Nicosie, 30/04/2013 (Agence Europe) - Le Parlement chypriote a donné son aval (29 voix pour, 27 contre), mardi 30 avril en début de soirée, au sauvetage financier de l'île concocté par le gouvernement et ses futurs créanciers, sur fond de contestation populaire sous un soleil de plomb.
À Nicosie, devant le siège du parlement, plus de 500 personnes étaient rassemblées dans l'après-midi pour manifester leur mécontentement. Le mouvement 'Wake up Cyprus', qui avait appelé au rassemblement, au même titre que le parti communiste AKEL, est soutenu par plus de 9 000 sympathisants. Une vingtaine d'entre eux campait depuis lundi soir devant l'édifice. Ils savaient toutefois que leur action avait peu de chance de modifier le cours des choses. L'un des leurs, Michalis, a indiqué à EUROPE qu'il avait intercepté, à son arrivée, un des deux députés du 'European Party' susceptibles de soutenir le plan de sauvetage. Celui-ci lui avait alors expliqué qu'il voterait en faveur de l'accord de prêt, n'y voyant pas d'autre alternative.
Le minimum de vingt-neuf voix nécessaires à la ratification de l'accord a donc été atteint. Se sont opposés au plan les partis Akel et Edek, représentant 24 députés. Mardi matin, le Parlement chypriote avait déjà approuvé plusieurs mesures d'austérité, dont une taxe sur la propriété, selon une source.
Prodromos Prodromou, député issu du parti Disy du président chypriote Anastasiades, a expliqué à EUROPE qu'il soutiendrait l'accord de prêt, à contrecœur. « Une partie des accords passés avec la 'troïka' sont nécessaires », a-t-il estimé. Cependant, « ce qui nous préoccupe, c'est que nous ne sommes pas certains que (le programme) va marcher ». À ses yeux, les prévisions de croissance élaborées par la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) sont trop optimistes et la récession, plus importante, nécessitera des mesures d'austérité supplémentaires. Craignant que son pays n'entre « dans le cycle infernal que nous voyons dans d'autres pays », l'élu est d'avis qu'un rejet de l'accord par le Parlement n'aurait été d'aucune aide, ni un remède contre « la destruction de Chypre en tant que place financière internationale ». Même si le traitement infligé aux banques et à leurs clients est « aberrant, inacceptable », « les dégâts sont là, nous ne pouvons pas les défaire », a-t-il encore considéré.
M. Prodromou prévoit de nouvelles coupes dans les dépenses de l'État et une nouvelle cure de rigueur, après l'été. Si le gouvernement ne l'a pas encore fait, pour le moment, c'est d'abord pour ne pas assommer davantage sa population, et ensuite parce que la situation sera plus claire. « Nous ne savons pas encore combien d'unités productives ont été détruites » dans la manœuvre, a-t-il expliqué.
Afin de permettre à l'État de fonctionner et de garantir la viabilité de la dette chypriote, l'Eurozone prêtera 9 milliards d'euros à Nicosie et le FMI un milliard supplémentaire, soit environ 55% du PIB de l'île. « Mais nous allons payer beaucoup plus pour le reste du programme », a estimé M. Prodromou, pour qui la structure économique même de l'île a subi des dégâts.
En mars dernier, le Parlement chypriote avait rejeté à l'unanimité le précédent accord qui prévoyait une ponction généralisée des déposants, via une taxe sur l'ensemble du secteur bancaire. Ce premier accord aurait-il été préférable ? « Peut-être », a lâché le député. Beaucoup sont convaincus que, si ce premier deal avait été approuvé par Nicosie, « les choses n'en seraient pas restées là par après », a-t-il ajouté.
Devant le Parlement, les propos des sympathisants de 'Wake up Cyprus' sont empreints d'amertume. Chrisostomos a dénoncé un problème de leadership à Chypre. Il a regretté l'attitude du président Anastasiades, qui avait promis à maintes reprises qu'aucun dépôt ne serait touché, et qui aurait pourtant approuvé, sans lutter, un accord ficelé en amont, en une nuit, lors des premières négociations au sein de l'Eurogroupe.
Andrea, une sympathisante d'Akel a préconisé un abandon de l'euro. C'est toutefois sous l'égide d'Akel, alors au gouvernement, que la 'troïka' avait été appelée en renfort. Aujourd'hui, Andrea brandit pourtant une pancarte qui somme la 'troïka' de partir. « La situation est différente. Ils sont allés trop loin avec ce 'bail-in' », a-t-elle estimé, critiquant les prêts d'urgence s'élevant à 9 milliards d'euros accordés à la banque défaillante Laiki par la BCE. Michalis l'a rejointe sur ce point. « Ils ont transféré cette dette à la Bank of Cyprus. Mais nous ne reconnaissons pas cette dette, elle n'a pas été contractée au bénéfice du peuple chypriote », a-t-il expliqué.
Une lecture des événements que ne partage M. Prodromou. Lorsque la cure de rigueur a été votée en décembre, « il y avait l'idée que c'était le prix pour avoir une sorte d'aide ; mais depuis, ce sentiment a évolué, il y a la perception qu'il ne s'agit pas d'une aide », a-t-il noté. Sans la perspective des ressources gazières, « je dirais que je ne pense pas que Chypre va réussir à rester debout », a-t-il conclu, dubitatif. (EL)