Bruxelles, 19/02/2014 (Agence Europe) - La chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, François Hollande, ont posé des jalons en vue d'une coopération plus étroite dans les domaines politique, économique et militaire, mercredi 19 février, lors d'un sommet franco-allemand.
Actualité oblige, le couple franco-allemand a affiché une unité sur la façon de réagir à la situation explosive en Ukraine. Il appelle à tout faire pour stopper la violence, adopter des sanctions ciblées contre les personnes ayant favorisé la violence et relancer le dialogue politique avec tous les pays concernés, y compris la Russie (voir autre nouvelle).
Dans le domaine des affaires étrangères, l'Allemagne a fait part de sa volonté de s'engager davantage dans des opérations militaires hors de l'Union européenne, notamment en Afrique. Pour la première fois, la brigade franco-allemande sera envoyée sur le terrain au Mali, dans le cadre de l'opération militaire européenne. « L'Allemagne sera un partenaire fiable dans la durée », a promis la chancelière, évoquant des actions de formation des troupes africaines et d'aide humanitaire (voir autre nouvelle). Les autorités allemandes enverront également des équipes médicales en Centrafrique, là encore dans le cadre de l'opération européenne.
L'Allemagne et la France souhaitent également accroître leur coopération dans des secteurs d'activités stratégiques tels que l'énergie et les nouvelles technologies. En matière de « transition énergétique », les situations diffèrent entre nos deux pays mais nous sommes d'accord pour mener cette transition avec ambition et traduire cette ambition dans la réalité, a indiqué M. Hollande, louant l'expérience allemande dans le domaine des « énergies renouvelables ». Pour Mme Merkel, il faut agir pour que les industries européennes soient en mesure de rivaliser avec leurs concurrentes américaines qui bénéficient d'une énergie bon marché grâce à l'exploitation du gaz de schiste aux États-Unis. La chancelière a aussi espéré que l'Europe sera en mesure de créer les conditions propices à l'investissement afin de ne pas accuser de retard dans les secteurs d'avenir tels que « les puces électroniques et le développement des logiciels ». Sans oublier l'importance pour l'Allemagne d'oeuvrer en faveur de la protection des données personnelles.
TTF. La France et l'Allemagne ont convenu de mettre en oeuvre la taxe sur les transactions financières (TTF) avant les élections européennes de mai prochain, ont indiqué le président français et la chancelière allemande. « Les ministres des Finances devront décider si cette taxe sera appliquée graduellement », a indiqué M. Hollande, ajoutant que les deux gouvernements avaient « la même approche sur les dérivés ». Il a semblé reprendre ainsi la position exprimée la veille en marge de l'Écofin par le ministre des Finances allemand, selon lequel il valait mieux introduire la taxe progressivement, uniquement sur les actions dans un premier temps, pour l'étendre ensuite aux autres catégories de produits financiers, dont les dérivés. Le ministre français délégué au Développement, Pascal Canfin, a précisé que l'accord franco-allemand portait sur « une assiette incluant tous les produits dérivés », même si les modalités précises de cet accord doivent encore être finalisées, dans un communiqué.
« Le principe c'est que (la taxe) soit appliquée », a confirmé M. Hollande, selon lequel mieux vaut une taxe encore imparfaite que pas de taxe du tout. Mme Merkel a abondé dans le même sens, estimant qu'il fallait « d'abord mettre en route la coopération renforcée (...), parce que, du moment que quelque chose bouge, certains pays pourraient peut-être perdre leurs réticences et ça permettrait d'aller encore plus loin ».
En vue des élections européennes, les deux leaders politiques ont réitéré l'importance d'expliquer aux citoyens que le repli sur soi mènerait inexorablement au déclin. « Quelle est la place de nos peuples dans la mondialisation ? Il n'y a pas d'avenir sans l'ouverture, sans la compréhension du monde », a considéré M. Hollande. Si nous nous replions sur nous-mêmes, si nous nous laissons aller à l'égoïsme, à la peur, alors ce sera le risque du retour des affrontements et des divisions, a-t-il ajouté. Et à ceux qui pensent que, sans l'euro, leur pays se porterait mieux, il a opposé la série de « dévaluations » monétaires auxquels les États se résoudraient pour rester compétitifs et la « solidarité » entre pays de l'eurozone qui a permis d'affronter la crise de la dette souveraine. Pour Mme Merkel, certaines critiques vis-à-vis de l'Europe sont « fondées » lorsque celle-ci met des bâtons dans les roues, notamment en rajoutant de la bureaucratie. Elle a aussi insisté sur les points qui ne sont jamais sujets à controverse dans l'UE: « La liberté de voyager, la liberté d'opinion et de la presse ». « 100 ans, ce n'est pas long », a-t-elle rappelé en référence à l'époque belliqueuse que l'Allemagne et la France ont mise de côté en initiant l'intégration européenne. D'ailleurs, Mme Merkel participera, en juin, aux commémorations du débarquement allié en Normandie de juin 1944. (MB avec FG)