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Bulletin Quotidien Europe N° 11068
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Union européenne, États-Unis et Russie recherchent des compromis conformes à leurs intérêts, pas une nouvelle guerre mondiale

Dramatisation excessive ? L'empressement avec lequel, la semaine dernière, l'échec de l'Accord de Genève sur l'évolution en Ukraine a été annoncé était à mon avis plutôt exagéré. Le goût du sensationnel a ses raisons, mais un peu plus de prudence et un peu moins d'élan guerrier seraient opportuns.

Il est compréhensible que les autorités ukrainiennes s'efforcent de mettre en relief leurs soucis et craintes. Le premier ministre, Arseni Yatseniouk, a affirmé à Rome ce week-end que la Russie est en train de préparer la troisième guerre mondiale ; à Bruxelles, le ministre de l'Éducation, Serhiy Kvit, a affirmé, lors d'une conférence (voir EUROPE 11066), que le dialogue avec la Russie est impossible: on ne dialogue pas avec le diable. En même temps, les États-Unis ont réclamé des sanctions supplémentaires contre la Russie (les pays de l'UE étant plus réticents) et la plupart des médias ont déjà décrété la mort de la Déclaration de Genève.

La situation est, à mon avis, moins dramatique. Ce qui arrive en ce moment représente l'effort de chacune des parties de faire valoir autant que possible ses intérêts, jusqu'au point où des compromis deviennent inéluctables et où chacun doit accepter des concessions. La rigidité des organismes qui ont des tâches spécifiques, comme l'OTAN pour l'aspect militaire, est compréhensible ; mais les décisions globales sont prises en définitive au niveau le plus élevé. D'ailleurs, on le sait, à la tête de l'OTAN un changement interviendra le 1er octobre, et il pourrait contribuer à une meilleure compréhension réciproque.

Quelques différences entre UE et USA. Sur un plan général, les relations avec la Russie ont, pour l'Europe, une signification parfois différente de celle qu'elles revêtent pour les États-Unis, pour des raisons aussi bien géographiques qu'économiques. Il faut être réalistes: M. Obama, en visite officielle en Asie, a souligné que pour son pays, le Pacifique est bien plus important que l'Atlantique. En outre, personne n'ignore que les États-Unis s'efforcent de réduire leur présence directe dans des zones du monde où ils ont été très actifs: ils ne font qu'accélérer leur départ d'Afghanistan, par exemple. Sans oublier que, dans certains domaines, les USA et la Russie coopèrent très étroitement, comme pour tout ce qui concerne l'espace.

En même temps, du côté européen les complications actuelles ont le mérite de relancer des projets anciens, mais jamais réalisés, tels que la Communauté européenne de l'énergie, préconisée à l'époque par Jacques Delors (qui, on le sait, voyait toujours loin) et reprise par la France et la Pologne en vue d'en discuter déjà au sommet européen de juin (voir EUROPE 11066).

Un des aspects qui encourageraient le conflit UE/Russie soulève des perplexités. Le New York Times a dénoncé un lobby de grandes entreprises européennes qui se seraient alliées avec les autorités russes pour défendre les intérêts communs par des pressions sur leurs autorités respectives. Or, la Russie a adhéré à l'OMC avec l'appui général ; l'UE d'ailleurs lui reproche de ne pas respecter toutes les règles et se bat pour que le principe du libre-échange soit respecté par Moscou; on se bagarre mais, malgré des lacunes, les résultats sont considérables. Il est normal que les échanges UE/Russie se développent plus rapidement que ceux entre Moscou et Washington ; les dernières statistiques officielles (année 2012) annoncent 400 milliards de dollars pour les échanges UE/Russie face aux 26 milliards de ceux entre USA et Russie. Dans ce domaine, les intérêts européens et américains ne coïncident pas toujours.

Énergie: coopération difficile. Cette situation concerne amplement le domaine de l'énergie et la relance de la coopération euro-américaine semble logique. Le ministre portugais des Affaires européennes, Bruno Maçaes, a relancé l'idée d'un accord euro-américain sur l'énergie, en préconisant en même temps de renoncer à l'accord TAFTA sur le libre-échange: les États-Unis exporteraient en Europe leur gaz de schiste. C'est une idée déjà connue, mais elle demanderait beaucoup de temps et des instruments techniques très compliqués, aussi bien du côté américain (pour le transport), que du côté européen (pour sa réception) ; sans oublier que le gaz de schiste n'est pas admis dans certains États membres. Ce n'est donc pas un projet utile face aux controverses actuelles.

Objectif commun. Mes remarques ont toutes le même objectif: éviter que soient pris à la lettre tous les comportements, prises de positions, déclarations, lamentations et annonces qui entourent les relations entre les trois Grands, notamment en Ukraine et alentours. Souvent, désastres et conflits annoncés sous-entendent des intérêts locaux, avec comme objectif prioritaire l'obtention de financements, pendant que Bruxelles, Moscou et Washington recherchent des compromis qui soient autant que possible favorables à leurs intérêts respectifs. Mais pas la guerre. (FR)

 

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