Un rôle peu connu et mal compris. Le Parlement européen est-il devenu trop soucieux d'éviter les conflits avec les autres institutions communautaires ou, pire encore, avec les gouvernements nationaux ? C'est une opinion que l'on fait circuler dans les milieux européens et qui ajoute un élément supplémentaire à la réduction de la popularité, déjà chancelante, de la construction européenne. Le PE est la seule institution européenne élue directement par les peuples ; son rôle et son importance ne sont pas suffisamment connus, ainsi que le prouve la participation médiocre à son élection. Pourtant, ses pouvoirs, autrefois très limités, ont augmenté au cours des années ; il est aujourd'hui déterminant dans la presque totalité des décisions communautaires. S'il est présenté à l'opinion publique comme inefficace et dépourvu de courage, c'est le prestige de l'UE dans son ensemble qui en souffre.
Plusieurs facteurs contribuent à l'incompréhension du poids réel du Parlement européen. Certains de ses membres laissent comprendre qu'ils préféreraient être parlementaires nationaux. Au Danemark, le protagoniste d'une des séries télévisées actuellement à la mode est un Premier ministre femme qui, battue aux élections nationales, doit démissionner ; le créateur de cette série, Adam Price, s'est alors informé: que fait un leader quand il perd les élections ? Il va au Parlement européen. Mais M. Price a estimé que « c'était vraiment trop négatif » et il a préféré lui faire choisir le rôle de conférencière ! La réalité n'est pas très différente: la Croatie, nouvel État membre de l'UE à partir de juillet prochain, a désigné ses parlementaires européens, mais très peu de citoyens ont participé à leur élection.
La méconnaissance du poids du PE n'enlève rien à ses pouvoirs réels, qui doivent être mieux connus et compris. Son président, Martin Schulz, vient d'ailleurs d'exprimer ses soucis à cet égard, en soulignant l'exigence, à l'occasion des élections européennes de mai 2014, d'un vaste débat qui puisse contribuer à faire mieux comprendre aux populations l'importance du PE, en soulignant par exemple qu'il va avoir la responsabilité de désigner le futur président de la Commission européenne (voir notre bulletin n° 10830). Plusieurs aspects devront être clarifiés, y compris celui du double siège actuel (Strasbourg et Bruxelles).
Tenir compte des choix des peuples. C'est dans ce contexte compliqué qu'a été soulevée la question du courage politique et de l'autonomie réelle du Parlement européen, face aux autres institutions et au poids des autorités nationales. Il s'agit à mon avis d'insinuations inacceptables. Il faut évidemment tenir compte de la composition actuelle du PE: les peuples ont donné la majorité au centre-droit (PPE), puis aux socialistes, aux libéraux, aux écologistes et aux autres tendances, y compris un petit groupe d'eurosceptiques. On verra l'année prochaine si les préférences auront évolué ; pour le moment, telle est la situation.
Quelle est la réalité au PE, souvent critiqué parce que trop à droite ? Comme dans toute Chambre des représentants, les positions des groupes politiques divergent et il arrive que la majorité soit souvent en mesure de faire prévaloir ses positions, là où les Verts, par exemple, protestent parce que la protection de la nature n'est pas à leur avis suffisamment prise en compte. Mais souvent des majorités larges se forment, réunissant notamment le PPE et les socialistes. Et dans le fonctionnement complexe de l'UE, où tellement d'intérêts et de positions doivent être conciliés, le rôle du Parlement européen consiste souvent, avant tout, à faire valoir ses positions face aux autres institutions communautaires. En utilisant ses pouvoirs dans le domaine budgétaire, le Parlement détermine en pratique l'orientation pour tout, car le volume des ressources financières détermine largement le contenu des politiques communes. Je crois que pour ces aspects essentiels, le PE s'est comporté et se comporte avec sagesse, contrairement à certaines affirmations qui ne tiennent pas compte du déroulement de ses débats, qui méritent d'être suivis en détail et pris en considération. Même les positions qui restent minoritaires exposent et font connaître, souvent en avance, des orientations qui s'affirmeront ensuite.
La décision du PE d'accepter, en théorie et en posant des conditions bien précises, le volume global du cadre budgétaire 2014/2020 a été un geste de sagesse, car il tient compte des difficultés budgétaires de la plupart des États membres et encourage l'indispensable guerre aux gaspillages et aux abus.
Cette rubrique reviendra sur ces aspects et sur le rôle essentiel du Parlement européen en général, y compris les cas où il cède à la rhétorique en restant à côté de la réalité, sans oublier que, le cas échéant (voir notre bulletin n° 10830), il sait aussi dire sèchement non au Conseil. À demain.
(FR)