Strasbourg, 22/10/2013 (Agence Europe) - Dans la perspective de la prochaine programmation financière 2014-2020 et de l'entrée en vigueur du Mécanisme pour l'interconnexion de l'Europe (MIE), quels seront le nouveau rôle et les priorités de l'Agence exécutive du réseau transeuropéen de transport (TEN-T EA) dans la supervision des cofinancements européens de projets d'infrastructures ? Le directeur exécutif de cette Agence, Dirk Beckers, a précisé sa vision des choses pour EUROPE, dans la foulée de la présentation à Tallinn des neufs corridors de transport qui constitueront le réseau transeuropéen de transport (RTE-T) (EUROPE 10945). (Propos recueillis par MD)
Agence Europe: Le Mécanisme pour l'interconnexion de l'Europe prévoit l'extension des responsabilités de l'Agence, pouvez-vous nous en dire plus ?
Dirk Beckers: C'est une reconnaissance pour nous. Depuis six ans, l'Agence était en charge de la gestion technique et financière des projets uniquement liés au transport. La Commission européenne externalise de plus en plus la gestion des projets, surtout s'agissant du Mécanisme pour l'interconnexion de l'Europe (MIE), réunissant les aspects transport, mais aussi énergie et télécommunications. Le rôle de notre agence sera donc fortement élargi et prendra aussi en compte l'aspect recherche. En effet, l'agence fera un peu le lien entre les deux afin de raccourcir les délais entre ces deux étapes. Grâce à notre 'feed back', la Commission adaptera ses politiques et réagira plus vite aux nouveautés issues de la recherche afin de les mettre en application dans l'infrastructure.
Ces nouvelles fonctions seront applicables à partir du 1er janvier, puisque les nouveaux programmes démarreront en 2014 avec la nouvelle période de programmation financière. Cela va se faire graduellement. Compte tenu des conditions économiques, la Commission a privilégié une croissance limitée, avec un démarrage plus lent. La structure de l'agence changera beaucoup au fur et à mesure de cette transition. Avec l'extension de nos compétences, le personnel sera élargi, passant de 100 personnes pour le moment à un peu plus de 300 d'ici 2020.
Les nouvelles orientations du réseau transeuropéen de transport (RTE-T) prévoient des coordinateurs pour les neufs corridors qui le constituent. Quelles seront désormais leurs tâches dans la gestion des projets, et quand seront-ils nommés ?
Leur rôle majeur est de mettre autour de la table les États membres dans le cadre de projets transfrontaliers. On s'est aperçu que ces projets-là posaient plus de problèmes et subissaient souvent des retards. Les coordinateurs essaient de surmonter ces problèmes et d'organiser des réunions entre les pays pour les convaincre de faire les efforts financiers et techniques nécessaires pour améliorer la situation. Dans les corridors, ce sera d'autant plus important puisqu'il y aura souvent quatre ou cinq pays concernés et ces corridors couvrent plusieurs modes de transport, donc le problème est multiplié. Le rôle des coordinateurs sera donc renforcé. Ce sont surtout des figures politiques. Leur nomination, pour 2014, est donc dans les mains de la Commission qui recherche des profils de très haut niveau. Le rôle de l'agence sera de donner des informations aux coordinateurs sur la situation de tous les projets et les éventuels retards, avant qu'ils rencontrent les États membres. Pour chaque coordinateur de corridor, nous aurons quelqu'un à l'agence en soutien pour l'accompagner en mission et qui sera le support technique.
Quelles sont les prochaines grandes étapes dans les financements de projets ?
Le calendrier des appels à projets est déterminé par la Commission et nous gérons techniquement les appels. Comme il doit encore y avoir un dernier appel à projets cette année avec l'argent restant sous cette programmation financière (Ndlr: vers fin novembre, environ 290 millions d'euros), il faut éviter que les lancements d'appels à projets se superposent. Le premier appel à projets de la période de programmation financière 2014-2020 pourrait donc être un peu retardé, vers l'été par exemple.
On devrait probablement lancer un premier appel à projets, certainement multi-annuel, couvrant 20 à 30% du budget dans un premier temps (Ndlr: sur les 15 milliards du MIE destinés au transport, sans compter les 11 milliards provenant du Fonds de cohésion). Les appels multi-annuels concernent des projets prioritaires, qui ont une plus grande envergure et une durée de vie de 4 à 6 ans, à qui on veut donner des garanties de financement à plus long terme. Des projets européens comme la liaison ferroviaire Lyon-Turin, le canal Seine-Escaut ou le tunnel du Brenner vont très certainement revenir.
La sélection des projets d'infrastructures cofinancés par l'UE sera vraisemblablement plus stricte, quelles seront vos priorités ?
Nous étions déjà très stricts au niveau environnemental dans la sélection des projets. La maturité sera aussi l'élément clé, car cela a été un problème majeur dans le passé. À l'avenir, nous serons plus sévères, la maturité sera le premier critère de sélection. On choisira les meilleurs projets, qui sont à même de consommer le budget prévu. Et comme nous allons probablement lancer des appels multi-annuels plus régulièrement, les États membres auront plus de chance de soumettre des projets au moment où ils sont mûrs, et non pas parce que 'c'est maintenant ou jamais'.