Bruxelles, le 28/02/2013 (Agence Europe) - Si la presse italienne et internationale ne s'est pas montrée très tendre avec Mario Monti en qualifiant sa sortie du gouvernement de « ratée », le Premier ministre italien sortant a livré un plaidoyer pour la politique qu'il a menée depuis 2011. Lors d'une conférence sur la concurrence organisée par la Commission européenne à Bruxelles, M. Monti a expliqué que, compte tenu de la situation dans laquelle se trouvait le pays lorsqu'il en a pris les rennes, en particulier en ce qui concerne les conditions d'emprunt sur les marchés, « il n'y avait pas d'autre choix que de mettre en place une stratégie pour contenir le déficit ainsi que des réformes structurelles (…) ». Et d'ajouter que ces réformes avaient reçu les éloges de la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) qui a considéré que « si pleinement mises en œuvre, elles boosteraient la croissance ».
Cependant, l'expérience a démontré que cette croissance a tendance à se matérialiser beaucoup moins rapidement que la réponse des marchés financiers. « C'est un fait évident qu'il y a des retards entre le moment où une bonne mesure politique est mise en œuvre et le moment où les bénéfices en sont visibles », s'est-il défendu. Selon lui, ce fait échappe malheureusement pourtant à l'opinion publique.
Les présidents du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ont abondé dans ce sens dans une déclaration commune. « Les réformes structurelles mises en œuvre jusqu'ici en Italie ont contribué à restaurer la confiance des marchés et sa crédibilité sur la scène internationale. Si celles-ci sont maintenues, elles accroîtront le potentiel de croissance du pays. » À leurs yeux en effet, seule des finances publiques saines peuvent créer un environnement propice à la reprise.
De son côté, M. Monti a également estimé que son pays se posait en bon élève en matière de réformes et a considéré d'un mauvais œil les États qui demandent un délai supplémentaire pour atteindre leurs objectifs budgétaires. Durant son mandat, M. Monti s'est fait un point d'honneur à s'en tenir au calendrier, en dépit de l'environnement « vraiment très difficile » dans lequel il opérait. « Je ne blâme personne mais la crédibilité de telles mesures (d'ajustement) d'un pays peut souffrir si d'autres réclament et obtiennent un renvoi » de l'échéance convenue pour atteindre les objectifs de réduction du déficit. La semaine dernière, en présentant ses prévisions économiques d'hiver, la Commission européenne avait laissé la porte ouverte à un tel assouplissement des conditions (EUROPE n° 10792), compte tenu du fait que certains pays ne pourront pas atteindre les objectifs fixés. Après le Portugal, la France et l'Espagne, les Pays-Bas ont reconnu jeudi que le déficit stagnerai au moins jusqu'en 2014 autour de 3,4%, manquant de ce fait l'objectif initial d'un retour sous le seuil des 3% en 2013.
Si, au vu des résultats des élections législatives italiennes, plusieurs responsables européens ont appelé à la formation rapide d'un gouvernement afin de ne pas plonger le pays dans l'instabilité, le président italien Giorgio Napolitano a rappelé jeudi que la constitution italienne prévoyait 20 jours entre les élections et l'installation d'un nouveau parlement. Cité par Reuters, M. Napolitano a déclaré à Berlin que le pays n'était pas laissé sans gouvernement, et pour mettre fin au débat, « l'Italie ne présente de risques de contagion pour personne », a-t-il ajouté. (EL)