login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10841
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'Union européenne doit réagir à l'incompréhension et aux nouveaux défis

Bref rappel utile. Le moment arrive où il est indispensable de réagir. Critiquer l'unité européenne pour l'une ou l'autre de ses politiques ou pour ses insuffisances, c'est normal et même salutaire ; mais la rejeter en son principe même est absurde, dommageable et inepte. Une telle attitude commence pourtant à émerger, le plus souvent dans le but de faire retomber sur Bruxelles la responsabilité des erreurs ou des abus nationaux. Je rappelle, très brièvement, le double effet de cette unité:

a) paix définitive entre des pays qui, tout au long de leur histoire, se sont combattus et ont été à l'origine des deux conflits mondiaux du siècle dernier. Pour certains, cela relève du miracle ;

b) réponse à la mondialisation. L'unité permet aux nations européennes d'avoir un rôle international, alors qu'en restant séparées elles seraient insignifiantes au niveau mondial, face aux colosses (USA, Chine, Inde, Russie, etc.) qui les dépassent en dimension, population, ressources naturelles et militaires.

Seule la connaissance et la compréhension de la situation réelle peuvent permettre aux Européens d'avoir un poids et des perspectives d'avenir dans le monde unifié. Seule l'unité accorde à l'Europe la sauvegarde sa civilisation et son prestige. Seule l'unité peut permettre aux Européens de faire face aux défis de l'avenir. Il est compréhensible que les nouvelles générations considèrent comme normale et définitivement acquise la situation dans laquelle ils sont nés; mais rien n'est jamais acquis à l'homme (Aragon) et il faut être conscients des défis nouveaux auxquels l'Europe unie doit faire face. Je vais en rappeler les principaux.

Élargissements inéluctables… Malgré ses difficultés actuelles, l'Union européenne continue à exercer une attraction exceptionnelle sur les pays qui l'entourent. Le New York Times a qualifié de soft power cette attraction qui permet à l'UE de diffuser et presque d'imposer autour de soi ses principes et ses règles, par la seule perspective d'ouvrir ses portes à tous les pays de l'Europe géographique (l'erreur relative à la Turquie est progressivement corrigée de commun accord, sans l'avouer). La Serbie a accepté le compromis avec le Kosovo afin que son adhésion devienne possible, et la même perspective constitue le moteur des efforts (pas toujours suffisants, ni convaincants) de Bosnie-Herzégovine, Albanie et Macédoine.

Mais les élargissements futurs vont renforcer l'évolution (qui existe déjà) vers l'Europe à deux vitesses, voire même à plusieurs vitesses. Il est très facile, sinon démagogique, d'ignorer cette réalité et de faire semblant que l'UE élargie puisse rester fidèle au principe de l'union toujours plus étroite inscrite dans les textes. Ce sont plutôt les diversités qui vont s'élargir ; les deux vitesses, et même davantage, vont approfondir et étendre la séparation déjà si évidente entre la zone euro et les États qui n'en font pas partie.

… et plusieurs vitesses. Malgré l'europessimisme à la mode, le pouvoir de séduction de l'UE s'étend. Et celui qui savait regarder en avant avait compris dès le départ que l'élargissement de l'UE aurait entraîné, à côté des aspects positifs, des problèmes nouveaux: déjà en juin 1991, François Mitterrand avait exprimé la crainte que l'UE « dérive vers une vague zone de libre-échange qui détruira la réalité et l'esprit » du projet européen. Pour éviter une telle évolution, l'Europe doit organiser son fonctionnement à plusieurs vitesses. Inéluctable.

Aspects utiles de la crise. Il existe aussi des aspects de la crise que je considère comme utiles, même si je suis seul à les indiquer. La crise en elle-même a mis en relief l'ampleur des déficiences, des gaspillages et des abus qui étaient (et sont encore parfois) l'une de ses causes. Combien de financements européens mal utilisés dans les États membres bénéficiaires, combien de dépenses inutiles ou inefficaces, combien d'irrégularités découvertes par les organismes communautaires de surveillance. Les contrôles qui existaient ont été renforcés. Deuxième aspect positif: certaines dépenses excessives des institutions communautaires elles-mêmes ont été ou seront réduites, voire supprimées.

Taxe justifiée. L'aspect des recettes de l'UE est tout aussi important. Voici un exemple.

La Commission européenne et les onze États membres qui participent au projet de taxe sur les transactions financières n'ont aucune intention d'y renoncer, malgré l'opposition de plus en plus virulente du Royaume-Uni et du monde bancaire, pour qui les effets seraient désastreux. Le commissaire européen compétent, Algirdas Semeta, a répondu que les critiques sont en bonne partie ineptes, car elles s'opposent à des dispositions qui n'existent pas dans le projet et il a fait valoir deux arguments de nature politique: le secteur de la finance ne contribue pas de façon suffisante aux budgets nationaux des pays membres et il est largement exonéré de la TVA, ce qui coûte environ 18 milliards d'euros par an. La nouvelle taxe, qui entrera en vigueur au début de l'année prochaine, compenserait en partie ce manque à gagner.

(FR)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
POLITIQUES SECTORIELLES
ACTION EXTÉRIEURE
AFFAIRES & ENTREPRISES N°60
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE