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Bulletin Quotidien Europe N° 10789
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POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) pÊche

Chalutage de fond, experts et eurodéputés divisés sur l'interdiction

Bruxelles, 19/02/2013 (Agence Europe) - Les eurodéputés ont fait montre, mardi 19 février, de divergences sur l'appréciation de la proposition de la Commission visant à interdire le chalutage de fond. Lors d'une audition sur la pêche en eau profonde, organisée par la commission pêche du Parlement européen, des experts ont estimé que l'état des stocks des espèces d'eau profonde reste préoccupant, même s'il s'améliore depuis quelques années grâce aux mesures de gestion mises en place. Les effets du chalutage de fond sur les écosystèmes marins sont jugés désastreux. Pour rappel, l'armement à la pêche en Europe représenté par Europêche considère comme totalement inacceptable la proposition de la Commission visant à interdire les chaluts de fond ou les filets maillants de fond pour protéger les espèces profondes et les systèmes marins vulnérables.

Kriton Arsenis (S&D, grec), le rapporteur au PE sur la proposition de la Commission visant à passer du chalutage aux palangres, a dit qu'il fallait changer la manière de pêcher pour continuer l'activité et éviter que ces stocks ne s'écroulent.

Tom Blasdale, du CIEM (Conseil international pour l'exploration de la mer), a estimé notamment que pour la lingue bleue, le niveau de biomasse se situe à 20% du niveau de départ mais remonte légèrement ces dernières années. Pour le grenadier, le pourcentage est de 30% mais la reconstitution est plus lente car le poisson vit beaucoup plus longtemps. S'agissant du sabre noir, la biomasse est en train de se reconstituer, selon l'expert. La plupart des stocks d'eau profonde se trouvent à 30% du niveau de départ, a répété M. Blasdale pour montrer l'état fragile des stocks. « On est passé de 25 individus par kilomètre carré à 7 individus par km2 entre le début des activités de pêche et 2005 », a-t-il souligné.

Philip P.E. Weaver, coordinateur du projet Hotspot Ecosystem Research and Man's Impact on European Seas (HERMIONE), a évoqué les conséquences environnementales importantes du chalutage de fond et soutenu la proposition de la Commission. « En changeant les pratiques je pense que l'on pourrait faire pas mal de choses. »

« Il semble qu'il y ait une forme de contradiction entre les deux présentations », a dit Struan Stevenson (CRE, britannique). D'un côté, le CIEM dit que pour un certain nombre d'espèces les mesures de gestion ont permis d'arrêter le déclin, tandis que de l'autre, Philip Weaver estime que l'on devrait sanctuariser un certain nombre de zones et interdire la pêche. M. Stevenson a estimé qu'il ne fallait pas oublier la dimension sociale du problème. Isabelle Thomas (S&D, française) a suggéré de mettre en place un zonage, c'est-à-dire un gel de l'empreinte qui permettrait de continuer à pêcher dans certaines zones sans toucher les zones encore en bon état. John Stuart Agnew (ELD, britannique) a demandé si une évaluation avait été faite de l'effet des éoliennes en mer. Alain Cadec (PPE, français) a aussi trouvé un certain nombre de contradictions entre les deux présentations. Il a relevé que, selon les scientifiques, les stocks commencent à se reconstituer. Plutôt que de parler de suppression des chaluts de fond, « on ferait mieux de parler de bonne gestion ». Il a demandé aux experts ce qu'ils pensent du principe du gel de l'empreinte (des dégâts ont été occasionnés sur certains récifs coralliens) en tant que bonne mesure de gestion. Carmen Fraga Estévez (PPE, espagnole) a aussi relevé des contradictions et estimé que la proposition de la Commission revient à « tuer une mouche avec une bombe atomique ». Jean-Paul Besset (Verts/ALE, français) n'est pas d'accord avec ses collègues qui relèvent des contradictions dans les présentations. « Il n'y a pas deux vérités qui s'opposent. » Tom Blasdale estime que les espèces se sont stabilisées, tandis M. Weaver étudie l'impact de la pêche en eau profonde sur l'ensemble de l'écosystème marin, a fait valoir M. Besset. Il a relevé que pour 4 ou 5 espèces commerciales pêchées, 75 autres espèces sont rejetées.

M. Blasdale a estimé qu'il n'y avait pas de contradiction entre lui et M. Weaver. (LC)

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