Bruxelles, 19/11/2012 (Agence Europe) - Le futur de l'Agence spatiale européenne (ESA) sera décidé lors de la conférence ministérielle des 20 et 21 novembre. Le budget de l'agence y sera négocié, ainsi que l'avenir du lanceur Ariane 5 qui doit impérativement se mettre à niveau pour affronter la concurrence. Mais les ambitions françaises et allemandes divergeraient à ce sujet.
Un budget de 10 à 12 milliards d'euros. Les ministres chargés de l'espace des 20 membres de l'ESA et du Canada se retrouveront à Naples pour plancher sur les futurs programmes spatiaux de l'agence. Sous la loupe surtout, le budget adéquat pour ces programmes. Le directeur général de l'ESA, Jean-Jacques Dordain, a mis sur la table une proposition de 12 milliards d'euros nécessaires pour les trois prochaines années. Cinq milliards iraient à la science, soit l'exploration du système solaire par exemple, quatre milliards seraient dédiés aux services de lancement et aux satellites de télécoms, la dernière tranche de trois milliards concernerait les services de météorologie et la poursuite des projets européens Galileo et GMES (surveillance de l'environnement).
En temps de crise, l'agence comprend bien qu'il sera difficile de négocier ce montant pour les États membres. Mais l'agence mise sur « le juste retour » comme règle d'or pour son budget, à savoir que pour un euro investi par un gouvernement, le retour garanti doit s'élever à 90 centimes, sous forme de contrats dans le pays membre. Si l'argument ne convainc pas, l'ESA serait déjà satisfaite avec 10 milliards d'euros, soit une enveloppe de l'ordre de grandeur de l'accord obtenu en 2008 pour la période actuelle, a expliqué le porte-parole de M. Dordain, qui plaide donc pour un budget stable. À noter que les premiers contributeurs sont la France, l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni. Ce dernier vient d'ailleurs d'annoncer une hausse de 25 % de sa contribution au budget de l'ESA il y a trois semaines.
Compromis entre Ariane 5 et 6 ? Autre défi pour la conférence ministérielle: dégager une décision sur l'avenir de la fusée Ariane 5. Le lanceur risque de se faire distancer dans le contexte de concurrence actuelle ; il faut le rendre moins coûteux et plus compétitif. M. Dordain affirmait dans les colonnes du quotidien français Le Figaro, la veille de la conférence, que les utilisateurs européens veulent un dispositif « capable de lancer des satellites de 3 à 3,5 tonnes et de 6 à 6,5 tonnes. Il y a aujourd'hui peu de demandes entre ces deux catégories ». Un nouveau lanceur, Ariane 6, devrait donc voir le jour ; c'est ce que souhaite la France entre autres. Or ce nouveau lanceur ne serait disponible qu'après 2020. L'alternative serait donc de moderniser et de mieux exploiter le lanceur actuel, Ariane 5, en l'adaptant aux circonstances renouvelées du marché. C'est l'option moins coûteuse que l'Allemagne soutiendrait. L'ESA pourrait envisager d'assurer la transition vers Ariane 6, en développant une partie évolutive, sous forme d'Ariane 5 ME. La France n'y serait pas opposée. M. Dordain a expliqué que « dans l'idéal, il faudrait développer Ariane 5 ME en synergie avec une Ariane 6 dotée du même étage supérieur. Mais cela représente de fortes contraintes budgétaires. Et cela suppose que nous ayons la capacité industrielle pour mener les deux de front ».
Le porte-parole a expliqué que la question du futur d'Ariane 5 était véritablement encore un point en suspens à l'agenda de la conférence ministérielle: « Cet aspect n'est pas encore complètement dans la poche. » Un lanceur « Ariane 5 ME » devrait permettre un compromis entre les ambitions françaises et allemandes. (MD)