Bruxelles, 22/11/2013 (Agence Europe) - La conférence climatique onusienne de Varsovie (COP 19) ne serait pas une grande conférence - tous le savaient -, mais elle devait au mois constituer une étape importante pour garantir la conclusion d'un accord climatique mondial contraignant avec tous les pays à bord en 2015 à Paris (COP 21), comme l'espérait l'UE. Or, vendredi 22 novembre, jour où la COP 19 devait s'achever, la frustration était à son comble et le risque d'échec semblait grand (EUROPE 10968).
Le Japon avait revu à la baisse son objectif pour 2020, le G77 était furieux qu'à cause de certains pays, comme l'Australie, rien n'avance sur la question des compensations pour les pertes et dommages subis par les pays en développement ; les pays développés avaient refusé de rouvrir la boîte de Pandore de la 'responsabilité historique' dans les émissions produites ; nombre de pays (dont la Chine, l'Inde et l'Arabie saoudite) avaient annoncé qu'ils ne seraient pas en mesure de présenter d'objectifs de réduction de leurs émissions avant la conférence de Paris et donc qu'il ne fallait rien attendre pour le sommet climatique des chefs d'État convoqué par Ban Ki-moon pour le 23 septembre 2014. On ignorait en outre comment le Fonds pour le climat serait alimenté pour atteindre 100 milliards de dollars par an en 2020. Dégoûtés par l'attentisme et l'inaction, et dénonçant le lobby du charbon auquel Marcin Korolec, le président de la COP, avait donné la parole en organisant un sommet alternatif des industries du charbon, ONG, organisations civiles et syndicats ont claqué la porte et publié, vendredi, une lettre ouverte appelant les Nations unies à mettre en oeuvre de nouvelles règles pour protéger l'intégrité du processus décisionnel contre les particuliers de grandes entreprises. Pour finir, c'est le processus onusien lui-même qui semblait remis en cause, au grand dam de Connie Hedegaard, commissaire à l'Action pour le climat. « Les actions de coopération volontaire en dehors du cadre de l'ONU pour ceux qui veulent avancer plus, c'est une bonne chose, mais il faut qu'il y ait obligation de faire rapport à l'ONU », a-t-elle déclaré.
L'eurodéputé Karl Heinz Florenz (PPE allemand), membre de la délégation parlementaire que conduit Matthias Groote (S&D, allemand), considère, lui, que le processus actuel de décisions à l'unanimité a montré ses limites. « Une fois de plus, il est manifeste qu'il ne peut pas y avoir de progrès si toutes les parties ne sont pas d'accord. Il nous faut une coalition des bonnes volontés montrant que la lutte contre le changement climatique a ses mérites et peut aussi être bonne pour l'économie ». Il estime que d'ici à la conférence décisive de 2015 à Paris, les pays qui ont déjà prouvé que la lutte contre le changement climatique peut créer de l'emploi devraient s'unir et s'engager sur des objectifs contraignants et ambitieux. « Ce groupe de pays devrait comprendre l'UE, la Chine et les États-Unis. Le plus grand contributeur aux émissions de gaz à effet de serre a un intérêt vital à les réduire. La Chine a vraiment besoin de l'air qu'elle respire et a enregistré, comme les États-Unis, des recettes précieuses en exportant des technologies vertes », fait-il valoir.
Dans une lettre adressée à Ban Ki-moon, secrétaire général de l'ONU, et à Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatique (UNFCCC), un collectif de 70 organisations civiles profondément « préoccupées par le sort du climat », affirment: « La COP 19 qui était cette année présidée par le gouvernement polonais a connu des démarches sans précédent pour tenter d'inclure les entreprises qui à la fois profitent de la poursuite des émissions et exercent un lobby contre une action climatique efficace et juste. (…). Cela menace tant le climat que l'intégrité de l'UNFCC en tant que processus multilatéral. C'est pourquoi, il faut d'urgence des règles pour régir les relations entre l'UNFCCC et l'industrie des combustibles fossiles, des règles qui incluent des obligations pour les présidents des COP ».
Pendant cette conférence, Marcin Korolec, ministre polonais de l'Environnement, a été nommé par Donald Tusk à un autre poste mais a conservé son rôle de président de la COP 19. (AN)