fiscalité, Algirdas Semeta, a insisté sur le rôle pivot que la fiscalité a à jouer pour favoriser la création d'emplois. Un tiers des États membres (Autriche, Belgique, Espagne, France, Italie, Lettonie, Lituanie, République tchèque, Roumanie) a agi pour alléger ce type de taxation, mais il faut faire plus pour que la taxation moyenne sur le travail dans la zone euro soit en ligne avec celle des pays de l'OCDE, a-t-il estimé.
Rappelant la détérioration de la « compétitivité » en France, M. Rehn a estimé que les réformes engagées allaient « dans le bon sens », en particulier celles visant à stimuler l'investissement productif. Même chose pour la réduction du déficit par une plus grande maîtrise des dépenses. Doutant du respect des objectifs budgétaires (déficit inférieur à 3% du PIB en 2015), la Commission demande néanmoins de détailler davantage les mesures prévues pour atteindre l'ajustement structurel en 2015.
En Espagne, malgré l'embellie économique, des « défis significatifs » demeurent: le chômage élevé et les dettes des secteurs public et privé. La Commission recommande de nouvelles réformes dans le secteur des services, du marché du travail et de l'administration publique. Pour M. Rehn, les mesures que le Premier ministre, Mariano Rajoy, a annoncées ce week-end et qui seront précisées vendredi vont dans le bon sens.
La Commission recommande à l'Italie d'« intensifier » les réformes visant à rationnaliser la dépense publique et à augmenter l'efficacité des prélèvements fiscaux afin d'affronter une dette publique excessive et une faible compétitivité extérieure.
Constatant des progrès limités, les recommandations de la Commission pour l'Allemagne restent similaires à celles de 2013: améliorer le rapport coût/efficacité des dépenses publiques dans le domaine des soins de santé et des soins de longue durée, stimuler la demande intérieure en réduisant les taxes élevées et les cotisations sociales et agir de façon plus ambitieuse pour l'ouverture du secteur des services à la concurrence. Berlin devrait en outre utiliser l'espace disponible pour augmenter et rendre plus efficace l'investissement dans les infrastructures, l'éducation et la recherche. Sur le plan budgétaire, l'Allemagne fait figure de bonne élève.
Selon la Commission, le programme de réformes de la Croatie apporte une réponse suffisante à la question des déséquilibres macroéconomiques excessifs. Sur la procédure de déficit excessif qu'elle espère voir close en 2016, M. Rehn a indiqué que le budget 2014 et le paquet de mesures d'avril dernier devraient permettre à la Croatie d'atteindre ses objectifs budgétaires et l'effort structurel requis cette année.
La Slovénie a abordé la question de ses déséquilibres de manière « décisive » mais des risques substantiels persistent, selon le commissaire. Il a expliqué qu'une action était nécessaire pour atteindre les objectifs budgétaires et affronter les défis du secteur bancaire et des entreprises. Le pays a annoncé la tenue d'élections législatives anticipées dimanche 13 juillet. Interrogé sur ses craintes à ce sujet, M. Rehn s'est en effet dit « inquiet pour la durabilité économique de la Slovénie ». Il a également recommandé à Ljubljana de se mettre d'accord sur des mesures assurant la viabilité du système de retraites au-delà de 2020. Réduire sa participation dans les banques au travers de privatisations est également conseillé. (MB & EL)