Bruxelles, 15/05/2013 (Agence Europe) - Des engagements substantiels de l'ordre de 3 milliards 250 millions d'euros ont été pris, mercredi 15 mai à Bruxelles, par la communauté internationale des donateurs pour la relance économique et démocratique du Mali, confronté aujourd'hui à de multiples défis - humanitaire, sécuritaire, démocratique et économique, tout comme l'ensemble de la région du Sahel. Un succès, donc, que cette Conférence des donateurs pour le développement du Mali « Ensemble pour le renouveau du Mali », coprésidée par le gouvernement français et l'Union européenne, à laquelle ont participé plus de 80 pays et organisations internationales et régionales dont la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, les Nations unies, l'UE, le Japon, les États-Unis, les pays du Sahel, le Maroc, le Tchad, la CEDEAO (EUROPE n° 10845). Mais les conditions de décaissement restent à déterminer, et ces promesses ont été faites en contrepartie d'engagements des autorités transitoires maliennes en faveur de la bonne gouvernance, de réformes démocratiques et d'organisation d'élections à la date prévue du 28 juillet - une forme de « contrat », a précisé le président français, François Hollande. Sur ce montant qui dépasse largement les espérances des autorités maliennes, l'Union européenne a annoncé formellement une contribution de 520 millions d'euros pour couvrir les besoins identifiés dans le Plan national pour la relance durable du Mali au cours des deux prochaines années. Dioncounda Traoré, le président malien de transition, qui, la veille avait assuré qu'il « ferait tout » pour que l'élection présidentielle débute le 28 juillet a qualifié le 15 mai 2013 de « journée historique pour le Mali » et a remercié l'ensemble des donateurs, et la France en particulier, pour toute « la sollicitude et pour s'être portée à notre chevet au moment où nous en avions le plus besoin ». Le budget requis pour financer le « Plan national pour la relance durable 2013-2014 du Mali » a été chiffré à 4,3 milliards d'euros par les autorités maliennes, en concertation avec les bailleurs de fonds internationaux.
« L'importance de cette réunion ne se mesure pas seulement aux sommes collectées. Nous faisons la preuve que nous pouvons nous réunir, Européens et Africains, autour d'une cause qui nous intéresse tous car elle est source d'inquiétude mais aussi notre espoir », a déclaré le président français, François Hollande, en soulignant qu'à l'heure où « la MISMA s'efface, l'armée française se retire et où une opération de maintien de la paix va prendre le relais au début du mois de juillet, le terrorisme ne s'est pas retiré du Sahel. Le développement, le dialogue politique sont maintenant nos armes pour empêcher le retour des groupes terroristes ».
Herman Van Rompuy, président permanent du Conseil européen, a enfoncé le clou en soulignant que « les liens entre le développement, la démocratie et la sécurité sont indissociables » et en assurant que « l'Europe se tiendra aux côtés du Mali à l'heure où se joue son avenir » pour réinstaurer la stabilité, la démocratie et le développement, à travers le rétablissement d'un consensus national. « La première priorité est l'amélioration de la situation humanitaire, mais pour s'assurer que l'aide parvienne, la stabilité et la sécurité sont essentielles », a-t-il dit. Mercredi soir, il conviait les chefs d'État et de gouvernement présents à la conférence à un dîner de travail pour débattre des besoins urgents du Mali et de toute la région du Sahel.
José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a indiqué qu'en promettant plus de 520 millions d'euros (577 millions de dollars) l'UE est plus que jamais déterminée à soutenir le rétablissement de l'État de droit au Mali. « Nous témoignons notre confiance en un Mali démocratique et apaisé, culturellement ouvert et tolérant », a-il déclaré. Joe Costello, le ministre irlandais du Commerce et du Développement, dont le pays assume la présidence tournante du Conseil de l'UE, a promis que l'Irlande mobilisera 2,5 millions d'euros additionnels pour l'aide humanitaire et la reconstruction du Mali (1,8 million d'aide humanitaire avait été précédemment alloué par l'Irlande en 2013). « Près de 750 000 personnes au Mali ont besoin d'une assistance immédiate. Ces fonds additionnels sont destinés aux réfugiés et autres populations civiles affectées par le conflit, et à aider les communautés à reconstruire leur vie », a-t-il précisé.
La France a annoncé par la voie de François Hollande qu'elle apportera 280 millions d'euros. Laurent Fabius, son ministre des Affaires étrangères a souligné que « cette aide appelle un engagement réciproque pour que l'aide versée soit utilement utilisée. L'aide est également conditionnée à un engagement fort de la part du Mali en matière de transparence, de gouvernance et de démocratie. Les autorités maliennes doivent mettre en œuvre des réformes importantes en matière de décentralisation, de justice, de lutte anticorruption, de finances publiques. Le déblocage des fonds dépend de l'évolution du processus politique, qui doit permettre la réconciliation nationale, des institutions inclusives et la mise en place d'autorités démocratiques légitimes ».
Si les donateurs veulent gagner la paix après l'intervention militaire sous conduite française, ce qu'il faut, c'est aider le Mali à reconstruire sa propre capacité à se gouverner et à stopper son glissement vers la ruine économique, avertit Oxfam International, qui a publié mercredi un rapport intitulé « Mali: un nouveau contrat de développement ». Marietou Diaby, directeur d'Oxfam au Mali estime que « des crises afghane et somalienne, les donateurs doivent tirer les enseignements qui s'imposent: une approche étroite pour gagner un conflit militaire n'est jamais suffisante pour réussir la paix durable et la sécurité à long terme ». (AN)