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Bulletin Quotidien Europe N° 10827
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'UE et les pays tiers méditerranéens doivent renoncer aux grandes cérémonies inefficaces et se concentrer sur la coopération opérationnelle

Un instrument dépassé. La tentative du Parlement européen de relancer la coopération entre l'UE et la région méditerranéenne dans son ensemble a été à mon avis un échec: aucune décision opérationnelle, aucune perspective pour l'avenir, presqu'aucun écho dans les médias et dans l'opinion publique. Je me réfère à la réunion de l'Assemblée parlementaire de l'Union pour la Méditerranée (UpM) qui s'est déroulée jeudi et vendredi derniers à Bruxelles.

L'UpM est le plus ancien des sigles innombrables définissant les relations entre l'Union européenne et les pays tiers méditerranéens. Elle avait été créée en 2008 sous de mauvais auspices: selon le projet initial de source française, seuls les pays européens et riverains y auraient participé, pas l'UE en tant que telle. Cet aspect corrigé et le siège de Barcelone choisi, l'UpM est entrée dans une longue léthargie. Aucun rapport avec les relations spécifiques de l'UE avec les pays du Printemps arabe et d'autres pays de la même zone comme le Maroc et l'Algérie. D'ailleurs, notre bulletin n° 10825 avait déjà exprimé clairement les perplexités sur l'efficacité de l'UpM et sa vanité de regrouper un nombre impressionnant de pays et de s'occuper en théorie de tout: l'UpM a élaboré des rapports sur les questions économiques, culturelles, environnementales, énergétiques et sur le rôle des femmes, alors que personne n'ignore que dans la plupart de ces domaines les positions et les intérêts des pays méditerranéens sont différents d'un pays à l'autre et sont même parfois incompatibles. La Palestine et Israël ont chacun une place dans la coprésidence de l'UpM ; mais ce n'est certes pas dans ce cadre que leurs divergences seront réglées. Il arrive souvent que sur un sujet ou l'autre aucune position ne soit approuvée par les organes de cette union fantomatique, à cause de l'absence d'accord entre les pays extra-européens.

Les orientations, les intérêts, les mentalités et l'histoire diffèrent également du côté européen, puisqu'à l'UE et à ses États membres il faut ajouter les pays tiers de l'Adriatique: Albanie, Bosnie-Herzégovine, Croatie et Monténégro. Cette mer fait partie de la Méditerranée et les pays riverains sont donc membres de l'UpM, ce qui complique davantage le tableau.

Perplexités reconnues. La situation décrite a comme résultat que les travaux de l'Assemblée parlementaire de l'UpM n'attirent pas l'intérêt même des pays qui en font partie et ses délibérations n'ont pratiquement aucun poids. Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a déploré le désintérêt des gouvernements des deux rives de la Méditerranée et a employé le conditionnel en parlant de l'avenir: si les parlements représentent la nouvelle source de légitimité dans le monde arabe, alors cette assemblée qui les réunit aux parlementaires européens doit être la nouvelle source de légitimité des relations euro-méditerranéennes rénovées. Nous en sommes loin. Et la recommandation approuvée par l'Assemblée se résume à une espèce de liste de vœux et de souhaits: mettre les politiques des États membres en phase avec les besoins des populations, rendre financièrement autonomes les parlements nationaux, assurer partout la liberté et les droits de l'Homme. Et encore: mettre en œuvre des projets concrets pour les énergies renouvelables, concrétiser le Plan solaire méditerranéen, créer des parcs sous-marins protégés et même lancer une chaine de télévision euro-méditerranéenne en plusieurs langues. L'ensemble apparaît aussi réaliste et efficace que les déclarations de Mme Ashton après une tragédie, qu'elle déplore avec sévérité. Et comme d'habitude, l'appel à des financements spécifiques de l'UE est évidemment présent.

En dehors de la réalité. J'estime que l'UpM est en dehors de la réalité. La région connaît des conflits dramatiques et l'UE est directement impliquée dans des problématiques comme la propriété et la gestion des ressources énergétiques maritimes, la fourniture d'armes aux forces rebelles en Syrie (personnellement j'espère que l'embargo soit pour l'essentiel maintenu), le soutien budgétaire aux pays du Printemps arabe, les contrôles des frontières face à l'afflux d'immigrés clandestins, etc. Plusieurs de ces dossiers relèvent d'ailleurs encore des États membres, davantage que des institutions communautaires. Sans oublier que le budget communautaire a des limites et que l'UE s'efforce de concentrer ses ressources sur des projets concrets, utiles pour elle et pour les pays tiers concernés, davantage que sur des manifestations de façade.

Cette rubrique reviendra sur ces aspects budgétaires.

(FR)

 

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