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Bulletin Quotidien Europe N° 10977
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POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) jai

Lampedusa, 38 propositions pour éviter de nouvelles tragédies

Bruxelles, 04/12/2013 (Agence Europe) - Se donner les moyens de ses ambitions. Deux mois après la tragédie de Lampedusa qui avait tué 360 migrants venus de Libye et déclenché une cascade de déclarations humanistes parmi les dirigeants européens, la commissaire européenne Cecilia Malmström a demandé, mercredi 4 décembre, aux pays de l'UE d'accompagner leurs déclarations d'engagements concrets et de mettre notamment de l'argent sur la table. Elle leur a soumis plus précisément cinq pistes de travail (surveillance des frontières, assistance aux pays du Sud, lutte contre les trafics, protection régionale/réinstallation de réfugiés et actions avec les pays tiers et de transit) et 38 actions au total.

Au lendemain de la tragédie de Lampedusa, la commissaire suédoise et les États membres, réunis à Luxembourg le 8 octobre, s'étaient plus ou moins accordés sur l'organisation d'une vaste opération de sécurité et de sauvetage en Méditerranée entre Chypre et l'Espagne. Une task force, chargée d'identifier toutes les autres mesures pertinentes pour éviter de tels drames, avait également été constituée.

Ce sont les travaux de cette task force que la commissaire a présentés mercredi. Mme Malmström a notamment indiqué que Frontex, qui coordonnerait un futur réseau de patrouilles européennes et se concentrerait sur les routes migratoires clefs, aura besoin de près de 14 millions d'euros par an supplémentaires pour mener à bien cette opération.

Pour lutter contre le crime organisé et les réseaux de passeurs, il pourra être envisagé de renforcer les activités d'Europol mais, là encore, l'agence de police européenne estime qu'il lui faudra environ 400 000 euros en plus par an, notamment pour travailler directement auprès des pays tiers et pays de transit sur le renforcement de la lutte contre les passeurs.

La commissaire a aussi proposé aux États membres de répartir les ressources déjà prévues. Ainsi, pour venir en aide aux pays du Sud de l'Europe confrontés aux arrivées directes de migrants et souvent dans l'incapacité de les prendre en charge, elle a proposé de mettre 50 millions d'euros de côté pour des opérations de surveillance des frontières sous mandat de Frontex (30 millions) et pour la prise en charge des migrants (20 millions), entre lieux d'accueil et procédures d'enregistrement.

Autres propositions: l'aide à la réinstallation de réfugiés, en particulier les réfugiés syriens coincés dans les pays voisins du conflit. La commissaire, déplorant que seulement 12 États membres aient à ce jour fait preuve de solidarité, a ainsi proposé une aide de 6 000 euros par réfugié réinstallé sur le territoire européen. Il s'agirait d'une aide sur les fonds déjà prévus pour la période 2014-2020. La responsable suédoise a souvent exhorté les États membres à faire plus en matière de réinstallation. En 2012, selon les chiffres communiqués mercredi, 4 930 personnes avaient été réinstallées dans l'UE (par la République tchèque, le Danemark, l'Allemagne, l'Irlande, l'Espagne, la France, le Royaume-Uni, la Suède, le Portugal, la Finlande, la Lituanie et les Pays-Bas). Sur la même année, les États-Unis en ont accueilli 50 000.

Autres pistes de réflexion soumises aux États membres: la possibilité de mettre en place des 'corridors humanitaires', c'est-à-dire de délivrer des visas humanitaires aux personnes en danger directement depuis les consulats des États membres dans les pays tiers, pratique qui éviterait ainsi que les personnes en danger empruntent la mer et des routes dangereuses pour arriver en Europe.

À côté de ces actions, il faudra aussi, et même surtout aux yeux des États membres, renforcer le travail avec les pays tiers et oeuvrer au plus près de ces pays pour qu'ils empêchent les migrants de venir en Europe ou les reprennent sans tergiverser si ceux-ci devaient se trouver en séjour irrégulier dans l'UE. C'est toute la logique des accords de partenariat de mobilité, dont celui avec l'Azerbaïdjan sera par exemple officialisé ce jeudi 5 décembre. Négocié, le partenariat avec la Tunisie ne sera quant à lui pas signé comme prévu le 5 décembre (voir autre nouvelle). Cinq accords de ce type sont déjà en place avec le Maroc, le Cap-Vert, la Géorgie, l'Arménie et la Moldavie.

Ces actions seront examinées ce jeudi 5 décembre par les ministres de l'Intérieur de l'UE, qui en donneront une première appréciation. Pour la commissaire, toutes ces propositions ne seront toutefois pas nouvelles pour eux, puisqu'elles reflètent les discussions de la task force à laquelle tous les États membres participaient. Le Conseil européen de décembre, sauf surprise, devrait aussi prendre position sur ces mesures.

Loin d'être radicales, ces propositions s'inscrivent dans la continuité des travaux entrepris depuis les premières tragédies de Lampedusa au printemps 2011. À l'époque, la Commission avait également misé sur le renforcement des frontières de l'UE via une surveillance accrue qui s'est notamment matérialisée ces derniers jours par le lancement du système Eurosur ainsi que sur les partenariats de mobilité, l'idée étant de récompenser les pays tiers en facilitant les visas en échange d'une surveillance accrue de leurs côtes et des navires chargés de migrants qui pourraient en partir.

La stratégie retenue ne plaît en tout cas pas au groupe Verts/ALE du Parlement européen, qui a jugé dans un communiqué que la Commission n'avait tiré aucune leçon du drame du 3 octobre. Pour les verts, la Commission se contente de se concentrer sur la défense des frontières de l'UE plutôt que sur le sauvetage en mer des migrants. Et fait montre « d'un cynisme à l'extrême », selon les verts. (SP)

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