Bruxelles, 02/05/2013 (Agence Europe) - Après l'effondrement meurtrier d'une usine textile à Savar, près de Dacca, Bruxelles exhorte les autorités bangladaises à appliquer les normes internationales du travail.
C'est la tragédie de trop. Dans un communiqué conjoint publié le 1er mai, la Haute représentante de l'UE Catherine Ashton et le commissaire Karel De Gucht dénoncent une fois encore les conditions de travail déplorables au Bangladesh, considéré comme l'un des pays les plus pauvres de la planète, après l'effondrement de l'usine Rana Plaza près de Dacca, le 24 avril, qui a coûté la vie à plus de 400 personnes. Mme Ashton et M. De Gucht avaient déjà haussé le ton, fin janvier, après deux incendies dans des usines de confection pour des vêtements de marque occidentale, l'un en novembre 2012, qui avait tué 111 ouvriers, l'autre en janvier, qui avait coûté la vie à une dizaine d'ouvrières âgées de 16 à 18 ans.
« L'ampleur de [la] catastrophe [de Savar] et la criminalité présumée autour de la construction du bâtiment sont finalement devenues claires pour le monde entier. Nous sommes profondément attristés par la terrible perte de vies humaines. Cette tragédie est d'autant plus choquante qu'elle fait suite à des incendies d'usines textiles au Bangladesh au cours des derniers mois, qui ont tué plus d'une centaine de travailleurs », soulignent Mme Ashton et M. De Gucht. Le complexe Rana Plaza, qui abritait cinq ateliers de confection notamment liés à la marque espagnole Mango et au britannique Primark, où travaillaient 3000 personnes, a été construit de manière illégale et ne respectait pas les normes de sécurité.
Mme Ashton et M. De Gucht réaffirment aussi leur « profonde préoccupation » devant les conditions de travail au Bangladesh, incluant les dispositions en matière de sécurité et de protection de la santé pour les travailleurs dans les usines à travers le pays. À la lumière des événements, ils appellent les autorités à « agir immédiatement pour faire en sorte que les usines se conforment aux normes internationales du travail », incluant les conventions de l'OIT. L'organisation multilatérale a de son côté exigé en fin de semaine dernière des efforts du gouvernement bangladais, des employeurs et des syndicats du pays, à œuvrer pour fournir des lieux de travail sûrs aux travailleurs au Bangladesh.
Côté européen, c'est un dernier avertissement. Le Bangladesh, qui bénéficie d'un accès préférentiel au marché européen, son premier débouché avec un volume d'exportation de marchandises textiles de 14,4 milliards d'euros par an, risque désormais une suspension des préférences commerciales qui lui sont octroyées par les Vingt-sept. « L'UE examine actuellement les mesures appropriées, à travers le système de préférences généralisées (SPG), par lequel le Bangladesh reçoit un accès au marché européen en franchise de droits et sans contingent en vertu de l'initiative Tout sauf les armes, afin d'inciter à une gestion responsable des chaînes d'approvisionnement impliquant des pays en développement », préviennent Mme Ashton et M. De Gucht. Un retrait des préférences commerciales dépendrait toutefois d'un accord à l'unanimité des 27 États membres, et l'exécution d'une telle mesure prendrait plus d'un an.
En attendant, l'UE reste « disposée » à aider par tous les moyens possibles les autorités du Bangladesh à répondre aux normes internationales requises, ajoutent les responsables européens. Dans le même temps, ils épinglent la responsabilité des firmes européennes et internationales, qu'ils exhortent à « faire davantage pour la sécurité et la protection de la santé dans les usines de confection au Bangladesh, en ligne avec les lignes directrices internationalement reconnues sur la responsabilité sociale des entreprises ».
Rappelons que le Parlement européen avait lui aussi dénoncé les incendies d'usines au Bangladesh et au Pakistan, dans une résolution du 17 janvier dernier. (EUROPE n° 10766). (EH)