Strasbourg, 30/04/2013 (Agence Europe) - Des pneus de vélo à l'habillage des réfrigérateurs, les produits de consommation issus des nanotechnologies sont parmi nous ! La chaîne de magasins suisse Migros va même jusqu'à distribuer gratuitement des jouets NANO MANIA qui font l'objet d'échanges lucratifs en ligne, précise l'expert Ilise L. Feitshans dans le rapport qu'elle a transmis en janvier dernier au Conseil de l'Europe. Intitulé « Nanotechnologies: mise en balance des avantages et des risques pour la santé publique et l'environnement », ce texte a servi de base à un rapport du socialiste russe Valeriy Sudarenkov adopté le 26 avril dernier par l'Assemblée parlementaire (APCE) et assorti d'une recommandation.
En écho à la « mise en balance des risques et avantages » annoncée par Ilise L. Feitshans, cette recommandation appelle à l'élaboration de normes juridiques relatives à la nanotechnologie « sans toutefois constituer un frein à son utilisation potentiellement avantageuse ». Peu sereins sur le fond, les deux textes se refusent toutefois à être alarmistes au regard des bénéfices colossaux inhérents à l'exploitation de ces nanoparticules caractérisées par leurs dimensions infinitésimales.
Dans cette nouvelle technologie en effet, la matière est étudiée et manipulée aux échelles atomiques, moléculaires et macromoléculaires, l'utilisation du préfixe « nano » dans ce contexte faisant référence au nanomètre (nm), unité qui représente un milliardième de mètre. À titre d'exemple, une feuille de papier a une épaisseur d'environ 100 000 nanomètres alors qu'un atome d'or a un diamètre d'environ un tiers de nanomètre. Cette échelle nanométrique représente un nouveau monde en soi, les matériaux y acquièrent des propriétés physiques, chimiques et biologiques inhabituelles permettant à des nanoparticules de rouille, par exemple, d'extraire l'arsenic de l'eau potable, mais nul ne sait exactement aujourd'hui si la médaille nanoparticulaire a un revers comportant des risques pour la santé publique et l'environnement.
Protection du droit à l'eau potable, décontamination des sites pollués, carburants alternatifs, amélioration des soins de santé, atténuation de la crise économique grâce au développement de secteurs annexes etc., les avantages des nanotechnologies sont établis mais, comme le précise Ilise L. Feitshans, « les risques associés aux usages commerciaux et industriels actuels des nanotechnologies restent une inconnue et ne sont pas quantifiés ». Nul ne sait comment les nanoparticules interagissent entre elles ou avec les systèmes biologiques. « Elles possèdent la caractéristique remarquable de traverser la membrane semi-perméable des cellules pour des applications en nanomédecine mais pourraient très bien par ailleurs avoir des effets négatifs impossibles à contenir », précise l'experte qui insiste par ailleurs sur les connaissances très lacunaires que l'on a à l'heure actuelle sur le devenir de ces substances dans l'environnement tout en citant plusieurs études inquiétantes concernant les impacts observés sur les poissons et les crustacés.
Impossible dans l'état actuel des choses de tirer des conclusions permettant d'orienter les activités réglementaires au moyen de données fiables, a conclu Ilise L. Feitshans qui en appelle toutefois le Conseil de l'Europe à se positionner « en tant que seule organisation paneuropéenne dont le mandat englobe la protection des droits humains ».
C'est donc ce qui a été fait la semaine dernière avec l'adoption de cette recommandation par l'APCE. Dans ce texte, l'Assemblée demande au Comité des ministres d'élaborer des lignes directrices respectant le principe de précaution mais tenant compte de la liberté de recherche et encourageant l'innovation. Des règles qui devront être harmonisées sur base de négociations transparentes entre les gouvernements nationaux, les organisations internationales, la société civile, les experts et scientifiques ainsi que le Conseil de l'Europe. Vaste chantier donc, pour lequel l'APCE recommande la participation du comité de bioéthique (DH-BIO) du Conseil de l'Europe. (VL)