Bruxelles, 23/10/2013 (Agence Europe) - Buenos Aires veut engager une procédure à Genève contre les taxes antidumping de l'UE sur les exportations de biodiesel argentin.
L'Argentine a annoncé, mardi 22 octobre, son intention de porter plainte contre l'UE auprès de l'OMC dès l'entrée en vigueur de taxes antidumping contre les importations de biodiesel argentin, approuvées le jour même par les Vingt-huit. « L'ampleur du préjudice que provoquera cette mesure protectionniste à une industrie qui se développait de manière dynamique et novatrice ne permet pas d'autres options », explique le ministère argentin des Affaires étrangères, dans un communiqué.
Le Conseil a approuvé mardi la proposition de la Commission de frapper très sévèrement de taxes antidumping définitives les importations dans l'UE de biodiesel argentin et indonésien. Les taxes envisagées pour le biodiesel argentin, qui doivent entrer en vigueur le 28 novembre, sont comprises entre 22% et 25%, soit des taux nettement relevés au regard des droits provisoires institués en mai (8% en moyenne).
L'Argentine et l'Indonésie ont instauré un système de taxe à l'exportation qui favorise leur biodiesel, en appliquant une taxe à l'exportation plus élevée pour les matières premières - huile de soja pour la première, huile de palme pour la seconde - que pour les produits transformés à base de ces matières premières.
Les biodiesels argentin et indonésien étaient également visés par une enquête antisubventions. Mais la Commission a décidé d'y mettre un terme après que le plaignant, l'association des producteurs européens de biodiesel (EBB), sûre d'obtenir l'instauration de taxes antidumping, a abandonné son action le 7 octobre.
L'Argentine est le premier producteur mondial de biodiesel devant l'Indonésie et la Malaisie. Depuis 2010, la part de marché européen du biodiesel argentin et indonésien, qui représente près de 90% du total des importations de biodiesel dans l'UE, est passée de 0% à près de 30% en 2012.
L'industrie argentine du biodiesel, elle, dément tout dumping et dénonce une mesure protectionniste. Pour l'association Carbio, l'application de ces droits met en péril le secteur et toute la filière du soja dans le pays. Les répercussions pour l'UE ne seront, elles, guère meilleures: « Ces mesures feront grimper le prix du biodiesel à la pompe entre 3 et 5 centimes par litre pour le consommateur européen », expliquait mi-octobre un attaché de presse de l'association, dénonçant en outre « l'hypocrisie » des mesures antidumping européennes alors que les producteurs en Allemagne et en France sont soutenus par des crédits d'impôts et d'autres mesures de la PAC, et avertissant du risque que l'exclusion du biodiesel argentin et indonésien sur le marché européen ne favorise l'émergence d'un nouveau concurrent, le biodiesel brésilien. (EH)