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Bulletin Quotidien Europe N° 10839
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La France doit éviter le piège de la formule « c'est la faute à Bruxelles et à Berlin » pour surmonter ses difficultés internes

Échapper aux responsabilités. Les attaques virulentes des socialistes français contre la politique économique de l'UE et contre l'Allemagne (Mme Merkel en particulier) sont à considérer comme un exemple de la tendance à attribuer à l'Europe la responsabilité des difficultés nationales. C'est une tactique connue: pour les forces politiques majoritaires (les socialistes en France), si l'appui de l'opinion publique s'effiloche à cause des difficultés internes, il est difficile de résister à la tentation d'en attribuer la responsabilité à Bruxelles ou à Berlin. Et si le président de la République et le gouvernement résistent à cette tentation, c'est alors le parti socialiste qui s'exprime. Le président d'une chambre du Parlement (l'Assemblée nationale), Claude Bartolone, a abondé dans ce sens, tout en invitant à ne pas confondre l'amitié avec l'Allemagne et celle avec Angela Merkel. En revanche, le gouvernement français, qui participe aux décisions de Bruxelles et a obtenu que le calendrier pour réduire le déficit budgétaire national soit assoupli, reste fidèle au principe selon lequel le sérieux budgétaire demeure indispensable si on souhaite que la France garde son poids en Europe.

Texte assoupli, mais… Le premier texte préparé à Paris par le parti socialiste a été assoupli. Mais au départ le projet résumé par Le Monde invitait à s'indigner contre le libre-échange en tant que seul horizon des relations extérieures et contre l'austérité comme étalon à l'intérieur de nos frontières, et il attaquait l'intransigeance égoïste d'Angela Merkel qui « ne songe qu'à l'épargne des déposants outre-Rhin, à la balance commerciale enregistrée à Berlin et à son avenir électoral ». Ce ton a été assoupli: le nouveau projet invite à « se confronter politiquement à la droite allemande » en vue d'une réorientation de la politique européenne.

Affaire interne ? On pourrait observer que c'est une affaire franco-française. Mais les répercussions seront européennes. L'attitude critique à l'égard de l'UE, qui est accompagnée par la demande de protéger l'industrie nationale et de contrôler les importations, pourrait susciter le désintérêt des Français au moment de l'élection du Parlement européen en 2014, et les thèses protectionnistes, qui ne peuvent pas avoir d'effet à l'intérieur de l'UE, pourraient renforcer les réticences de Paris à l'égard de l'accord de libre-échange avec les États-Unis, dont l'Europe a besoin et que tous les États membres soutiennent.

Certes, la France a raison sur l'aspect linguistique. Chaque pays doit garder la faculté de décider lui-même comment et jusqu'à quel point utiliser la langue anglaise, et de s'exprimer sur les décisions de l'UE à ce sujet. Pour les autres aspects, et les raisons pour lesquelles l'accord euro-américain est urgent, positif et même indispensable, je renvoie à cette rubrique dans nos bulletins précédents.

Urgence ou pas ? Il ne faut pas oublier que les opinions divergent sur l'urgence et la durée des négociations euro-américaines. J'ai expliqué en détail les raisons pour lesquelles le temps presse et pourquoi les négociations euro-américaines doivent se conclure avant la fin de l'année prochaine. Mais quelques jours auparavant la ministre française du Commerce extérieur, Mme Nicole Bricq, avait parlé à Chicago de négociations longues et difficiles et avait indiqué des domaines où elles seront délicates (en citant les normes environnementales) et avait exclu « tout ce qui concerne la défense » (voir bulletin n° 10833).

Notre bulletin n° 10838 a publié les détails de la position de la Commission européenne sur les aides publiques aux œuvres cinématographiques et audiovisuelles, et les détails sur les négociations en cours à ce sujet avec les États membres, dont les positions diffèrent, notamment au sujet du cinéma qui représente l'essentiel de ces aides. Ce dossier permet de comprendre les réserves de la France à l'égard des négociations futures avec les États-Unis sur ces sujets culturels.

Pour la coopération franco-allemande. L'Allemagne minimise les divergences avec la France: le porte-parole d'Angela Merkel a glissé sur les critiques des socialistes français. Mais le parlementaire Andreas Schockenhoff, président du groupe d'amitié franco-allemand au Bundestag, a publié un communiqué qui affirme que les attaques infondées des responsables socialistes français de haut rang contre la chancelière sont inhabituelles et inappropriées pour la relation franco-allemande. (…) Pour le bien de l'Europe, la France et l'Allemagne doivent travailler ensemble de manière étroite et en toute confiance. Et il s'est félicité que le Premier ministre français ait, en pratique, rejeté les critiques virulentes contre Angela Merkel, puisque les autorités françaises devront continuer à travailler avec elle après les élections fédérales de septembre en Allemagne…

Ce tour d'horizon pourrait aider à comprendre la situation européenne en ce moment délicat.

(FR)

 

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