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Bulletin Quotidien Europe N° 10832
Sommaire Publication complète Par article 38 / 38
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1000

*** GENEVIÈVE SOUILLAC: A Study in Transborder Ethics. Justice, Citizenship, Civility. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Philosophy & Politics », n° 24. 2012, 214 p., 33,70 €. ISBN 978-90-5201-824-9.

L'un des rôles imparti à un avant-propos est d'appâter, de susciter l'intérêt et l'envie de plonger dans les pages qui suivent. Mission pleinement accomplie par celui-ci, Daniel Innerarity l'ayant agencé comme un écrin pour bijou d'exception. En l'occurrence, ce philosophe espagnol ne joue nullement au bonimenteur complaisant: l'ouvrage de Geneviève Souillac sort réellement du commun. Dans cet essai, cette chercheuse à l'Université de Tampere invite à une balade de nature à revivifier la démocratie et, partant, le monde entier. Elle s'engouffre, à cet effet, dans les failles et paradoxes du monde actuel, à savoir les « nombreuses questions qui sont l'affaire de tous (parce qu'elles nous affectent tous et exigent une réponse coordonnée), mais dont personne, en même temps, n'est capable ou désireux d'assumer la responsabilité ». En entraînant son lecteur sur la ligne de crête qui sépare « responsabilité commune et irresponsabilité généralisée », elle l'invite à explorer les territoires où la souveraineté nationale devient ambigüe, les espaces où les risques et les menaces composent désormais le bien commun de l'humanité, ne pouvant être affrontés avec efficacité de manière isolée. Comment devrions-nous penser et gouverner dans un monde constitué de risques partagés et de souverainetés submergées ? Comment pouvons-nous nous protéger dans des espaces illimités, dans un monde de réseaux, de flux et de connexions ? En cherchant à apporter des réponses à ce type de questions, résume Daniel Innerarity, Geneviève Souillac trace des pistes pour « civiliser la mondialisation » et pour réinventer ainsi la politique à l'échelle planétaire, la rendre éthique afin que le monde devienne un « espace de citoyenneté » et non pas la propriété de quelques-uns.

De fait, c'est bien une ode à la démocratie et à la sacralisation des droits de l'homme qui s'égrène dans ces pages, l'auteur ne doutant pas un instant de leur universalité croissante et de la nécessité, dès lors, de leur permettre de s'exprimer sans plus être enserrées dans le corset archaïque des légitimités démocratiques nationales. Tout son propos vise à discerner et conceptualiser des paradigmes alternatifs pour la politique et l'éthique contemporaines en tenant compte de la complexité intersubjective présente dans le monde. Dans un premier chapitre, la philosophe s'emploie à cerner la fonction historique de la démocratie en ce qui concerne la souveraineté populaire à la lumière des expériences et désillusions européennes, ce qui la conduit à la claire conclusion que « légitimité démocratique et justice démocratique ne peuvent plus être séparées des questions globales que sont la sécurité humaine et la bio durabilité ». Explorant ensuite les implications et tensions résultant des revendications de justice mondiale et d'éthique cosmopolite, elle constate notamment que « les dépossédés, les sans-voix, les invisibles doivent d'abord être vus et entendus afin que puisse émerger une éthique démocratique convaincante qui dise la vérité au pouvoir au nom des Hommes et pas seulement de la sécurité de l'État ». Après avoir expliqué pourquoi, à ses yeux, un métalangage est nécessaire afin d'y voir clair dans le patrimoine complexe de la souveraineté dans la constitution des communautés politiques, Geneviève Souillac approfondit son investigation dans la « déterritorialisation de l'expérience démocratique », ce qui l'amène notamment à considérer « comment la proposition de la citoyenneté européenne reflète un état de solidarisation normative qui naît de la conscience historique de l'obligation d'arbitrer les conflits et la violence » en vue d'étendre la sphère de stabilité politique.

Au fil de ce riche raisonnement se dégage un tableau où société civile et sphère publique uniraient leurs efforts afin de s'attaquer de manière démocratique, par-delà des frontières nationales largement obsolètes, aux défis auxquels est confrontée l'humanité, tous ces acteurs-citoyens reconnaissant désormais « l'objectif commun de la survie dans un monde de plus en plus complexe et interdépendant ». Et l'auteur de souligner en conclusion que, plus que jamais, « le rôle de l'imagination créatrice doit être accentué ». Nul doute que Geneviève Souillac a donné l'exemple sur ce plan avec cet ouvrage qui est une belle invitation à se battre pour une démocratie elle aussi mondialisée !

Michel Theys

*** MONICA CLAES, MAARTJE DE VISSER, PATRICIA POPELIER, CATHERINE VAN DE HEYNING (sous la dir. de): Constitutional Conversations in Europe. Actors, Topics and Procedures. Intersentia Publishers (31 Groenstraat, B-2640 Mortsel. Tél.: (32-3) 6801550 - fax: 6587121 - Courriel: mail@intersentia.be - Internet: http://www.intersentia.com ). Collection « Ius Commune Europeum », n° 107. 2012, 397 p., 95 €, 90 £, 133 $. ISBN 978-1-78068-069-9.

Tout particulièrement au sein de l'Union européenne, le temps n'est plus vraiment à « guerre des juges », mais bien au pluralisme constitutionnel qui, sans trancher de manière entre les tenants de la primauté absolue du droit européen et les défenseurs de la suprématie inconditionnelle des constitutions nationales, amène la Cour européenne de justice et les plus hautes juridictions des États membres à entretenir des conversations aussi nourries qu'enrichissantes (les coordinateurs de l'ouvrage expliquent, dans le chapitre introductif, pourquoi ce terme est préféré à celui, plus usuel, de dialogue judiciaire). Dans cet ouvrage qui est le fruit d'une recherche scientifique approfondie, des spécialistes du monde académique examinent différentes facettes de ce phénomène dont l'Europe communautaire a été le berceau. Deux auteurs commencent par planter le décor en étudiant la pertinence d'appréhender les interactions entre juges de Luxembourg et juges constitutionnels nationaux comme des conversations, le Pr. Anneli Albi (Université du Kent) lui préférant par contre la formule de « constitutionnalisme coopératif substantiel ». Dans un deuxième temps, d'autres auteurs s'intéressent de manière détaillée aux modalités des échanges qui se sont noués entre la Cour de justice et les juridictions constitutionnelles de Belgique, d'Espagne, d'Italie et de République tchèque, soit des cas d'école très différents. Dans la troisième partie, c'est le contenu des conversations qui est étudié, du traditionnel domaine de la protection des droits fondamentaux au thème de l'identité constitutionnelle qui s'impose de plus en plus, notamment à la lumière du sort qui lui est réservé en Allemagne, en France et en Pologne. Enfin, la dernière partie élargit la portée de la recherche en s'intéressant à l'influence du mandat européen des tribunaux ordinaires sur la position des Cours constitutionnelles. (PBo)

*** ALTIERO SPINELLI: Manifeste des Fédéralistes européens. Editions Fédérop (le Pont du Rôle, F-24680 Gardonne. Internet: http://www.federop.com ). Collection "Textes fédéralistes", n° 12. 2012, 190 p., 19 €. ISBN 978-2-85792-209-4.

Ce livre reprend en français un texte qu'Altiero Spinelli présenta en janvier 1956, soit quinze années après le Manifeste de Ventotene qu'il avait écrit en captivité avec son complice Ernesto Rossi. Pour Spinelli, il ne s'agissait que d'un « document de travail », mais comme le souligne Jean-Pierre Gouzy dans sa préface, ce qui « pourrait prendre le nom de Projet de Manifeste de Paris » a été en réalité un « texte fondamental » ayant « précisé l'évolution d'une pensée originale et puissante ». Ayant alors opté pour une « stratégie de rupture », Spinelli y fustigeait par exemple « les profiteurs de la souveraineté nationale » ou « la prétention des États nationaux de pouvoir souverainement, chacun pour son compte, à la conduite d'affaires qui, en réalité, ne peuvent plus être administrées par eux et doit être tenue pour une véritable usurpation exercée aux dépens du peuple européen ». Autant de sentences qui résonnent de curieuse manière par ces temps de crise de la zone euro et, de manière plus large, de l'Union européenne tout entière… Au-delà de ce Manifeste qui a servi de plate-forme à ceux qui décidèrent alors de fonder un Congrès du peuple européen, l'ouvrage rend compte du discours introductif de Spinelli lors de la première session de ce Congrès le 6 décembre 1957 à Turin, le tout étant complété par trois essais situant les combats fédéralistes de ces années-là en Europe, en France et à Lyon que signent Jean-Pierre Gouzy, Catherine Previti Allaire et Jean-Francis Billion.

(MT)

*** Fedechoses… pour le fédéralisme. Presse fédéraliste (Maison de l'Europe et des Européens, 13 rue de l'Arbre sec, F-69001 Lyon. Internet: http://www.pressefederaliste.eu ). Mars 2013, n° 159, 36 p.. Abonnement annuel: 30 €.

Cette revue fédéraliste française accorde une large place, dans ce numéro, à une Initiative citoyenne européenne qui demande à la Commission de lancer un « Plan européen extraordinaire de développement durable et pour l'emploi ». Le texte de ce projet d'Initiative citoyenne, présenté par le Movimento Federalista Europeo en liaison avec le Conseil italien du Mouvement européen et les partenaires sociaux d'Italie, est non seulement publié in extenso, mais aussi commenté par Alberto Majocchi. Ce professeur de science des finances à l'Université de Pavie montre dc manière convaincante pourquoi il convient de changer urgemment de modèle économique et d'opter pour une Europe fédérale, faute de quoi l'Union ne tiendra jamais son engagement « de promouvoir (…) le bien-être de ses peuples », ainsi que le stipule l'article 3 du Traité de Lisbonne. A noter aussi le point sur les premières Initiatives citoyennes européennes qui est fait par un ancien haut fonctionnaire de la Commission, Paolo Ponzano, aujourd'hui Senior Fellow auprès de l'Institut universitaire européen de Florence.

(MT)

*** Diasporiques. Cultures en mouvement. Association Diasporiques et Ligue de l'enseignement (3 rue Récamier, F-75007 Paris. Courriel: postmaster@diasporiques.org - Internet: http://www.diasporiques.org ). 2012, n° 20, 88 p., 6,50 €. Abonnement: 10 € (France), 12,50 € (Union européenne et Suisse), 15 € (reste du monde).

Née en 1996 en tant que revue juive laïque, Diasporiques s'est résolument réorientée voici cinq ans, en nouant un partenariat avec la Ligue de l'enseignement, vers le domaine de l'interculturalité. Déterminés à contribuer au dialogue des cultures et à s'intéresser aux phénomènes diasporiques qui deviennent la norme dans le monde d'aujourd'hui, les humanistes qui l'animent ont aussi comme objectif, outre la priorité absolue à accorder à la lutte contre les inégalités sociales, de veiller à ce que les projets politiques réservent une place majeure aux questions culturelles. La dominante de ce numéro est le troisième terme de la devise républicaine française, à savoir la « fraternité » dont les étapes de la montée en puissance en France sont rappelées depuis l'époque des Lumières. L'historien Pierre Nora voit dans ce concept, pour sa part, « un lieu de mémoire d'une intense francité » et qui reste, dans ce pays, incontestablement présent « dans les institutions sociales sous le vocable de solidarité ». Toutefois, tient-il à préciser, « l'idée nationale (…) n'est nullement incompatible, au contraire, avec celle d'une construction supranationale dès lors que celle-ci demeurerait respectueuse de l'histoire et de la spécificité de ses composantes ». Président de la Ligue de l'enseignement, Jean-Michel Ducomte voit, lui, dans la fraternité un « outil privilégié de reconstruction du pacte social » ces derniers temps « passablement malmené ». Au nom de la Fédération humaniste européenne, Jean De Brueker le confirme en estimant que « la fraternité a beaucoup de mal à passer de la condescendance bienveillante à la solidarité concrète » et en lançant un « appel en faveur de la fraternité avec le peuple grec ». Dans le même esprit, deux autres publicistes avertissent, sous le titre « Sauvons le peuple grec de ses sauveurs », que la Grèce n'est rien d'autre que le laboratoire d'un changement social imposé par le « fondamentalisme néolibéral » qui, dans un second temps, se généralisera à toute l'Europe. A retenir encore l'éclairante contribution du philosophe et dominicain Bernard Quelquejeu qui montre combien Vatican II a fait venir « un souffle de fraternité » sur l'Église catholique, ce dont certains ne se sont toujours pas remis. D'autres rubriques, plus culturelles, complètent utilement ce numéro de très belle facture.

(MT)

*** Le Revue générale. Revue générale asbl (41 ch. de Louvain, B-1320 Hamme-Mille. Tél.: (32-10) 866629 - fax: 866691 - Courriel: la.revue.generale@live.be - Internet: http://www.revuegenerale.be ). 2013, n° 01, 94 p., 16 €. Abonnement annuel: 99 € (Belgique), 109 € (Union européenne), 119 € (hors Union européenne).

France Bastia, la rédactrice en chef de cette très ancienne revue belge, rappelle dans l'éditorial de ce numéro que son équipe entend œuvrer à un « humanisme pour des temps nouveaux ». La contribution que Paul Löwenthal consacre à l'avènement selon lui souhaitable d'une « laïcité européenne » en atteste (ce qui n'est pas vraiment le cas des « sombres perspectives » qu'un certain Mutien-Omer Houziaux discerne pour ce qui est de « l'euthanasie en Belgique… et ailleurs » dans le cadre d'un point de vue à charge du début à la fin). Dans son essai, le professeur émérite à l'Université catholique de Louvain se veut « l'avocat d'une laïcité inclusive » afin de « donner une voix à tous ceux dont c'est la vocation de défendre un sens et des valeurs ». Après avoir montré combien la situation dans les pays de l'Union européenne est diverse en la matière, allant de sociétés mono-religieuses à des sociétés pluralistes, il estime que le principe de subsidiarité sera incontournable en ce domaine. Toutefois, « pour faire débattre ceux dont c'est la vocation de proposer un sens et des valeurs », il juge que les entretiens bilatéraux noués par le président Barroso avec des dirigeants religieux en 2009, soit avant l'adoption du Traité de Lisbonne et de son article 17, ont constitué une erreur, tout comme en ont été une, en 2010, les réunions séparées organisées par la Commission européenne avec les religions, d'une part, les mouvements laïques, de l'autre, ce qui a donné le sentiments que ces courants étaient « a priori antagonistes ». Dans le même esprit, ce serait une « faute » que de réduire le « dialogue ouvert, transparent et régulier » prévu à l'article 17 « à la convocation d'une grand-messe annuelle ». Très concrètement, Paul Löwenthal préconise la création d'un « Conseil permanent du dialogue des fois et convictions » bâti sur le modèle du Comité économique et social européen.

(MT)

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