Bruxelles, 19/02/2014 (Agence Europe) - Le regain de violence en Ukraine a forcé les Européens à durcir le ton et, pour la première fois, la chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, a évoqué, mercredi 19 février, la possibilité de sanctions contre le gouvernement du président Viktor Ianoukovitch. Les ministres des Affaires étrangères de l'UE se réuniront en urgence ce jeudi 20 février à Bruxelles pour discuter de sanctions contre le régime du président ukrainien. De violents affrontements ont éclaté mardi à Kiev entre manifestants de l'opposition et policiers. Selon le ministère ukrainien de la Santé, ils ont fait 25 morts.
Les ministres des Affaires étrangères des pays de l'UE se réunissent de manière extraordinaire, ce jeudi 20 février après-midi, pour discuter de l'Ukraine, et examiner d'éventuelles « mesures ciblées », a dit dans un communiqué le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Il évoque des sanctions financières et des restrictions en matière de visas « contre les responsables de la violence et ceux qui utilisent la force de manière excessive ».
Avant la réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de l'UE, une réunion du comité politique et de sécurité (Cops) aura lieu. « Toutes les options seront étudiées, y compris des sanctions contre les responsables de la répression et des violations des droits de l'homme », a indiqué Mme Ashton. Parmi les mesures possibles, figurent l'interdiction des visas et le gel des avoirs pour les dirigeants ukrainiens impliqués dans la répression, a souligné le président de la commission des affaires étrangères du Parlement européen, Elmar Brok.
La question des sanctions à l'encontre de l'Ukraine ne faisait pas l'unanimité jusqu'à présent parmi les 28 États membres de l'UE. « Il n'y a pas d'unanimité car plusieurs pays voisins de l'Ukraine ne souhaitent pas s'avancer dans la voie des sanctions en disant que c'est un risque que l'on prend, un risque de voir le régime durcir encore le ton à l'égard de l'opposition », a expliqué le chef de la diplomatie belge, Didier Reynders, personnellement favorable à des sanctions. Nous espérons que les États membres de l'UE « pourront se mettre d'accord dans l'urgence sur des mesures ciblées contre les responsables de la violence et l'usage excessif de la force », a souhaité le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.
Convergence de vues franco-allemande
Réuni à Paris, le couple franco-allemand a fait état d'une « convergence de vues » sur le dossier ukrainien. Il appelle à tout faire pour stopper la violence, adopter des sanctions ciblées contre les personnes l'ayant favorisée et relancer le dialogue politique en Ukraine, seul moyen de trouver une solution politique durable, en collaboration avec tous les pays concernés.
« La tactique dilatoire du gouvernement ukrainien des derniers jours n'a fait que dégrader la situation. Il faut arrêter la politique qui vise à gagner du temps car cela veut dire mettre des vies en danger du côté des manifestants et des forces de l'ordre », a déclaré la chancelière allemande, Angela Merkel, pour qui les sanctions ne constituent « pas une fin en soi ». Évoquant la prise de position de M. Van Rompuy, « qui nous rassemble sur la manière de réagir aux événements tragiques », le président français, François Hollande, a souligné l'importance de « trouver une solution politique avec un calendrier, une méthode et une issue en restant en contact avec les pays voisins ». « L'Ukraine n'est pas dans l'Europe mais l'Ukraine est en Europe », a-t-il ajouté, précisant qu'il ne s'agissait pas de faire pression pour que l'Ukraine se détache d'autres pays mais de donner aux Ukrainiens la possibilité de choisir leur voie.
La Pologne, qui comme trois autres États de l'UE a une frontière commune avec l'Ukraine, s'est déclarée en faveur de sanctions. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a annoncé qu'il allait s'adresser à ses homologues européens « pour les appeler à introduire des sanctions - des sanctions qui devraient toucher sévèrement les auteurs du drame ukrainien, des sanctions personnelles et financières ». « Aujourd'hui, c'est le moment d'imposer des sanctions», a-t-il ajouté, expliquant que « les sanctions peuvent être un geste de solidarité indispensable et un signal important pour montrer au pouvoir que son action est jugée inacceptable ». Le président français, François Hollande, à la suite d'un entretien téléphonique avec M. Tusk, a souligné avoir convenu avec lui de « la nécessité de sanctions européennes rapides et ciblées à l'encontre des principaux responsables de ces actes ».
Le temps du dialogue est révolu car M. Ianoukovitch « a du sang sur les mains », a de son côté estimé le chef de la diplomatie suédoise, Carl Bildt, fervent partisan de sanctions. Selon la présidente lituanienne, Dalia Grybauskaite, l'Ukraine est désormais « au bord de la guerre civile ». « Nous devons parler de sanctions internationales », a-t-elle insisté.
Nouvel appel au calme
Mme Ashton, Stefan Füle, le commissaire chargé de la politique de voisinage, et M. Barroso ont, une nouvelle fois, appelé tous les responsables à cesser immédiatement la violence. « C'est la direction politique du pays qui a la responsabilité d'assurer la protection nécessaire des droits et des libertés fondamentales », a rappelé M. Barroso. Pour le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, « les manoeuvres dilatoires du président Ianoukovitch ont coûté cher à l'Ukraine ». « Son refus de discussions sérieuses sur une solution pacifique au conflit et sur une réforme constitutionnelle est une grosse faute », a-t-il expliqué. Il a demandé que les forces de l'ordre et les éléments radicaux au sein des manifestants renoncent à la violence.
L'aide européenne tient toujours
M. Barroso a rappelé que l'UE a offert son aide pour faciliter le dialogue politique. Il a préconisé, pour sortir de la crise, une réforme constitutionnelle, la formation d'un nouveau gouvernement d'union et la création des conditions pour des élections démocratiques. Il a rappelé que l'offre d'association politique et l'intégration économique restent sur la table et qu'elles « ne constituent pas le but final de notre coopération ».
Moscou a dénoncé mercredi une « tentative de coup d'État » en Ukraine et a déclaré « exiger » des leaders de l'opposition dans ce pays qu'ils fassent cesser les violences. (CG/LC/MB)