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Bulletin Quotidien Europe N° 10876
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

UE/Turquie: un rêve et quelques considérations sur des relations difficiles

Diviser la Turquie ? Faisons un rêve. Les relations avec la Turquie sont tellement importantes pour l'Europe, l'histoire et la géographie entre les deux parties sont tellement imbriquées (à partir de Byzance, devenue Constantinople, puis Istanbul) qu'un modus vivendi s'impose. Autrefois, cette imbrication se traduisait en conflits par mer et par terre et en invasions réciproques, avec les Turcs qui étaient arrivés jusqu'aux portes de Vienne. Aujourd'hui, c'est heureusement la voie pacifique qui s'impose. La Turquie a déplacé sa capitale d'Istanbul à Ankara, située en pleine Asie. C'est significatif. Les évolutions politiques, géographiques et religieuses de ce grand pays ont entraîné une cassure entre la partie asiatique et la zone d'Istanbul, et les autorités préparent une nouvelle Constitution qui abandonnera le caractère laïque du pays, introduit par Atatürk, pour lui attribuer une âme explicitement religieuse. La grande majorité de la population appuie cette orientation, les élections le prouvent depuis des années et le confirmeront l'année prochaine. Sa volonté doit être respectée.

Mais la zone d'Istanbul est spécifique ; les enquêtes sur place, les reportages et la télévision montrent une différence radicale des aspirations et de la mentalité, par rapport à la partie asiatique. Certains comportements et choix du pouvoir central ne sont imposés que par la force. La divergence ne se limite pas aux projets urbanistiques contestés, mais implique les mentalités, les aspirations, le mode de vie.

Deux parties autonomes. La solution réside dans l'autonomie de chacune des deux parties du pays. La partie asiatique, très étendue avec ses rives méditerranéennes, devrait accepter l'autonomie de la région d'Istanbul, laquelle aurait le droit, si elle le souhaite, de devenir membre de l'Union européenne. Son histoire le justifierait. Lorsqu'elle s'appelait Constantinople, elle était la capitale de l'Empire romain d'Orient, avant que les Ottomans la conquièrent en 1453 avec le sultan Mehmet II.

Ce qui précède sera considéré sans doute comme absurde par bien des lecteurs, car jamais la Turquie d'Ankara n'acceptera une évolution de ce genre. Ma réponse est dans les trois mots du début: faisons un rêve. Les rêves, par définition, ne sont pas la réalité. Mais il peut arriver qu'un jour ils le deviennent.

La situation réelle. Revenons au réel. Les ministres de l'UE responsables des négociations avec la Turquie ont accepté en principe d'ouvrir le chapitre sur la politique régionale et le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, s'en est réjoui (voir notre bulletin n° 10874). Et on le comprend: Ankara aurait beaucoup à gagner de sa participation à cette politique européenne. Mais on comprend aussi que certains États membres (notamment Allemagne, Pays-Bas et Autriche) n'aient pas caché qu'ils auraient préféré que soit d'abord négocié le chapitre relatif au respect des droits fondamentaux et de la liberté, impliquant que le gouvernement d'Ankara souscrive des engagements clairs et fermes dans ces domaines. Ils ont obtenu que la négociation sur la politique régionale soit précédée par le Rapport de progrès de la Commission européenne (attendu pour octobre), qui évalue l'état des négociations, et qu'elle soit subordonnée à l'aval des ministres des Affaires étrangères. En d'autres mots: plusieurs mois de répit et une décision à confirmer.

Au sein du Parlement européen les perplexités sont évidentes. Le rapporteur, Mme Oomen-Ruijten, a confirmé que la priorité des négociations devrait revenir aux droits fondamentaux et à la liberté, qui serait donc le chapitre à ouvrir, pendant que Rachida Dati déclarait: « La Turquie n'est pas européenne, n'a pas vocation à intégrer l'UE. » D'autres voix sont plus conciliantes: « Si la Turquie ne renonce pas à sa laïcité, les portes sont encore ouvertes. » Mais on sait que la nouvelle Constitution éliminera la laïcité dans la dénomination même du pays, en affirmant son caractère musulman.

Coopération indispensable. La plupart des autorités européennes et des États membres sont évidemment conscients que la Turquie ne sera jamais membre de l'UE. Toute adhésion est décidée à l'unanimité, et la France, par exemple, s'y était opposée dès le départ. Dans l'Europe à deux vitesses qui est en train de s'établir, la Turquie, pays asiatique, dominerait par ses dimensions, ses droits de vote et son nombre de députés européens, la partie de l'UE hors zone euro. Cette remarque devrait suffire pour exclure son adhésion. Des raisons tactiques et autres tiennent en vie la fiction des négociations. Les exigences du monde politique doivent être comprises et respectées. Je suis journaliste et j'insiste sur la nécessité d'une solution alternative, fondée sur la coopération, indispensable, entre UE et Turquie. (FR)

 

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