Bruxelles, 03/02/2014 (Agence Europe) - L'Algérie et la Tunisie annoncent l'établissement entre elles d'une zone de libre-échange, selon une forme similaire aux accords passés avec l'UE. L'accord commercial préférentiel entrera en vigueur durant les prochaines semaines et contribuera à hisser le niveau des échanges commerciaux entre les deux pays, a affirmé le ministre algérien du Commerce, Mustapha Benbada, dans des déclarations rapportées dimanche par les médias du pays. Le nouveau Premier ministre tunisien, Mehdi Jomâa, avait réservé, durant le week-end écoulé, sa première visite à l'étranger à son voisin, avec lequel il partage nombre de préoccupations essentielles: la sécurité pour commencer, la lutte contre le commerce informel, qui favorise les trafics d'armes et de produits illicites, et le souci d'une coopération économique plus développante pour les régions comme pour la jeunesse et les couches défavorisées.
L'accord contribuera à hisser le niveau des échanges commerciaux entre les deux pays. Des listes de produits seront définies avec différents niveaux de droits, y compris l'exonération pour 10 à 15 produits agricoles et agroalimentaires.
Au coeur du réseau d'échanges euro-méditerranéen. L'affaire n'est pas que tuniso-algérienne. Elle touche à l'ensemble du schéma de coopération commerciale dans une région où l'UE tente d'instaurer un réseau d'accords par pays ou groupes de pays préfigurant la zone multilatérale de libre-échange euro-méditerranéenne dont la mise en place était annoncée pour 2010. Si cet objectif - non réalisé, victime du piétinement général de la politique en Méditerranée - est constamment réaffirmé dans les déclarations officielles et les célébrations rituelles solennelles, il demeure théorique.
L'Accord d'Agadir, accord de coopération « horizontale » encouragé par l'UE - qui lie le Maroc, la Tunisie, l'Égypte et la Jordanie - lancé en mars 2008, ne fait plus l'actualité depuis le déclenchement des « révolutions arabes ».
Bilatéralement, l'Algérie s'engage dans ce schéma prudemment mais doit encore à la fois s'ouvrir et adhérer à l'OMC. La Libye doit attendre de rétablir l'autorité de l'État.
L'UE depuis a changé son fusil d'épaule et elle a procédé au lancement d'une série de négociations pour des accords de commerce approfondi dont les nouveautés - rapprochements réglementaires et législatifs pour une meilleure harmonisation sur les règles régissant le marché intérieur européen, principal débouché de ces pays - pouvaient être aisément entreprises dans le cadre des accords d'association existants. Outre l'effet d'annonce recherché dans un contexte de flou dans la politique euro-méditerranéenne, noyée dans une « politique de voisinage » non convaincante pour les partenaires, la seule vraie innovation serait d'amener les pays partenaires à la table des négociations sur les services.
Les Marocains, qui sont les premiers à braver le feu de ces négociations, font face à une contestation interne croissante contre des concessions qui iraient plus loin que ce qu'exige l'OMC. Le pays pose aussi un autre cas d'étude avant l'achèvement du réseau d'échanges euro-méditerranéen, celui du libre-échange instauré avec les États-Unis rendant encore plus complexe la conception de la politique commerciale européenne dans sa principale zone de proximité.
Un de ses enjeux importants sera le régime d'échange de produits agricoles: « La mise en place de relations agricoles a toujours constitué un domaine spécifique. Une partie des peurs commerciales euro-méditerranéennes proviennent du risque de compétition renforcée entre les deux rives du Bassin sur les mêmes productions agricoles (huile d'olive, fruits et légumes, etc.) », écrit Sebastien Abis, expert de l'agriculture dans la région et qui dressait dans la revue « Futuribles » (Note d'analyse prospective n° 136) un tableau complet des pertes et profits de l'éventuelle ouverture réciproque des marchés agricoles. (FB)