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Bulletin Quotidien Europe N° 10891
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

« Union pour la Méditerranée »: une fiction - Présidence lituanienne: supplément

La fiction méditerranéenne. Considérer les pays riverains de la Méditerranée comme un ensemble unique est un artifice. L'Union pour la Méditerranée (UpM) couvre: - la mer Adriatique avec Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine et Albanie ; - le rivage asiatique avec Turquie, Syrie, Liban et Israël ; - le rivage africain avec Égypte, Libye, Tunisie, Algérie et Maroc. Il n'y a rien de commun entre ces groupes de pays, sauf l'exigence de sauvegarder cette mer de la dégradation physique qui la menace. Mais pour cet aspect, aucune initiative commune n'apparaît. Pour le reste on a plutôt des conflits que de la coopération. Les pays de l'UpM sont souvent submergés par des rivalités religieuses dans lesquelles l'UE n'a aucune raison d'intervenir. Cette pseudo-union globale survit par force d'inertie, avec son siège à Barcelone, ses deux co-présidents et une bureaucratie qui doit en justifier l'existence. Elle n'est pas une réalité politique significative.

Un sondage effectué par l'IEMed auprès de centaines d'experts sur la situation en devenir indique (voir notre bulletin 10884) que: - l'UE peut jouer un rôle dans la région (par ses financements ?), mais que pour résoudre les conflits permanents les États-Unis et l'Arabie saoudite sont plus influents ; - les forces politiques qui se réclament de l'Islam augmenteront leur présence ; - la Chine et les États-Unis vont accroître leur rôle de partenaires économiques (au détriment de l'Europe ?) ; - il est improbable que les institutions d'intégration régionale se renforcent. Quant aux évolutions politiques, la possibilité de progrès vers la démocratie existerait surtout en Tunisie, suivie par le Liban et le Maroc ; les prévisions les plus pessimistes concernent la Syrie et la Lybie. Le rôle des femmes sera réduit. La pénurie d'eau et les migrations forcées comportent des risques de nouveaux conflits.

Ces prévisions de 850 experts gouvernementaux ou membres de la société civile renforcent ma conviction que l'UpM est une union théorique, dépourvue en tant que telle d'influence sur les évènements.

La réalité. L'UE est liée à ces pays par des raisons géographiques, historiques et politiques évidentes, mais elle ne doit pas les considérer comme un ensemble car ils ne le sont pas. Même la rive sud ne constitue pas un groupe: chacun des pays qui en font partie agit pour son compte, aucun ne renoncerait à son autonomie en acceptant des institutions communes. Au contraire, ils prolongent parfois des rivalités réciproques ou des conflits anciens. Chacun maintient avec acharnement son indépendance et ses politiques nationales, chacun vise à établir avec l'UE des liens spécifiques. Le Maroc est en train de négocier son accord de pêche, l'Algérie a obtenu des liens étroits dans le domaine énergétique et souhaite les approfondir ; la Tunisie poursuit des relations spéciales ; les liens avec la Libye sont difficiles et il n'est même pas clair jusqu'où elle représente encore un ensemble unique et comment elle peut gérer les frontières avec le Tchad et le Niger. Par ailleurs, le contentieux territorial entre le Maroc et l'Algérie subsiste. Il est vrai qu'une Union du Maghreb (UMA) existe et que son secrétaire général vient de rencontrer le commissaire européen Stefan Füle, mais l'opinion ambiante parle d'une « léthargie qui affecte la structure commune basée à Rabat » (voir notre bulletin 10890).

Les conditions pour l'UE. Chaque pays s'efforce de resserrer ses liens avec l'UE, assortis d'aides financières et d'une libre circulation des personnes aussi étendue que possible. Mais presque tous rencontrent des difficultés pour consolider leur démocratie et pratiquer une vraie liberté religieuse. Le Parlement européen est parfois trop condescendent et rhétorique. La liberté religieuse, les droits des femmes, la réciprocité des engagements politiques doivent exister des deux côtés et sont des conditions indispensables.

Les deux visages de la présidence lituanienne. L'effort de cette rubrique pour soumettre aux lecteurs l'esprit et les objectifs de la présidence actuelle du Conseil de l'UE (bulletin 10888) a soulevé quelques points d'interrogation: comment une présidence semestrielle pourrait-elle avoir le temps et l'autorité pour orienter la politique communautaire à l'égard de la Russie ? Ce n'est pas à moi de répondre: j'ai indiqué une tendance significative qui mérite l'attention des lecteurs et qui est pour l'essentiel partagée par l'Estonie et la Lettonie. Ces positions de fond n'empêchent pas la présidence lituanienne d'engager tous ses efforts pour que l'UE réalise autant que possible les objectifs européens de ce semestre. Ce programme, la présidente Dalia Grybauskaite l'avait affirmé personnellement dès le 3 juillet devant le Parlement européen (voir notre bulletin 10880), en citant ses priorités présidentielles: croissance économique, emploi des jeunes, marché intérieur de l'énergie, accords de libre-échange avec les pays tiers, etc.

Les deux visages de la présidente lituanienne sont l'un et l'autre sincères et significatifs. Il suffit de comparer le discours au PE et la rencontre informelle de Vilnius pour comprendre les deux réalités de la présidence actuelle du Conseil de l'UE.

(FR)

 

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